Le nom de la rose OCS
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Au mois d'avril dernier, Première était sur le tournage de la nouvelle série d'OCS Le Nom de la Rose, une nouvelle adaptation qui se revendique comme un retour au texte d'Umberto Eco et à sa modernité.

Loin des neiges étouffant le monastère où enquête Guillaume de Baskerville, en cet après-midi d’avril c’est un soleil tout printanier qui trône au-dessus de l’église Santa Maria in Cosmedin. De l’extérieur de cette basilique nichée en plein cœur de Rome, les badauds guettent amusés les allers-retours de la trentaine de figurants traînant sous le cagnard leurs austères bures élimées (nous sommes ce jour-là aux trois quarts du tournage, qui entame sa seizième semaine). A l’intérieur c’est une véritable auberge espagnole. Michael Emerson, le Ben Linus de Lost et l’Harold Finch de Person of Interest, pianote en tenue d’abbé sur son smartphone juste sous une image pieuse. Richard Sammel, le nazi préféré de la fiction hexagonale, vient s’adresser à nous dans un français toujours impeccable. Dans les minuscules corridors se croisent des tonsures (naturelles, nous précise-t-on) italiennes, allemandes, françaises, américaines, à l’image de l’énorme coproduction cosmopolite menée de front par le duo franco-transalpin formé par OCS et la Rai pour cette nouvelle adaptation du Nom de la Rose.

Évoquer le classique d’Umberto Eco amène immédiatement le souvenir de l’adaptation par Jean-Jacques Annaud de 1986, César du meilleur film étranger et membre émérite du Panthéon des ébats les plus moites de l’histoire du septième art grâce à Christian Slater et Valentina Vargas. Entre deux scènes dans le chœur de l’église uniquement éclairé à la bougie, le réalisateur Giacomo Battiato coupe cependant cours à toute comparaison : "C’était ma toute première inquiétude de ne pas me contenter de reporter simplement le texte. Il y a une grande différence entre ce que l’on peut faire dans un film de deux heures trente et une série de huit heures. Le film d’Annaud est immense, mais c’est un condensé du roman d’Eco. C’est un thriller et un film de monstres, alors que dans le roman les personnages secondaires sont plus complexes".

L'important c'est la Rose

Retourner à la lettre et au verbe d’Eco, tel est le projet grâce auquel le groupe Mediawan obtient les droits d’adaptation du livre quelques années avant la mort de l’écrivain et linguiste en février 2016. Bien rodé dans l’exercice de la fresque historique en Italie où il multiplie les succès depuis les années 80, Battiato insiste sur la liberté de sujets que lui apporte le format long de la série et sur leur caractère contemporain : la guerre et le terrorisme religieux, les réfugiés, la liberté de conscience mais aussi le rôle de la femme. Autant d’éléments qui s’incarnent particulièrement dans l’intrigue parallèle de celle de l’enquête de Baskerville : la chasse aux opposants du pape Jean XXII (Tchéky Karyo) par l’impitoyable inquisiteur Bernardo Gui (Rupert Everett), qui le feront notamment croiser la route des Dolcino, hérétiques inspirés des Cathares du Piémont.

Quelques plans mis en boîte dans une pénombre éclairée par plus de huit cent bougies plus tard, John Turturro, qui a la lourde tâche de succéder à Sean Connery dans les guêtres de l’érudit Guillaume de Baskerville, vient discuter de son personnage : "Ce qu'on essaie de faire ici, c'est de capturer l'intelligence d'Eco, ce n'est pas qu'un simple whodunit. On y parle de religion, de philosophie, de la peur des femmes... Tout ça, c'est dans le livre. On est allés puiser dans sa philosophie, à la fois drôle et ironique, et de l'injecter dans ce labyrinthe meurtrier. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut faire en seulement deux heures, vous devez trahir davantage le livre". Et renchérit immédiatement dès qu'on lui parle de Jean-Jacques Annaud : "Je n'ai jamais vu le film et je n'ai pas cherché à le voir pour préparer le tournage. De toute façon, je ne vois pas comment il aurait pu être aussi proche du livre. Tout est parti du livre".

Un nouvel Eco-système

Oeuvre de romancier mais aussi de linguiste, Le Nom de la Rose fascinait son public évidemment sur sa trame policière, mais surtout sur l'érudition des sciences abordées et son rapport quasi fétichiste au verbe. De tous les attributs holmésiens déployés par Baskerville, son polyglottisme est certainement le plus frappant et celui qui ressort le plus à l'écran : "La question des langues est primordiale dans la série", renchérit Turturro. "Eco a passé une grande partie de sa vie à étudier et écrire sur ce sujet. Avec Giacomo, on a fait en sorte de pousser cet aspect au maximum car trop d'adaptations ont tendance à dépouiller le texte de cet aspect, et ce que vous préférez dans le livre a finalement disparu à l'écran". Quoi de mieux donc qu'une co-production européenne pour relever ce type de défi?

Imposer Le Nom de la Rose au-delà de son glorieux ancêtre cinématographique est un enjeu de poids pour tous les acteurs engagés, à commencer par OCS. Après les succès rencontrés par ses comédies issues de son label OCS Signature (Irresponsable et Les Grands en premier lieu), la chaîne inaugure ici son nouveau label OCS Originals, voué à devenir son laboratoire à fictions de prestige. Son casting international, son budget estimé à 24 millions d’euros et son tournage éclaté entre Rome, Pérouse, le Latium, l’Ombrie et les mythiques studios de Cinecitta marquent une volonté de marquer un grand coup à l’échelle de la fiction internationale, plus encore que française. Les premiers retours ont de quoi rendre la chaîne plutôt confiante : déjà vendue dans plus d’une centaine de pays (AMC diffusera la série aux États-Unis et la BBC en Angleterre), Le Nom de la Rose a réuni plus de 6,5 millions de téléspectateurs pour la diffusion de ses deux premiers épisodes sur la Rai, soit près de 25% de parts de marché. Dommage qu'en son temps Umberto Eco, pourtant grand précurseur de la critique séries, n'ait pas écrit de saison 2 à son buddy cop show...

Le Nom de la Rose, mini-série en 8 épisodes, diffusée depuis le 5 mars 2019 en France sur OCS.