Kenji Mizoguchi

  • Profil mis à jour le 01/03/2012
  • Date de décès :

La biographie de Kenji Mizoguchi

Fils d'un pauvre charpentier, il connaît une enfance difficile, et sa sur, Suzu, est vendue très jeune comme geisha à Nihonbashi, événement qui aura une énorme influence sur son uvre, notamment en ce qui concerne la condition générale faite aux femmes par la société japonaise. Après avoir pratiqué divers petits métiers, il quitte la maison paternelle à la suite du décès de sa mère (1915) et rejoint sa sur entretenue par un noble qui la « protège ». Il lit énormément de livres, japonais ou étrangers, étudie la peinture à l'Institut Aoibashi à Tky, puis trouve un emploi de dessinateur publicitaire à Kbe, où il s'installe en 1917. Rentré à Tky en 1920, il tente de devenir acteur aux studios Nikkatsu de Mukojima, mais est bientôt contraint d'être assistant réalisateur, notamment du cinéaste Chu Oguchi. Il débute dans la réalisation en 1922, et commence par adapter un grand nombre de romans nationaux ou étrangers divers, comme  le Port aux brumes  (1923, d'après Anna Christie, d'Eugene O'Neill), ou  813. Une aventure d'Arsène Lupin  (id., d'après Maurice Leblanc), films dont la majorité semble aujourd'hui avoir disparu. Dans les plus anciens films disponibles du cinéaste, comme  la Chanson du pays natal  (1925), apparaît le thème de l'opposition entre la vie citadine et provinciale, que l'on retrouvera dans plusieurs uvres futures. Après le grand tremblement de terre du Kant, en 1923, il s'installe quelque temps à Kyto, où il continue de tourner des adaptations littéraires, telles Nihonbashi (nom d'un quartier de Tky) d'après Kyoka Izumi,  la Marche de Tky  (d'après Kan Kikuchi), ou  la Symphonie de la capitale , qui est mutilée par la censure gouvernementale, car s'y expriment des opinions progressistes dans le grand mouvement littéraire et artistique de gauche qui anime le Japon de la fin de l'ère Taish et du début de Shwa. Mizoguchi y expérimente déjà brillamment la technique du plan-séquence qui fera sa renommée plus tard.Toutes ces tendances (réalisme social, élaboration formelle, attention portée aux femmes) s'accentuent au début des années 30, où il tourne des uvres remarquées par la critique et le public, et encore existantes aujourd'hui, fait rare pour les films de cette période :  le Fil blanc de la cascade  (1933),  Osen aux cigognes  (1934) ou Oyuki la Vierge (1935, adaptation de Boule de Suif de Maupassant) témoignent de la maturité de l'auteur et de la permanence de ses thèmes, dont celui de la femme humiliée et considérée comme simple valeur marchande par la société est sans doute le plus évident. C'est à cette époque que Mizoguchi commence à travailler avec un scénariste dont il ne se séparera pratiquement jamais, Yoshikata Yoda, dont l'apport apparaît décisif pour son uvre. Coup sur coup, en 1936, il tourne deux de ses films les plus importants, qui le confirment comme un nouveau maître du cinéma japonais : ' l'Élégie de Naniwa / l'Élégie d'saka ' et les Surs de Gion, tous deux avec les actrices Isuzu Yamada et Yko Umemura. Le sort cruel des prostituées et le poids de la société sur leur comportement y sont remarquablement analysés et filmés, jusqu'à l'issue fatale de la révolte. Ces deux films capitaux, plébiscités par la critique et le public, sont pourtant condamnés par le nouveau régime militaire, et bientôt Mizoguchi se voit contraint de se « réfugier » dans le passé et les histoires d'acteurs, tout en portant à la perfection son style et sa technique unique du plan-séquence, dont les Contes des chrysanthèmes tardifs (1939) est un remarquable exemple. Mais c'est dans une superproduction historique,  les 47 Rnin  (1941-42, en deux parties), que cette technique va triompher, au point que le film tout entier n'est plus composé que de plans-séquences. Malgré la sévérité de la critique japonaise pour ce qu'elle a surnommé « la grande dégringolade de onze ans » (de 1940 à 1951), les films de cette époque témoignent des exigences artistiques et morales de Mizoguchi, qui refusa toujours de tourner des sujets de « tendance nationale », même si certains, comme Miyamoto Musashi (1944), biographie du fameux sabreur, peintre, sage et poète, y sacrifient indirectement.À l'issue de la guerre, le cinéaste tourne par réaction quelques-uns de ses films les plus « engagés », socialement et politiquement, en utilisant les talents d'une actrice déjà célèbre, mais qu'il n'avait rencontrée que pendant la guerre, pour ' la Femme d'saka ' (1940) : Kinuyo Tanaka. Elle devient sous sa direction l'incarnation de la « nouvelle femme japonaise », volontaire et idéaliste, du Japon démocratisé à l'américaine dans un certain nombre de films :  la Victoire des femmes  (1946),  l'Amour de l'actrice Sumako  (1947),  Femmes de la nuit  (1948), qui reprend le thème des prostituées, ou encore  Flamme de mon amour  (1949), biographie didactique d'une féministe socialiste de l'ère Meiji. Mizoguchi trouve un nouvel équilibre entre son art et ses préoccupations sociales en 1950, avec  le Destin de M Yuki , qui contient au moins l'admirable séquence finale du suicide de l'héroïne. Après deux adaptations notables de Tanizaki, dans Mademoiselle Oyu (1951), et de Shhei oka dans  la Dame de Musashino  (id.), tous deux avec Kinuyo Tanaka, il donne à cette dernière ce qui demeure sans doute son rôle le plus magistral, celui de la Vie d'Oharu femme galante (1952), d'après une uvre classique de Saikaku Ihara. À travers les grandeurs et décadences successives d'une femme de haut rang dans la société féodale, Mizoguchi brosse en fait un portrait à peine voilé de la société contemporaine, et du sort impitoyable réservé à la femme pour respecter l'ordre social. Couronné à Venise en 1952, ce film, peut-être le plus admirable de son auteur, ouvre définitivement les portes de l'Occident au cinéma nippon, et il sera suivi des uvres les plus connues produites par Masaichi Nagata à la Daiei : les « jidai-geki » abordés sous un angle nouveau, comme les Contes de la lune vague après la pluie (1953), adaptation de deux histoires fantastiques d'Akinari Ueda ; l'Intendant Sansh (1954), d'après Ogai Mori ; les Amants crucifiés (id.), d'après une pièce célèbre de Monzaemon Chikamatsu ; le Héros sacrilège (1955), ou encore l'Impératrice Yang-Kwei-Fei (id., COPR : Hongkong), ses deux seuls films en couleurs ; toutes uvres où, sous les apparences chatoyantes de reconstitutions historiques d'un réalisme altier, l'auteur critique de fa¿con incisive les prolongements du système féodal dans le Japon contemporain. Il le fait de manière encore plus directe dans ses derniers gendai-geki, que ce soit les Musiciens de Gion (1953), Une femme dont on parle (1954), et surtout son dernier film, la Rue de la honte (1956), vision amère et pessimiste des ravages de la prostitution alors que son abolition était discutée par le gouvernement. On retrouve dans toutes ces uvres profondes une même équipe (le scénariste Y. Yoda, l'opérateur Kazuo Miyagawa, le décorateur Hiroshi Mizutani) et les mêmes interprètes (Kinuyo Tanaka, puis Machiko Ky, Ayako Wakao, Kyko Kagawa, Masayuki Mori, Eitaro Shind, etc.), dont la présence constante renforce la cohérence artistique du plus exigeant des cinéastes japonais.Miné par la leucémie, Kenji Mizoguchi meurt le 24 août 1956 à Kyto, alors qu'il prépare le scénario de  Histoire d'saka  (saka monogatari), qui sera tourné en 1957 par son élève Yoshimura. Couvert de récompenses à l'étranger, et en particulier à la Mostra de Venise, qui lui rend hommage en 1980, éminemment respecté au Japon comme un artiste sévère et génial, Mizoguchi connaît aussi une très grande vogue en France, soutenu par une tendance de la critique, qui l'oppose alors artificiellement à Kurosawa.

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