Genre Homme
Avis

Biographie

Né dans la province du Yamato, Yuzaki Saburo Motokiyo, dit Zeami, fait partie d’une troupe d’acteurs de sarugaku (un spectacle mêlé de farces, de chants et d’acrobaties), dirigée par son père, Yuzaki Saburo Kiyotsugu, plus connu sous son nom de scène Kanami.pagebreakCette troupe itinérante qui constitue l’une des meilleures de l’époque, parcourt les chemins de ville en ville autour de la capitale japonaise. En 1374, alors qu’il donnait son spectacle au palais du Shogun, Ashikaga Yoshimitsu, protecteur des arts et des lettres de l’époque de Muromachi, décide de faire de Zeami et de son père les dramaturges officiels de sa cour. De leur travail de synthèse des anciens arts de spectacle de rue, naît alors la première forme dramatique authentique de l’histoire japonaise : le Nō.Pendant toute sa vie d'artiste, Zeami s'efforça de clarifier et codifier le Sarugaku no nō, alors emprunt de danses populaires, en un art d'esthétisme et de raffinement.Il a énoncé tous les grands principes du Nō tel qu'on le joue encore aujourd'hui. Il en a défini les secrets par des conseils savants et délicats. Sous sa direction, apparaissent l'ensemble des composantes de cet art : costumes, masques, musique, gestuelle codifiée. pagebreakOn ne sait pas grand chose du reste de la vie de Zeami, sinon qu’il l’a passé à écrire de très nombreuses pièces et autant de traités théoriques. Il composa près de 90 pièces de théâtre, parmi les plus célèbres, on peut citer Hagoromo, Shunkan ou encore Takasago. Il est d’ailleurs le seul grand auteur du théâtre Nō, qui lui doit plus de la moitié de ses pièces et surtout les meilleures. Ses traités, qui demeurent une référence, rassemblent plus de quarante années de notes et sont sans doute destinées à demeurer confidentielles. Ils constituent l'une des réflexions les plus originales et les plus profondes qui se soient jamais attachées aux arts du spectacle, singulièrement au réseau d'interactions qui se crée entre les trois participants du drame : l'auteur, l'acteur et le spectateur. En outre, ils témoignent de la richesse et de l’intensité de sa réflexion théorique.Après avoir été transmis de pères en fils par les dynasties d'acteurs traditionnels, ces traités ne furent découverts par le public qu'en 1909 sous le titre Zeami jurokubu-shu (Recueil de seize opuscules de Zeami). pagebreakC’est lui notamment qui inventa le personnage du shite et qui imagina la mise en scène de son apparition au travers du songe du waki, donnant ainsi au spectacle du Nô les puissants ressorts dramatiques qui en font toute sa singularité.Dans ses écrits, Zeami insiste également sur le respect indispensable dû au public : selon lui, un acteur devrait toujours composer lui-même ses pièces et surtout les jouer de façon chaque fois renouvelée, en fonction des spectateurs. Parmi les seize opuscules qui composent le Zeami jurokubu-shu, on peut citer Fushikaden : La transmission de la fleur de l’interprétation, qui est sans doute son ouvrage le plus respecté. Il y expose la manière de faire fleurir l'interprétation d'un personnage. Dans ce livre, écrit en exil, il fait ainsi référence au concept de Yūgen (le charme subtil) comme base de son enseignement théâtral. On peut aussi citer : Kakyu : le Miroir de la fleur, Shikado-sho : le livre de la voie qui mène à la fleur, où la fleur représente l’art de la dramaturgie.En 1384, à la mort de son père, il prend la direction de la troupe et fonde son école. En 1422, à 59 ans, Zeami se détache du monde flottant pour entrer en religion. Sa succession est transmise à son fils Motomasa qui lui succède d’abord, mais lorsque Ashikaga Yoshinari devient Shogun en 1429, il préfère donner sa faveur à son neveu, Onami. Motomasa meurt en 1432, et Zeami s’exile en 1434 sur l’île de Sado, sans doute en raison d’intrigues orchestrées par Onami et Yoshinori. Il ne retourne dans la capitale qu’après l’assassinat de Yoshinori en 1441.C’est son gendre, Komparu Zenchiku, qui reprend finalement ses enseignements et les fait perdurer. Aujourd'hui encore, les pièces de Zeami sont les plus jouées dans le répertoire du théâtre Nō.