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Dans les colonnes de Télérama le cinéaste revient sur le scandale de fraude fiscale et s'en explique.

Il s’était déjà justifié dans un communiqué de presse quand son nom était apparu lors des premières révélations des Panama Papers, mais cette semaine pour Télérama, Pedro Almodóvar revient sur le scandale.

Pedro Almodóvar cité dans l'enquête Panama Papers

"Je ne veux pas me poser en victime, mais ça a été épouvantable. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé dans une sorte de reality-show cruel. C'était comme me réveiller au milieu d'un cauchemar", explique-t-il, assurant n'avoir jamais rien su de ces montages financiers : "Je ne savais rien de tout ce qui a été révélé. Mon frère Agustín a publié le lendemain un communiqué dans lequel il reconnaissait que, après avoir suivi les recommandations d'un conseiller financier, nous étions devenus les fondés de pouvoir d'une société offshore qui a existé de 1991 à 1994. Cette société n'a jamais eu aucune activité et elle est morte d'inanition. Agustín a expliqué qu'il avait suivi ces conseils par inexpérience. Nous parlons de documents qui ont été signés il y a vingt-cinq ans. On ne comprenait pas alors ce qu'on comprend aujourd'hui. Avec ce que nous savons, Agustín aurait refusé immédiatement de signer ça. Dans notre société de production, El Deseo, c'est toujours mon frère qui s'est occupé des aspects économiques, et moi de la création. Je suis très ignare dans le domaine financier."

Assurant n’avoir commis aucune faute sur le plan juridique, le réalisateur reconnait néanmois sa responsabilité morale : "Ma complète ignorance dans toute cette affaire n'est pas une excuse. J'assume toute la responsabilité de ce qui s'est passé en tant que partenaire de mon frère dans notre société. Mais nous n'avons rien à nous reprocher vis-à-vis du fisc espagnol, nous avons toujours payé tout ce que nous devions. Sur le plan juridique, il n'y a rien d'illégal. Mais la morale est ce qui compte le plus pour moi, même si cela peut sembler en contradiction avec les faits".

"Je suis la même personne la veille du scandale et le lendemain : un citoyen de gauche qui a toujours la même vision de la société. Ces sociétés offshore m'horrifient. Elles sont un fléau. Elles représentent tout ce qui est à l'origine de l'immense crise économique que nous connaissons depuis 2007", se justifie-t-il confiant que "ce fut horrible de voir (son) nom surgir sur cette liste infâme". Face à la pression, le cinéaste espagnol avait même annulé la promotion de son prochain long-métrage, Julieta.

"Mais c'est très bien qu'il y ait des listes comme celle des Panama Papers. Si ça permet de lutter contre la fraude fiscale, si cela signifie qu'il n'y a plus d'opacité, plus de refuge pour l'argent sale, je suis ravi et j'applaudis", conclut-il.

L'histoire de Julieta : Julieta, professeure de cinquante-cinq ans, essaie d’écrire à sa fille Antia tout ce qu’elle a gardé secret depuis une trentaine d’années, c’est-à-dire depuis qu’elle l’a conçue. Une fois sa confession écrite, elle ne sait où l’envoyer. Sa fille l’a quittée à l’âge de dix-huit ans et, depuis une douzaine d’années, Julieta n’a plus la moindre nouvelle d’elle. Elle l’a cherchée par tous les moyens possibles mais les résultats de cette recherche confirment qu’Antia reste pour elle une parfaite inconnue. Silencio parle du destin, de la culpabilité et de cette force mystérieuse et insondable qui nous pousse à quitter les personnes que nous aimons, en les effaçant de notre vie comme si elles n’avaient jamais compté. Et de la souffrance que cet abandon brutal cause à la personne qui en est victime.

La bande-annonce de Julieta, au cinéma le 18 mai 2016 :   

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