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Les créateurs de la nouvelle série Netflix nous parlent de la génèse du projet, de son ambition, et de sa présence au Festival.

Au Danemark, Jannick Tai Mosholt est un vrai génie du petit écran. Co-créateur de Rita, producteur et scénariste de Borgen, il s'est associé l'an dernier pour la première fois à Netflix, pour lancer une grande série post-apocalyptique. Avec deux amis de 20 ans, Christian Potalivo et Esben Toft Jacobsen, ils ont développé ce grand drama survivaliste, qui sortira le 4 mai prochain sur la plateforme. The Rain était présentée hier soir à Séries Mania 2018, dans le cadre de la compétition officielle. Rencontre.

The Rain éclabousse Séries Mania 2018 par sa puissance visuelle

Comment est-ce que vous avez eu l'idée de faire The Rain ? Il pleuvait dehors et ça vous a donné une idée ?
Jannick Tai Mosholt : C'est vrai qu'il pleut beaucoup au Danemark (rires). Mais en fait, notre projet remonte à quatre ans en arrière. Avec Esben, on se disait que ce serait intéressant de faire une série post-apocalyptique en Scandinavie. Parce qu'au Danemark et dans le reste des pays Scandinaves, on a cette grande fierté d'avoir un système qui fonctionne très bien. Un système dans lequel on prend soin les uns des autres. Si vous tombez, le système vous relève. Mais si on enlève tout le système en place, que restera-t-il de cette belle solidarité ? On avait donc cette idée, mais on l'a mise dans un coin, parce qu'on ne fait pas ce genre de séries au Danemark. On ne fait pas de science fiction. Il n'y a pas le budget. Et puis Netflix est arrivé, on leur a présenté l'idée et ils ont dit "Allez-y !"

Mais pourquoi la pluie ? Pourquoi avoir choisi ce moyen comme point de départ de votre apocalypse ?
Christian Potalivo : On a trouvé amusant qu'une chose qu'on associe généralement à la vie, qui génère la vie, soit ainsi détournée. Qu'on inverse les choses et que la pluie amène alors la mort. Et puis c'est aussi quelque chose que vous ne pouvez pas contrôler. Or, ce qu'on craint le plus, ce sont les choses que l'on ne comprend pas, qu'on ne maîtrise pas.
Esben Toft Jacobsen : Et la pluie a aussi cet aspect super visuel. On n'avait jamais vu ça auparavant à la télévision.

Vous avez établi des règles précises, concernant la pluie ? Une espèce de guide de ce qu'elle contamine, de ce qu'elle tue ou pas ?
C.P.
: Oui bien sûr. On est certain qu'il y aura plein de questions qui vont se poser, quand la série sortira. Mais on a effectivement tout analysé, tout défriché, de ce qu'il est possible de faire ou pas avec cette pluie. On a fait beaucoup de recherches, mais je crois que la série parlera d'elle-même, au fur et à mesure.

Les séries apocalyptiques sont de plus en plus répandues à la télévision. C'est difficile de trouver une nouvelle idée originale pour détruire la civilisation et supprimer l'humanité ?
C.P. : C'est vrai qu'il existe déjà pas mal de séries de ce genre, qu'on adore et qui nous inspirent, mais ce sont surtout des visions américaines du post-apocalyptique. C'est souvent un homme, ou une femme contre le monde. Nous, on voulait prendre le point de vue d'une société plus sociale, où c'est la notion de groupe qui est mise en avant. Où l'individu fait partie d'un groupe.

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Quelles sont vos influences ? Les séries apocalyptiques que vous aimez regarder ?
J.T.M. : A la base, on s'est d'abord inspiré du livre de William Goldin, Sa Majesté des mouches (1954). Mais aussi de La Route (de Cormac McCarthy). Et puis rapidement, on a pensé aux films The Hunger Games, parce qu'on voulait qu'il y ait cette notion d'espoir, et parce que nos héros sont aussi des adolescents. On a évoqué entre nous The Walking Dead, bien sûr. Mais c'est surtout The Leftovers qui nous a inspiré. Notamment cette idée que les humains qui restent sur Terre, doivent vivre avec quelque chose qu'ils ne comprennent pas. Qu'ils doivent accepter, et continuer...

Est-ce que vous voyez The Rain comme une série apocalyptique ou plus comme un drama de survivants ?
J.T.M.
: En fait, dans le fond pour nous, c'est une série qui parle du passage à l'âge adulte. Parce qu'on rencontre ces personnages à un âge charnière, à un moment crucial de la vie, où l'on découvre qui on est, en tant que personne. On leur a tout enlevé et dans notre histoire, ils doivent se trouver, dans un monde qu'ils ne comprennent pas. Donc, certainement que c'est plus une série de survie, mais peut-être même de survie de l'esprit, de l'humanité qu'il y a à l'intérieur de nous.

C'est vrai que Simone (Alba August) a 16 ans quand tout commence. C'est une ado au lycée, et tout à coup, elle doit grandir, s'occuper de son frère, l'élever même...
J.T.M. : Oui, elle a été contrainte de grandir trop vite, et elle va devoir essayer de trouver un moyen de redevenir une jeune fille, par la suite. Mais le plus violent, c'est pour Rasmus, son petit frère. Ce n'est qu'un petit garçon de 10 ans quand il entre dans le bunker. Il en ressort à 16 ans. Il est censé être un jeune homme, mais dans sa tête, c'est toujours un enfant. Il n'a pas eu de modèle pour se construire.

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Netflix a largement fait la promotion de The Rain. Après les succès de séries européennes comme Dark ou La Casa de Papel, vous ressentez une certaine pression ?
J.T.M.
: (rires) Oui, évidemment. On est surtout très excité en fait, parce qu'il y a beaucoup d'attente et on espère que ça veut dire que beaucoup de gens vont regarder la série. Mais en même temps, c'est un peu stressant de lancer comme ça sa création, dans la nature.

Vous, personnellement, vous avez déjà développé de grandes séries au succès mondial, comme Rita ou Borgen. C'est différent de travailler avec Netflix ?
J.T.M.
: Non pas vraiment, le processus de création est toujours le même en fait. La vraie différence, c'est qu'on a eu la possibilité de travailler un genre qu'on n'a jamais eu la possibilité de travailler auparavant. D'habitude, j'écris sur des univers réalistes. Là, j'ai pu m'amuser un peu. The Rain, c'était un vrai terrain de jeu où l'on a pu s'éclater à crasher la société !

Vous êtes tous les trois créateurs de la série. Comment on fait pour écrire, créer à six mains ?
C.P.
: On a chacun une formation un peu différente et on essaye de respecter au mieux nos domaines de compétences. Jannick a plutôt la responsabilité de l'histoire. Esben a la responsabilité de l'aspect visuel. Et moi, j'ai plus un rôle de producteur, où j'essaye de déterminer, concrètement, comment on peut faire ça ou ça. Mais bon, on se connaît tous les trois depuis l'école de cinéma, il y a près de 20 ans. Donc on peut se donner des idées dans tous les domaines. On s'engueule parfois, on n'est pas tout le temps d'accord, mais on se repecte. C'est un vrai travail collaboratif.

Vous connaissiez le Festival Series Mania ? Vous êtes en compétition officielle cette année...
C.P. : Oui, bien sûr, on avait déjà pitché un projet l'an dernier. C'est très cool d'être parmi les nommés cette année, mais on ne s'attend pas à gagner. Le truc, c'est qu'il y a tellement de séries différentes, de genres différents, en compétition, que c'est impossible d'avoir des attentes. Mais en même temps, c'est vraiment cool d'être ainsi comparé à ces autres excellentes séries !