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Biographie

Nouvel "ennemi de l'intérieur" pour les autorités, victime d'un système juridique ultra-sécuritaire pour d'autres. Julien Coupat a été mis en examen le 15 novembre 2008 dans l'affaire du sabotage de caténaires de lignes TGV. Son chef d'accusation? "Direction d'une entreprise à vocation terroriste". On a pourtant affaire à un étudiant au CV plutôt chargé - il est passé par l'ESSEC avant d'être doctorant à l'Ecole des Hautes Etudes Sociales. Ses proches le disent "d'une extrême gentillesse". Mais selon le procureur de la République, "il s'est mué dans une contestation au départ politique et philosophique et peu à peu s'est ancré dans l'action violente". Dans l'affaire, dix membres de la "cellule invisible" ont été mis en examen . Seul Julien Coupat est encore en prison et risque 20 ans de réclusion criminelle.  Epicier-philosophe, un mélange explosif...Pour les enquêteurs, pas de doute, l'épicier de Tarnac est le chef de la "cellule invisible". Ils ont aussi tiré un parallèle avec le "comité invisible", nom d'un collectif auteur de "L'insurrection qui vient", publié en mars 2007 aux éditions La Fabrique. Dans ce livre légitime, les enquêteurs décèlent des indices qui légitiment les attaques contre le réseau ferré. Et l'auteur caché ne serait autre que Julien Coupat... Pourtant, habitants de Tarnac, membres de la société civile et médias dénoncent à l'unisson un procès à l'emporte pièce, rempli de preuves aussi floues qu'incomplètes (le recours à un témoin sous X peu crédible, un faisceau d'indices plus que des preuves tangibles). Philosophe à ses heures perdues (il est rédacteur et co-fondateur de la revue Tiqqun), Julien Coupat est donc devenu l'emblème d'une lutte symbolique qui le dépasse, entre défenseurs de l'ordre public d'un côté et ceux de la liberté individuelle de l'autre.Le 19 décembre, le juge des libertés ordonne sa remise en liberté immédiate, mais à deux reprises, le 23 décembre 2008 et le 30 janvier 2009, la Cour d'appel de Paris rejette cette demande. Son avocate, Irène Terrel, y voit un symptôme inquiétant de notre système juridique: "symboliquement, ce qui se passe dans ce dossier est très grave. C'est un nouveau concept : une incrimination "préventive" bâtie sur du vent".Julien Coupat a été entendu le 11 février par le juge d'instruction Thierry Fragnoli, qui a de nouveau refusé sa remise en liberté. Qu'à cela ne tienne, son avocate Irène Tirrel en remet une couche, et réitère sa demande... En vain. le 29 avril, le parquet de Paris annonce que le leader du "groupe de Tarnac" restera à la prison de la Santé, ce qui a le don d'énerver l'ex-avocate de Cesare Battista. Dans une tribune du Monde, elle lâche tout le mal qu'elle pense de la justice française, incapable d'appliquer la présomption d'innocence à son client, enfermé depuis six mois sans même avoir été condamné.Entre temps, Le Point a révélé l'existence d'"indices compromettants" pour le suspect des actes de sabotages de voies ferrées. Des indices qui sont dans les mains du juge d'instruction, et Julien Coupat devrait les découvrir lors d'un nouvel interrogatoire le 4 mai. Interviewé par le Monde lundi 26 mai, Julien Coupat revient non sans humour sur le sens de sa mise en détention qui dure depuis six mois : une "petite vengeance" qu'il résume comme une "fable médiatique sur notre compte, celle du petit noyau de fanatiques portant l'attaque au coeur de l'Etat en accrochant trois bouts de fer sur des caténaires". Coupat libéré, mais sous contrôle Coup de théâtre dans ce qui est devenu l'"affaire Coupat", le parquet de Paris n'est plus opposé à la libération du détenu, qui devrait avoir lieu jeudi 27 mai. Une décision qui survient le lendemain d'une audition avec le juge d'instruction Thierry Fragnoli. Une liberté restreinte par des mesures de précautions importantes : les papiers d'identité du présumé saboteur restent au greffe de la maison d'arrêt de la Santé, Julien Coupat reste lui cloîtré chez ses parents avec interdiction de quitter l'Ile-de-France, sans avoir le droit de communiquer avec les 8 autres membres de son groupuscule. Enfin, il devra payer une caution dont le montant et les modalités sont à l'appréciation du magistrat.