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On vous prouve que la série est, au contraire des rumeurs qui courent ces derniers temps, un show progressiste et très ouvert d'esprit.

Depuis quelque temps monte sur le web un drôle de mécontentement décrit comme une soudaine crise de lucidité : Friends serait en fait un vieux truc réactionnaire, aux tendances homophobes et sexistes à peine cachées. Une espèce de farce conservatrice de mauvais goût, dont les vannes datées mettraient "mal à l'aise les jeunes Britanniques", selon un papier de The Independent.

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Alors que la meilleure série de tous les temps (dans le classement du Hollywod Reporter) est disponible sur Netflix en intégralité, nombreux sont ceux qui en ont profité, ces derniers mois, pour se refaire les 236 épisodes au Central Perk. Et ce revisionnage contemporain a provoqué, chez certains, un sentiment étrange. Oubliant totalement que Friends est une série qui a déjà presque 25 ans, ils ont choisi de regarder le show à l'aune de l'époque actuelle, à savoir un monde post-Harvey Weinstein, encore marqué par les affrontements sur le mariage pour tous, par les thématiques liées aux inégalités hommes / femmes, le harcèlement à l'école, les humiliations sur Internet... Et forcément, ils ont pu relever ici ou là une phrase, une blague, voire un épisode qui, sorti du contexte des 90's où il a été écrit, prend un tout autre sens.

Dans ce papier posté par le magazine Cosmopolitan, l'année dernière, on reproche par exemple à la série de véhiculer des valeurs carrément homophobes, notamment via Chandler, qui aurait horriblement honte de son pauvre père, un travesti de Las Vegas. Il passerait ainsi son temps à se moquer de lui et de sa transformation radicale. Or, Chandler n'a jamais remis en cause le fait que son géniteur ait pu ressentir le besoin de se sentir femme. Ce qui l'a toujours fait souffrir, c'est le divorce de ses parents, l'adultère de son père (avec l'homme de maison) et l'annonce brutale de la destruction de sa famille, en plein Thanksgiving, alors qu'il n'avait que 11 ans. D'ailleurs, il faudra du temps pour que Chandler lui pardonne d'être parti. Et il le fera au cours de la saison 7, lorsqu'il viendra le voir à Las Vegas, pour l'inviter à son mariage, au cours d'une scène de réconciliation très émouvante :

Et puis taxer Friends d'homophobie, c'est oublier un peu vite que la série a été l'une des toutes premières à mettre en scène un mariage homosexuel. Dès la saison 2, Carol épouse sa compagne Susan. "Si tes parents n'arrivent à accepter que tu épouses une femme, alors qu'ils aillent se faire voir", lance ainsi Ross, avant de conduire lui-même son ex jusqu'à l'autel. On est bien aux antipodes d'un comportement homophobe.

Et certes, Ross a du mal avec l'idée qu'il puisse y avoir des hommes qui fassent la nounou. Oui, il se demande si Sandy (Freddy Prince Jr.) est gay. Mais à aucun moment il ne laisse entendre qu'il souffre du fait qu'un homme puisse être gay. Il précise surtout, en conclusion de l'épisode, être gêné par un trop plein de sentimentalisme. Alors au-delà du fait que les auteurs étaient un peu à bout d'inspiration à la fin de la série, cela ne prouve absolument rien. Bien au contraire, la série montre ici qu'il n'y a désormais plus aucune profession exclusive à un genre, et utilise le personnage de Ross, pour mettre en lumière une certaine forme de ridicule à ne pas l'accepter. 

Dans un autre genre, les détracteurs modernes de Friends attaquent la série sur un terme bien de notre époque : le "body-shaming". Un mot qui n'existait pas, dans les années 1990, et qui semble totalement disproportionné lorsqu'il est appliqué à la série. Monica est en effet souvent moquée pour son surpoids, au moment de son adolescence. L'épisode 14 de la saison 2, "Celui qui a failli aller au bal", voit notamment la trentenaire se faire mitrailler de vannes. "Fermez-la ! Vous savez bien que la caméra, ça rajoute 5 kilos ! - Mais combien de caméras étaient braquées sur toi ce jour-là ?", balance ainsi Chandler. Oui, sortie du contexte, la pique peut sembler vexante. Mais comme le dit si bien le dicton, on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. Ici, les amis de Monica la vannent, parce qu'ils savent que ça va aussi la faire rire. D'ailleurs, elle ne manque pas d'esquisser un large sourire. Et puis elle n'est pas la seule à se faire chambrer. Ross et son look 70's de "Mr. Kotter" (un personnage d'une vieille sitcom US) ou Rachel et son nez refait sont aussi la cible des moqueries de leurs camarades. On n'est pas du tout dans le "body-shaming" tel qu'on l'entend aujourd'hui, mais plus dans un bon vieux "qui aime bien châtie bien".

D'ailleurs, le poids de Monica, quel qu'il soit, n'est absolument pas un problème, en vérité, pour celui qui deviendra l'amour de sa vie. En effet, dans le double épisode "Ce qui aurait pu se passer" (saison 6), on découvre une Monica qui n'a pas minci, mais qui est malgré tout très heureuse. Une femme épanouie dont Chandler va encore tomber amoureux. Preuve que leur histoire était écrite, avec ou sans les kilos en trop.

Et puis il y a le reproche sexiste, fait notamment par un journaliste du Telegraph et souvent repris. Friends serait une série contre les femmes, dans laquelle Joey symboliserait une volonté de domination masculine, un infâme queutard, qui objectiverait le gente féminine du premier au dernier épisode. Mais est-ce qu'être séducteur, c'est être sexiste ? Joey ne fait-il pas preuve d'une incroyable empathie et d'un soutien à toute épreuve envers les femmes qui comptent pour lui, que ce soit ses 7 sœurs, ou ses amies les plus proches ? Reproche-t-on à Samantha de Sex & the City d'être une croqueuse d'hommes ? Non, bien évidemment. Son désir de séduire est inscrit dans sa nature, au même titre que Joey. Et d'ailleurs, quand la star des Jours de notre Vie est amoureux, ou du moins en couple (avec Charlie ou Rachel par exemple), il ne se comporte certainement pas en macho paternaliste et dominant. Il est plutôt tout sucre tout miel, prêt à tout pour satisfaire sa belle.

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De même, reprocher à Ross de refuser à Rachel une carrière professionnelle, dans la saison 3, est une simple déformation de la réalité. Si le garçon souffre, ce n'est pas parce qu'elle travaille, c'est parce qu'elle travaille trop. La nuance est importante. Du reste, dans toute la série, les femmes de Friends n'ont rien de femmes au foyer de 50's. Elles sont ambitieuses, déterminées, douées, et montent rapidement les échelons, que ce soit Rachel dans le milieu de la mode ou Monica dans celui de la restauration.

Friends : un fan demande sa femme en mariage chez Chandler et Monica

Alors où a-t-on vu que Friends était vieux jeu ? Que Friends était une série fondamentalement conservatrice et un peu honteuse ? Dire ça, c'est oublier sciemment toutes les storylines progressistes qui ont été racontées dans la série et qui, pour l'époque, étaient même totalement libérales. Comme le fait que Monica demande Chandler en mariage (dans la saison 6) ! Qu'on voit dans la série la naissance hors-union d'Emma, élevée par Ross et Rachel, séparément. Sans parler des mères porteuses. Parce que quand même, on ne peut pas ignorer le fait que Phoebe a accouché des enfants de son frère ! Si ça c'est être réactionnaire...

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