Sherlock : The Abominable Bride, le retour qu'on attendait

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L'Effroyable mariée est rediffusé ce soir sur France 4. Exit la relecture contemporaine et retour à l'époque victorienne des écrits de Sir Conan Doyle. Une métamorphose bénéfique ? Bien plus que ça.

Review de l'épisode spécial Noel de la série Sherlock, publiée sur Première en début d'année, lors de sa première diffusion en Angleterre.
Attention, quelques spoilers.

Entre deux saisons, le plus grand détective du monde a fait son retour sur la BBC pour un épisode un peu particulier. Souvenez-vous. En 2010, le duo Steven Moffat et Mark Gatiss prenait le parti de dépoussiérer les aventures de Sherlock Holmes (pour lequel les deux hommes, alors tous deux scénaristes de Doctor Who, vouent une passion mutuelle) en ancrant la destinée du locataire du 221B Baker Street à notre époque. Sa dernière aventure, "The Abominable Bride" (L'abominable fiancée), épisode spécial de 90 minutes (en attendant la saison 4) promettait, sur le papier, de replacer son héros en plein XIXème siècle. La série avait fait de la modernité son substrat. Alors, à quoi bon revenir en arrière ?

Dans les faits, c'est plus compliqué que ça et il faut bien reconnaître à Gatiss et Moffat de sacrés talents d'illusionnistes. Enquête somme qui s'autorise toutes les pirouettes narratives, scénario qui explore le canon holmésien, en allant de surprises en surprises, jusqu'à vous retourner le cerveau sans crier gare, et début de manifeste féministe (si si) : "The Abominable Bride" est tout ça à la fois. Ceux qui reprochaient à la saison 3 de délaisser l'investigation verront cette fois leurs vœux exaucés.

Le retour d'une mariée vengeresse laissée pour morte va mettre le feu aux poudres et précipiter Holmes, Watson et leur cercle de proches (Mary, Mrs Hudson, Mycroft and co sont de retour) dans un nouveau labyrinthe méandreux où le polar adopte une imagerie gothique... et multiplie les fausses pistes. Déjà coupables d'un joli tour de passe-passe lorsqu'il avait fallu expliquer comment le détective avait échappé à la mort dans "La Chute du Reichenbach", les auteurs poussent encore plus loin le curseur, menant une fois encore le spectateur là où il s'y attend le moins. Au risque de se mettre une poignée de fans à dos, mécontents d'avoir été floués ? La démonstration de Gatiss et Moffat n'a pourtant jamais paru aussi sincère.

Après un résumé des saisons précédentes qui laisse déjà entendre que cet épisode événement n'est pas qu'un simple stand-alone, le récit débute au son de la voix de Watson (Martin Freeman) qui s'en fait le narrateur. Sherlock revêt alors une véritable dimension méta lorsque Moffat et Gatiss font du docteur  le double de Conan Doyle : le détective étant devenu une petite célébrité, grâce à Watson qui publie tous les mois, comme le faisait Conan Doyle, les enquêtes de Sherlock Holmes dans The Strand ! Les clins d’œil sont légion (du Chien des Baskerville à L'Escarboucle bleue) et au service de l'histoire, sans jamais paraître de trop.

Moffat et Gatiss manipulent la mythologie holmésienne (et ce que eux-mêmes en ont fait par le passé) avec un respect et une exaltation perceptible donnant à cet épisode un impact bien plus important qu'il n'y paraît. Quant à  Benedict Cumberbatch et Martin Freeman, ils se prêtent généreusement au jeu, au diapason des auteurs qui préparent habilement le terrain pour la saison 4. "J'ai toujours su que j'étais un homme hors du temps" glisse Sherlock. Intemporel, le héros de Conan Doyle revisité traverse ici littéralement les époques, se nourrit du passé pour comprendre le présent, le futur...

Et si "The Abominable Bride" était la plus belle lettre d'amour du duo au personnage ?

En France, la série Sherlock est diffusée sur France 4. 

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