The Handmaid tale
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Un conte dystopique sur l'horreur de la servitude volontaire.

Mis à jour du 03/05/2017 : The Handmaid's Tale sera diffusée en France à partir du 27 juin sur OCS Max.

Hulu frappe fort avec The Handmaid's Tale, adaptation glaçante de “La Servante écarlate”, roman culte signé Margaret Atwood (1985). Une véritable claque, dérangeante et saisissante, qui secoue le spectateur au bon endroit.

The Handmaid's Tale, c'est une histoire dystopique, qui se passe donc dans une Amérique alternative à celle que l'on connaît aujourd'hui. Le pays s'appelle désormais Gilead et est dépeint comme un état totalitaire terrifiant, après qu'une crise biologique sans précédent a frappé la natalité des femmes. Alors que les bébés se font de plus en plus rares, que les grossesses n'arrivent quasiment jamais à terme, un sursaut religieux a pris possession de la nation, désormais totalement encadrée, contrôlée, sécurisée. Les hommes ont repris tous les postes de pouvoir et les femmes sont cantonnées à quelques rôles : épouse, gouvernante ou servante. Ces dernières, les seules capables d'enfanter, sont choisies pour assurer la reproduction et se retrouvent captives, assignées à une résidence. Elles sont forcées d'avoir régulièrement des rapports avec l'homme de la maison, au cours de rituels infâmes, afin de porter un jour leur enfant. Offred est l'une d'elles...

Il n'y a qu'à lire ce pitch incroyable, pour comprendre que The Handmaid's Tale ne sera pas une douce balade SF folklorique... Et c'est bien pire que ça à l'écran. Si l'histoire est déjà particulièrement glaçante, la mise en scène fait tout pour accentuer le malaise. S'appuyant sur une lumière et une photographie aussi froide qu'un congélateur en Sibérie, la série nous installe dans une gène profonde et permanente, une ambiance lourde et suffocante. Comme son héroïne, réduite à l'état d'escalve sexuelle embrigadée, on est tétanisé par l'atmosphère despotique qui régit chaque recoin de cette Amérique insoutenable.

Le rituel de la procréation, la séquence de l'accouchement ou la violence du lavage de cerveau dans les camps de rétention pour futures pondeuses sont autant de séquences qui coupent littéralement le souffle du téléspectateur, aussi horrifié que fasciné par cette société... si loin, si proche.

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Car The Handmaid's Tale sait jouer parfaitement avec cette notion de dystopie. Non, il ne s'agit pas de science fiction. Oui les atrocités qui sont vécues par les femmes de la série pourraient pertinemment arriver à notre monde aussi, si l'on n'y prend pas garde : "Pour moi, en tant que féministe revendiquée, je trouve que cette série porte des questions majeures. J'aimerais que ce ne soit que de la fantasy. J'aimerais qu'on soit dans la pure science-fiction. Mais ce n'est pas le cas", assène l'actrice Elisabeth Moss dans EW. 'Pour que cette société se mette en place, c'est juste un long et lent processus silencieux... Il n'y a qu'à regarder autour de vous pour voir aujourd'hui, dans notre monde, le droit des femmes à disposer de leur corps remis en question, mais aussi le droit de protester, la libre expression de journalistes... Lorsque les droits et la liberté sont bafoués, un à un, c'est le moment où Gilead s'installe."

Oui, le spectateur a toujours pris beaucoup de plaisir à se faire peur. Mais à une époque où les extrêmes de tous bords n'en finissent plus de grimper, aux quatre coins du monde, on en vient à douter. Et si The Handmaid's Tale n'était pas si impossible que ça ? La série marche parfaitement sur ce fil tendu comme une élection présidentielle foireuse. Surtout en montrant à quel point, en quelques années seulement, les citoyens ont la faculté à se soumettre. Il y a 500 ans, dans son Discours de la servitude volontaire, La Boétie s'interrogeait déjà sur les raisons de la soumission de la population à toute autorité. On est en plein dedans avec The Handmaid's Tale, qui montre de manière effrayante et effarante, à quel point une société libre peut basculer dans la folie du totalitarisme.

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C'est certain, la nouvelle série Hulu secoue la conscience du spectateur et c'est tant mieux. Mais rien de tout ça n'aurait fonctionné, sans la performance incroyable du casting, emmenée par une Elisabeth Moss (Mad Men) magistrale. La tête enfoncée dans ses épaules, elle incarne une servante terriblement réaliste, auquel chacun pourra (hélas) s'identifier. Face à elle, on retrouve une Yvonne Strahovski (Chuck) méconnaissable en épouse et maîtresse de maison désabusée et la flippante Ann Dowd (Patti dans The Leftovers), toujours aussi inquiétante en meneuse de culte.

The Handmaid's Tale - saison 1 en 10 épisodes - chaque mercredi soir sur la plateforme Hulu, aux Etats-Unis.