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Le western moderne de Taylor Sheridan prend étonnamment la forme d'un Dallas aux éperons d'argent.

Scénariste acclamé pour Sicario et Comancheria, Taylor Sheridan avait également dirigé l'an dernier, l'excellent Wind River, un polar glacé au fin fond du Wyoming, évoquant de façon intelligente l'intégration de la communauté amérindienne dans l'Amérique moderne. Gardant cette thématique dans un coin de sa tête, il a donc co-signé Yellowstone, western moderne en 10 épisodes, dont il a assuré l'entière réalisation.

L'histoire suit la famille Dutton, propriétaire du plus grand ranch des États-Unis. Héritière des pionniers du far west, elle doit faire face à de nombreux ennemis, désireux de prendre (ou reprendre) leurs terres et leur bétail. De l'administration corrompue, aux promoteurs immobiliers sans racine en passant par la réserve indienne d'à côté, qui compte bien se réapproprier le territoire de ses ancêtres, le patriarche John Dutton et ses 4 enfants vont se défendre par tous les moyens possibles. Même les plus illégaux...

Encore une fois, Sheridan s'est fait un vrai petit kiff visuel, filmant les magnifiques montagnes du Montana et offrant des plans absolument spectaculaires du parc de Yellowstone, qui feront sans aucun doute bien plaisir à l'Office de Tourisme local. Pour le reste, il faut avouer que la mini-série n'est pas à la hauteur des attentes.

Dès les premières joutes verbales, on voit venir le gros problème : les personnages, les relations, les dialogues... tout penche dangereusement vers le soap, le feuilleton un peu ringard et racoleur, dopé aux saynètes surjouées et aux drames surécrits... Loin de ses ambitions stylées et haut-de-gamme, elle embarque en fait ses acteurs sur une pente glissante : Kevin Costner devient ainsi sa propre caricature, quand la "So-British" Kelly Reilly se débat comme elle peut pour se muer en vilaine fille du Midwest !

Pourtant, on sent que Taylor Sheridan essaye de résister à la tentation. Lui qui a grandi dans un vrai ranch, au fin fond du Texas, a clairement des choses à dire et montre une certaine réalité du milieu, parfois intéressante et authentique. Mais de chocs sirupeux en twists capillotractés, il a quand même bien du mal à ne pas sombrer dans la facilité. Voire par moment, dans un certain manichéisme pro-rancher un peu gênant.

Au bout du compte, si l'on regarde Yellowstone pour ce qu'elle est vraiment - au-delà de ses faux airs de drama premium - on ne voit pas beaucoup plus qu'un nouveau Dallas... Dans le genre luttes de pouvoir intestines, mieux vaudra privilégier Succession, cet été.

Yellowstone, depuis le 21 juin sur Paramount Network aux Etats-Unis. 10 épisodes.