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Baron noir, la série politique de Canal+, s’inspire de la réalité. Qui a servi de modèle ? Un élu du PS nous donne son sentiment.

La deuxième saison de la série politique, Baron noir, a été lancée par Canal + le 22 janvier. Meilleure encore que la première ! Philippe Rickwaert, interprété par un Kad Merad époustouflant, fait son retour, manipulant son monde dès sa sortie de prison. On a goûté, et été dégoûté, par les manœuvres d’appareil, les tergiversations, les compromis. La série est si réaliste qu’on imagine aisément qu’elle prend ses racines dans certaines confessions venues de l’intérieur.

Mais qui a bien pu servir de modèle au Baron noir ? Dans un premier temps, impossible de ne pas penser aux élus du Nord puisque c’est de là que vient le héros et que la fédération socialiste y a vacillé de manière spectaculaire au cours des 20 dernières années. Celui qu’on appelait le baron de Liévain, Jean-Pierre Kucheida, est d'ailleurs tombé pour abus de biens sociaux en 2011. Si l'on pense aux hommes de l’ombre comme Jean-Pierre Mignard ou Stéphane Fouks réputés pour faire et défaire les carrières politiques, le nom de Julien Dray a aussi longtemps circulé, poussé par les affirmations de l’intéressé lui-même, comme celle qu’il a fait à Marianne il y a deux ans. En début de semaine, une section locale du PS, située à Conflans-Saint-Honorine, allait encore plus loin. Pour faire la promotion d'une réunion publique en présence de l'homme politique, son compte Twitter écrit ce message, depuis effacé : "Vous aimez le Baron noir ? Venez le rencontrer en vrai !"

Il est vrai que des similitudes de parcours entre l’ex-élu de l’Essonne et le cacique du Nord existent. Dans la première saison, la manière dont Rickwaert orchestrait la contestation contre son ancien mentor n’était pas sans rappeler quand Dray organisait un mouvement lycéen contre Michel Rocard, alors premier ministre. Confident de Hollande, mentor politique de Ségolène Royal, Dray a connu, comme Rickwaert, les trahisons et les victoires. "Le Baron Noir, analyse Benjamin Djiane, adjoint au maire PS du 3e arrondissement de Paris, et ancienne plume de Manuel Valls, c’est à la fois un bon tacticien, un politique influent et quelqu’un qui tire les ficelles dans l’ombre. Nombreux voudraient s’approprier le titre ! Le personnage a bien évidemment un côté caricatural, mais sur le chemin de la conquête du pouvoir, on peut rencontrer des individus qui cumulent pas mal de ces qualités."

Pour l’élu de gauche, la série, même si elle est très réaliste, plait au public parce qu’elle met en valeur un personnage opaque et met en exergue le côté romanesque de la prise du pouvoir avec ses manipulations. On y voit aussi deux faits nouveaux, rarement abordés en fiction : la gestion de la menace terroriste par la Présidente de la République et l’organisation du clientélisme des cités, grand tabou de la gauche. Pour garder les voix des habitants des cités, certains élus instrumentalisent le communautarisme. "Cette série est juste car elle traduit la fin d’une époque, poursuit Benjamin Djiane. La gauche française est en miettes. J’ai hâte de découvrir la saison 3 pour savoir comment elle se reconstruira. Plus sérieusement, ce qu’il faut aujourd’hui, c’est casser les vieilles boutiques, les vieux réflexes militants, les petites tactiques de congrès, dire une fois pour toutes que le PS est mort et repartir à zéro avec un grand mouvement populaire de gauche." Les scénaristes de Baron noir ont du pain sur la planche.