Altered Carbon : la superbe machine SF de Netflix a de quoi vous éblouir (critique)

Altered-Carbon Netflix critique

L'adaptation du grand roman "cyberpunk" de Richard Morgan est belle, enivrante... mais pas très subtile.

On peut quand même se réjouir de vivre dans un monde où les studios n'hésitent plus à mettre un gros paquet de billets verts sur la table, pour produire une oeuvre futuriste, sexy, violente et philosophique, traitant de la pente glissante sur laquelle se trouve l'humanité... Clairement, avec Altered Carbon, Netflix ne fera pas l'unanimité. La plateforme aura dû mal à rassembler, comme avec un Stranger Things, par exemple. Mais l'expérience mérite sans aucun doute, de faire un petit tour du côté de Bay City (anciennement San Francisco).

Altered Carbon : l'écrivain Richard Morgan a-t-il été impliqué dans la série Netflix ?

Ne serait-ce que pour la qualité visuelle de la série. Car c'est avant tout grâce une esthétique de SF pure, qui titillera immanquablement la corde sensible des amateurs de Philip K. Dick, qu'Altered Carbon réussit à sortir du lot. La direction artistique est une vraie merveille, quasiment du jamais vu sur le petit écran, qui rend totalement justice au grand roman "cyberpunk" de Richard Morgan (paru sour le titre Carbone Modifié en France). Dans de gigantesques décors réels ou grâce à des effets numériques de premier ordre, on se retrouve propulsé dans un somptueux monde futuriste, à couper le souffle.

Alter-Carbon decors

Belle et enivrante, la série n'en reste pas moins complexe, à l'image du pitch, bien difficile à résumer en quelques lignes. Pour faire simple, Altered Carbon, c'est l'histoire d'un monde futuriste, où l'humanité a réussi à vaincre la mort. Désormais, on numérise les souvenirs, les pensées, la conscience des gens, sur des puces ("stacks" en VO), placées à la base de la nuque. Ainsi, ceux qui ont les moyens peuvent vivre éternellement, en implantant leur puce dans un autre corps (qu'ils appellent des "sleeves" en VO). Évidemment, cela ne manque pas de creuser un peu plus le fossé entre les riches et les pauvres. C'est dans ce contexte que, 250 ans après avoir été tué, le rebelle Takeshi Kovacs, soldat d'élite, qui avait tenté de faire la révolution, est ramené à la vie dans un tout nouveau corps, à la demande du tout puissant Laurens Bancroft. Ce multi-milliardaire a été assassiné. Alors après avoir été transféré dans une nouvelle enveloppe charnelle, Bancroft va chercher à connaître le nom de celui qui lui a tiré dessus et s'offre ainsi Kovacs pour mener l'enquête...

Pour bien rentrer dans ce grand thriller SF, il faut donc tordre son esprit, de façon à intégrer cette idée que les corps qu'on voit à l'écran ne reflètent en rien les âmes qui les habitent. Bancroft, malgré son apparence de gentil quarantenaire, vit depuis plus de 300 ans, avec tout ce que cela comporte de folie et de mégalomanie. Kovacs, lui, est un guerrier révolutionnaire d'origine japonaise, dans l'enveloppe d'une géant suédois aux ordres des puissants. Autant de contradictions et de faux-semblants qui donnent à Altered Carbon toute sa saveur.

Malheureusement, si Joel Kinnaman est parfait en détective brut de décoffrage, dépassé par ce futur qu'il n'accepte pas, le reste du casting n'est pas vraiment à la hauteur et les seconds rôles (hormis peut-être Chris Conner, qui joue Poe, l'improbable et géniale Intelligence Artificielle du Raven Hôtel) sont bien fades... pour ne pas dire caricaturaux. Le sournois Laurens Bancroft, et surtout sa femme Miriam (James Purefoy et Kristin Lehman), représentent les riches très méchants, qui rigolent perfidement tout en haut de leur tour d'ivoire, en jouissant de leur éternité et de leur immense fortune...

Altered Carbon Poe

Non, ce n'est pas très subtil et pour tout dire, la subtilité, ce n'est pas le fort d'Altered Carbon. Il y a une forme de manichéisme un peu bête et méchant, qui brouille malheureusement les questions sociales (la lutte des classes, les inégalites qui se creusent de manière ridicule...) ou bioéthiques (à savoir ce qui définit une personne, une vie) soulevées par la série.

Altered Carbon n'est donc pas le drama le plus intelligent du moment, mais il n'en reste pas moins fascinant, de par son propos philosophique et théologique : doit-on forcément chercher à repousser encore et toujours les limites de la vie humaine ? Une vie est-elle encore une vie, si elle n'a pas de fin ? Quelle est la place de Dieu, dans un monde où l'éternité est déjà sur Terre ? Pour toutes ces grandes interrogations morales, pour sa superbe atmosphère futuriste, et aussi pour ses sanglantes scènes d'action magnifiquement mises en scène (celle de la torture infinie de l'esprit est particulièrement bluffante), Altered Carbon est une première SF réussie pour Netflix.

La saison 1 d'Altered Carbon sera en ligne ce vendredi 2 février, sur Netflix.

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