Otto PREMINGER

  • Profil mis à jour le 25/01/2010
  • Date de décès :
  • Sexe :
    Homme

La biographie de Otto PREMINGER

Fils d'un important homme de loi, Otto Preminger devient acteur à dix-sept ans dans la troupe de Max Reinhardt. Après avoir interprété plusieurs spectacles à Vienne, Salzbourg et Prague, il signe, en 1925, sa première mise en scène. Il participe ensuite à la fondation de deux théâtres : la Komödie et le Schauspielhaus, puis retourne auprès de Reinhardt. De 1933 à 1935, il administre le Theater der Josefstadt, où il met en scène une douzaine de comédies, opérettes ou drames (Men in White, Libel, The First Legion). Invité aux États-Unis par l'un des grands producteurs de la scène new-yorkaise, Gilbert Miller, et par le directeur de la Fox, Joseph M. Schenck, Preminger se partagera pendant plusieurs années entre Hollywood et Broadway (Outward Bound, Margin for Error, The Moon Is Blue, etc.), et montera encore, dans les années 60-70, Critic's Choice et Full Circle.Après des débuts modestes dans la réalisation (Die grosse Liebe, 1931 ; Under Your Spell, 1936 ; Charmante Famille, 1937), Preminger révèle dans Laura (1944) les grandes lignes de force de son uvre. Ce beau film noir fixe aussi les deux pôles entre lesquels son cinéma ne cessera d'osciller. Le combat ambigu, incertain, obstiné que s'y livrent le romantique décadent Waldo Lydecker et le flic « réaliste » Mark McPherson se prolongera, en effet, tout au long de sa riche carrière, donnant à celle-ci, par-delà d'apparentes fluctuations, une profonde unité d'inspiration. Cinéaste de l'énergie, de la lucidité, de l'objectivité, Preminger restera toujours, simultanément, fasciné par la dimension secrète, nocturne, fragile de ses personnages, et plus particulièrement de ses héroïnes, qui prendront, au fil des années, les traits étrangement voisins de Gene Tierney et Jean Simmons, Linda Darnell et Dorothy Dandridge, Jeanne Crain, Jean Seberg et Carol Lynley. Ses films, qu'ils appartiennent au registre noir et intimiste de Laura, Crime passionnel (1945), le Mystérieux D Korvo (1950), Mark Dixon, détective (id.), Un si doux visage (1953) et Bunny Lake a disparu (1965) ou à celui de la « fresque » politique (Exodus, 1960 ; Tempête à Washington, 1962), religieuse (le Cardinal, 1963) ou guerrière (Première Victoire, 1965), participeront tous de cette double polarité, observeront tous ce partage entre l'ombre et la lumière, la volonté et la mélancolie, le présent et le passé.Dans ce film-principe qu'est Laura, Preminger détermine aussi la forme, aisément repérable, de sa mise en scène : travail systématique à la grue, prises longues (ou plans-séquences) aérées, ponctuées par de multiples et subtils recadrages assurant la continuité spatio-temporelle de la scène. Cette technique extrêmement mobile dotera les meilleurs films de Preminger d'une « chorégraphie » précise et souple, organisant un rapport mouvant et rigoureux entre personnages et décors. Elle lui permettra aussi d'unifier, dans sa mise en scène, un pouvoir de fascination et une approche analytique d'une froideur et d'une distance soigneusement contrôlées.Esprit sceptique, exilé volontaire, Preminger a tiré de sa double culture un sens accru de l'ironie, une curiosité et une soif d'objectivité inépuisables. Il partage avec deux autres grands Viennois, Lang et Wilder, une profonde méfiance à l'égard des valeurs et des systèmes établis. Il s'intéresse dès 1950, avec Mark Dixon, détective, au fonctionnement et au poids des institutions. Devenu indépendant en 1953, avec la création de sa propre maison de production, il confirme cet intérêt et l'approfondit. En 1955, il consacre à la justice un premier film d'une austère beauté : Condamné au silence. Quatre ans plus tard, il signe avec Autopsie d'un meurtre l'un des meilleurs « films de procès ». La politique, ses coups de théâtre, ses arcanes et ses complots lui inspirent Exodus (1960, son film le plus lyrique) et Tempête à Washington (1962), l'un de ses plus noirs.Ces titres ont pu faire croire que Preminger était devenu, dans la seconde partie de sa carrière, l'homme des « grands » sujets. Ils frappent, cependant, moins par leur ampleur (toute relative), que par la permanence de quelques principes essentiels : vigilance, souci d'équilibre, désir de lier la dimension personnelle et collective, publique et privée. Preminger appréhende ainsi toujours l'Histoire à partir des pulsions individuelles et c'est, significativement, sur les notions de secret et d'aveu déjà déterminantes à l'époque de Laura, Crime passionnel, Un si doux visage et Bonjour tristesse que s'articuleront Exodus, Tempête à Washington et le Cardinal (1963).Si l'on peut parler, à juste titre, chez Preminger, d'une « connaissance par les gouffres », on ne saurait, pour autant, négliger le réalisme et, parfois, la crudité de sa mise en scène (l'Homme au bras d'or, 1955). L'ouverture d'esprit du cinéaste se fonde, en effet, sur une intransigeance sans défaut. La clarté d'exposition de Tempête à Washington, la puissance et l'équilibre exemplaire de sa structure en sont l'expression directe. La limpidité glacée d'Autopsie d'un meurtre a d'autant plus de résonance qu'elle s'appuie sur une évidente et émouvante complicité avec le personnage d'avocat fragile, obstiné et retors interprété par James Stewart. On la sent gagnée au terme d'un long processus intime, d'un long combat contre les ombres, et nourrie par une sagacité volontiers cynique, un sens aigu du mystère, de l'intangible et de la faiblesse humaine. Il y a chez Preminger une capacité à errer entre deux mondes, sur la trace d'héroïnes transies, à recueillir l'ambiance magique de certains lieux protégés, à savourer le ralentissement, la suspension du temps. Mais il y a aussi chez lui un réalisateur « physique » (Carmen Jones, 1954), un provocateur, un novateur orgueilleux qui ne se laisse freiner par aucune contrainte. L'autorité du cinéaste, l'habileté du producteur, son indépendance, sa fermeté à l'égard de toute censure sont légendaires. L'auteur de La lune était bleue (1953) et de l'Homme au bras d'or fut le premier à affronter un Code désuet, ouvrant ainsi la voie au cinéma des trente dernières années. Celui d'Exodus, après avoir aidé en silence maintes victimes de la Liste noire, fit sortir de l'anonymat Dalton Trumbo et mit fin à dix années d'hypocrisie. Ces luttes, plus voyantes que d'autres, furent décisives. Elles ne sauraient faire oublier celles, plus secrètes, qui, durant la période la plus fertile de sa carrière, nourrirent l'inspiration diverse et profondément cohérente d'Otto Preminger.

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