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La série dérivée portée par Matt LeBlanc fut un échec cuisant à l'époque. Et on comprend mieux pourquoi aujourd'hui.

Le 7 mars 2006, la saga des Friends s'arrêtait définitivement. Un peu moins de deux ans après que Chandler et Monica aient rendu les clés de leur loft new-yorkais à Treeger, c'est Joey qui tirait sa révérence, sans trompette ni tambour. Après 2 petites saisons et 46 épisodes très mal reçus (dont 8 n'ont même jamais été diffusés à l'antenne), le spin-off de Friends était carrément retiré de l'antenne puis annulé par NBC.

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Dix ans plus tard, Joey Tribbiani méritait bien qu'on lui accorde une autre chance. Alors on s'est refait l'intégrale, histoire de voir si la sitcom s'est améliorée en vieillissant... malheureusement non ! Joey est toujours aussi raté, ringard, et difficile à regarder. Mais aujourd'hui, on comprend mieux pourquoi.

L'idiot de service ne fait pas un héros

Le problème majeur de ce spin-off, c'est tout bonnement son concept. Donner les clés du camion à Joey, lui offrir sa propre série, c’était une fausse bonne idée. Si le garçon était attachant, sympathique et drôle, au milieu de ses Friends, c'est parce qu'il était parfait en idiot de servic, le gentil tombeur un peu bêta, cible parfaite des moqueries de ses camarades et des auteurs. Mais en solitaire, il devient vite très agaçant. Présent dans toutes les scènes ou presque, le personnage n'a juste pas les épaules d'un premier rôle et on se rend compte rapidement de ses limites. Le beau gosse imbécile heureux n'était vraiment pas le Friends qu'il fallait pour un spin-off. 

D'autant que Matt LeBlanc en fait trop. Pour combler les lacunes de son personnage, il cabotine d'épisode en épisode, ressortant toutes les mimiques de Joey, les unes après les autres. L'acteur surjoue pour tenter de coller au plus près au coloc' new-yorkais qu'on aimait tous. Et ça se voit.

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Une écriture incroyablement ringarde

En même temps, le comédien n'a pas été aidé par Scott Silveri. Ancien auteur de Friends (sur les trois dernières saisons), c'est lui qui est le créateur de ce spin-off, accompagné par le producteur exécutif historique, Kevin S. Bright. Sauf que ni David Crane, ni Marta Kauffman, n'ont accepté de travailler sur le show. Sans les créateurs de Friends, la série a clairement eu du mal à trouver son ton. Rapidement, elle sombre vers la grosse sitcom de base, avec ses situations ubuesques, ses vannes lourdingues et des twists improbables. Autant, Friends s'est imposée comme une série quasi-intemporelle (si l'on enlève les fringues 90's des premières saisons), au style unique, toujours aussi drôle, 20 ans plus tard. Autant Joey a été écrite avec une plume grasse et indigeste, et si on a rigolé 3 fois au cours des 46 épisodes, c'est bien le bout du monde.

Des seconds rôles bâclés

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Il faut dire que la réussite comique d'une sitcom repose grandement sur les personnages secondaires. Et ceux de Joey ne sont tout simplement pas très bons. Gina, la sœur grande gueule et vulgaire, est corrosive par instant, mais souvent fatigante (même si on aime beaucoup Drea De Matteo). La jolie Alex (Andrea Anders) ne manque pas de charme, mais s'avère assez creuse. Et les autres sont juste calamiteux : Michael (Paulo Constanzo) est caricatural et sans intérêt en neveu/geek/puceau. Bobbie (Jennifer Coolidge) est à baffer en agent de stars loufdingue et on ne comprend toujours pas comment ils ont fait pour pondre ce voisin loser nommé Howard (Ben Falcone).

La saison 2 est encore pire de ce point de vue, puisqu'elle introduit tout à coup Zach (Miguel A. Núñez, Jr.), un personnage totalement artificiel, qui sort de nulle part et qui ne sert strictement à rien, jusqu'à la fin. Puis, on doit se taper les hurlements hystériques de Jimmy (Adam Goldberg), le père "bad boy" de Michael, irritant au plus haut point. La bande est très loin d'être aussi attachante que celle des Friends. Et forcément, ça fait mal.

Trop loin des Friends

Joey Tribbiani pateauge au milieu de cette famille bas de gamme et dans la saison 2, la série se recentre logiquement sur la seule réussite du show : l'histoire d'amour entre Joey et sa voisine, qui fonctionne plutôt bien, grâce à une jolie alchimie entre les deux personnages. Mais la sitcom se transforme alors en une comédie romantique très classique, et laisse loin derrière ses racines "Friendsiennes".

En cherchant à trouver sa propre identité, le spin-off a fini par totalement renier la série originale. Quel étonnement de constater que les noms de ses (anciens ?) amis ne sont jamais cités ou presque, au fil des 46 épisodes. Joey ne fait quasiment jamais référence à Chandler, son âme-sœur pendant 10 ans. Il ne mentionne pas Phoebe une seule fois. Et il n'arrive même pas à dire le mot "Rachel", lorsqu'il parle des sentiments qu'il a eu, à une époque, pour son ancienne coloc'. Et où sont passés les caméos ? Il y a de quoi être déçu, quand on voit que Matthew Perry ou David Schwimmer ne sont même pas venus rendre une petite visite à leur pote, nouvellement installé en Californie !

Abandonné par ses Friends, Joey n'avait tout simplement pas la carrure pour réussir, seul, de son côté. Il aurait vraiment dû rester à New York et s'installer dans la chambre que Chandler et Monica lui avaient réservé, dans leur nouvelle maison. C'était là sa vraie place.