Messiah Netflix
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"On ne fait pas de sermon. On ne dit pas aux gens quoi penser".

Scénariste de La Voleuse de livres (sorti en 2013 au cinéma), Michael Petroni a signé Messiah, un thriller géopolitique et religieux étonnant, qui sort ce 1er janvier 2020, sur Netflix. Comment serait accueilli le retour du Christ sur Terre, à l'heure de Facebook et Instagram ? Mais est-ce vraiment le Messie réincarné ou un simple baratineur aux intentions troubles ? L'auteur nous raconte sa vision et son ambition.

Comment vous est venue cette idée messianique ?
Michael Petroni : Je crois que c'est une idée qui a traversé l'esprit de chacun à un moment ou à un autre. Avec cette grosse question au coeur : Et si ? Et si un personnage comme celui-là débarquait dans notre monde, aujourd'hui et maintenant ? Comment est-ce que réagirait le monde ? Et quelle influence pourrait-il avoir dans un monde comme celui du XXIe siècle, à travers les réseaux sociaux et tout ça ? Cette idée a pris forme petit à petit.

Votre concept est très ambitieux, un drama religieux, abordant autant d'angles et de problématiques géopolitiques, et qui parle autant arabe, que hébreu, français, anglais... Ce fut difficile à vendre ?
Non, Netflix a rapidement été emballé par l'idée et son originalité. Mais après, ce fut une production difficile, difficile à faire. Parce qu'on a tourné un peu partout, dans beaucoup de langues. On avait des interprètes sur le plateau en permanence, pour que le réalisateur comprenne bien ce qui se disait, ce qui se jouait. C'est vrai que c'est ambitieux, mais je ne crois pas qu'on s'en rende compte en l'écrivant. C'est seulement quand on a commencé la production qu'on a réalisé. Maintenant, c'est super pour les téléspectateurs, parce que cela leur offre une série à très grande échelle.

Mehdi Dehbi fait une brillante figure christique. Avez-vous avant tout cherché à recruter un acteur qui, physiquement, ressemble à l'image que nous avons de Jésus ?
Ce qui m'intéressait surtout, c'était ce qu'il dégageait, son énergie, son essence, plus que son physique à proprement parlé. Je me fichais un peu de son apparence, hormis le fait qu'il devait absolument être un acteur originaire du moyen-orient. C'était très important pour moi. Mais ce qui m'a plu chez Medhi, c'était d'abord son charisme, son évidente sérénité.

Ce qui est fou dans la série, c'est la rapidité avec laquelle la population du monde entier commence à croire en lui. Il ne faut pas grand-chose finalement... Est-ce une façon de dire qu'on a tous très envie de croire ?
Je crois que c'est un besoin très humain finalement. Croire, ça aide à s'accrocher, à comprendre le monde, à comprendre ses mystères et son chaos. Quelque soit sa construction, son système de croyance, que ce soit politique, religieux ou autre, on a tous besoin de ça pour continuer à avancer. Et je crois que c'est ce que la série explore réellement.

Êtes-vous croyant vous-même ?
J'ai mon propre système de croyance, oui, mais cela n'est pas vraiment entré en ligne de compte dans l'écriture. Je ne veux pas que les gens pense que cela a influencé la série.

Qu'est-ce que Messiah essaye de dire sur la religion ?
Il ne s'agit pas vraiment de prendre position. Notre série a juste envie d'être un thriller géopolitique divertissant, qui invite plutôt les gens se faire leur propre opinion. C'était une ligne importante qu'on s'est fixée avec les auteurs : ne juger aucun des personnages, aucune situation. On ne fait pas de sermon. On ne dit pas aux gens quoi penser. On ne fait pas de commentaire religieux ou politique.

La série réussit toujours à maintenir cet équilibre subtil entre conte religieux et thriller haletant. Qu'est-ce qui domine selon vous ?
A la base, je crois que la série est fondamentalement un thriller. C'est cet aspect "thriller géopolitique" qui lui donne du rythme. Et puis il y a un aspect plus émotionnel, ce que les gens de la série expérimentent, lorsqu'ils rentrent en contact avec ce personnage du "Messie", comment cela influence leur croyance. C'est le côté plus profond de la série.

Évidemment, l'astuce pour vous a été de garder le spectateur dans le doute permanent. Comment avez-vous réussi cela ?
Tout était dans l'écriture. Parce que le plus étonnant, c'est qu'il est parfois plus difficile de savoir comment réagir quand vos croyances sont confirmées, que lorsqu'elles sont infirmées. Il a fallu un certain équilibre. Dans tous les éléments mystiques que nous avons écrits, il y a aussi une explication scientifique et réaliste qui peut s'appliquer. Alors c'est au public de décider ce qu'il veut croire.