AMC

Autrefois hit coolissime de la télé américaine, la série horrifique est aujourd'hui décriée de toutes parts. On essaie de comprendre ce qui ne va pas.

Trois millions de téléspectateurs perdus sur un an, ce n'est pas juste une certaine érosion de l'audience, due au temps qui passe. Il y a quelque chose de pourri au Royaume des zombies, et ça fait un moment que ça dure. The Walking Dead ne passionne plus les foules. La série AMC ne parvient plus à déclencher cette irrépressible envie de se connecter, le lundi matin, pour voir la suite des aventures de Rick & cie. Alors qu'est-ce qui ne marche plus dans Walking Dead ? Pourquoi la série n'y arrive plus ? On essaye de mettre le doigt, là où ça va mal...

Et maintenant, The Walking Dead dévie sérieusement des comics !

TOUTE LA RÉALISATION EST À REVOIR

Mettons les pieds dans le plat tout de suite : The Walking Dead souffre aujourd'hui, de manière évidente, d'un problème de réalisation. Les épisodes sont particulièrement mal mis en scène et mal dirigés, et ça se voit de plus en plus à l'écran. Greg Nicotero, responsable des effets spéciaux et du maquillage, était le créateur des zombies, au début de la série. Depuis quatre ans, il est le réalisateur principal, celui qui dirige la plupart des épisodes, avec Michael E. Satrazemis, ancien cameraman, promu directeur de la photo, puis réalisateur. Ensemble, ce sont eux qui signent l'essentiel de The Walking Dead, ses plans paresseux, ses scènes d'action décevantes, ses gros plans vitreux et une absence totale d'intention, de plus en plus préjudiciable.

AMC

UNE QUESTION D'ARGENT AUSSI

Peut-être que le talent manque, derrière la caméra. Ou peut-être que le temps manque. Tourner 16 épisodes de 45 minutes en 6 mois, cela laisse peu de place à la créativité et à la réflexion. Aujourd'hui, The Walking Dead se filme à la chaîne, entre mai et novembre, tandis que Game of Thrones, par exemple (et ce n'est pas la seule) prend 8 mois à un an pour tourner 10 épisodes...

Bien sûr, Game of Thrones ne dispose pas du même budget. Mais la faute à qui ? HBO a mis le paquet, année après année, pour faire de son oeuvre fantastique une réussite totale. Elle a augmenté les moyens de la série, en même temps que croissaient les attentes de fans. De son côté, la chaîne AMC n'a jamais vraiment investi dans son show. La preuve : actuellement, un épisode de Walking Dead coûte 2,5 millions de dollars (2,1 millions d'euros)... soit 1 million de moins qu'à l'époque de la saison 1 ! Et forcément, ça se ressent à l'image.

LES SCÉNARIOS SONT CALAMITEUX

La vraie bonne idée serait donc peut-être de réduire le nombre d'épisodes. De passer de 16 à 12 ou 10 épisodes par saison, pour condenser les moyens, ramasser les intrigues, et recentrer l'histoire sur les personnages forts. Car aujourd'hui, les auteurs de Walking Dead n'y arrivent plus. Scénaristiquement, la série est au fond du gouffre et ne réussit plus à remonter. Semaine après semaine, on assiste à une succession de scènes creuses, de drames artificiels et une surenchère de twists larmoyants, pour tenter de compenser tout ça.

DR

Comment Scott Gimple et sa bande ont-ils pu rater à ce point-là l'attaque du Sanctuaire et des Sauveurs, dans cette première partie de saison 8 ? De manière totalement improbable, l'alliance est allée canarder Negan et sa bande, à l'aveugle, et sans discontinuer, pendant près de trois heures. Un flot continu de coups de feu a alors assommé les téléspectateurs (parce que les munitions, autrefois denrée rare dans ce monde apocalyptique, coulent désormais à flot) sans climax ni momentum. Malheureusement pour nous, une enfilade de gun fight n'a jamais été synonyme d'action haletante. Surtout si la réalisation n'est pas à la hauteur (voir le point précédent).

LA SÉRIE NE SAIT PLUS ÊTRE COOL

Surtout si les protagonistes n'ont pas les épaules pour faire passer un peu d'émotion dans cet assourdissant tapage tape-à-l’œil. Parce qu'il faut bien se l'avouer, il y a un vrai problème de casting dans The Walking Dead. Passe encore que le "so british" Andrew Lincoln surjoue son accent américain de shérif sudiste et de cow-boy fatigué. Mais on ne supporte plus les regards de petit chat battu de Melissa McBride (Carol), de guerrier philosophique de Lennie James (Morgan) ou cet Ezekiel en carton, avec son poulpe synthétique sur la tête. Et on ne parle même pas de l'insipide Père Gabriel, de Michonne devenue fantomatique ou d'une Maggie tristement sous-employée. Et il y a le cas Daryl. Autrefois personnage préféré des fans, le biker est devenu un second couteau déprimé et déprimant, qui "fait la bagarre" avec son meilleur ami.

AMC

À notre plus grand désarroi, Daryl est même devenu le symbole d'une série qui ne sait plus du tout être cool. Qui n'est plus jamais badass. Et qui se contente de fracasser ses héros à coup de batte de baseball, en espérant provoquer enfin une réaction au sein de son public. Parce qu'aujourd'hui, il n'y a plus vraiment de personnages excitants ou attachants, dans la flopée de figures fadasses empilées saison après saison. Ne défilent devant nous que des visages vaguement familiers, usés, et désincarnés.

L'HEURE DE TOUT CHANGER

Des personnages bien ternes, qui n'ont pas grand chose à se dire et qui s'épuisent encore et encore dans les mêmes storylines moralistes, usées jusqu'à la corde. Non, The Walking Dead ne peut pas se limiter à un dilemme éthique sur la frontière entre le bien et la mal. Entre ce qu'il est acceptable de faire, ou pas, dans un monde apocalyptique. L'arc "parce qu'à après la survie, il y a la vie", dure depuis trop longtemps. Il est grand temps de donner à Rick et ses amis d'autres os à ronger.

DR

En attendant, on patiente encore, en espérant qu'un jour, Walking Dead saura redevenir le drama haletant et stylé qu'il fut pendant trois saisons. On fait notre deuil de l'intrigue "All Out War", qui ne sera tout simplement pas à la hauteur de nos espérances. On fermera encore les yeux sur les incompréhensibles trous scénaristiques.

En se disant que, peut-être, Scott Gimple, aux manettes du show depuis la saison 4, se décidera à passer la main. L'occasion est idéale. La fin de Negan devrait être suivie par un saut dans le temps (si cela se passe approximativement comme dans les comics) et une sorte de remise à zéro de l'histoire. Sans aucun doute, il faut en profiter pour renouveler la série, en profondeur, et permettre ainsi à Walking Dead de repartir sur de bonnes bases, pour les 100 épisodes qui viendront, de toute façon.

Prochainement au Cinéma