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"Oubliés de nos campagnes" : la photo se penche sur la misère rurale

Bernard - photographie tirée de "La diagonale du vide"

Ester - photographie tirée de "Ester et Armando"

Inti - photographie tirée de "Ruptures"

Isabelle - Photographie tirée de "La vallée des oubliés"

Isabelle - Photographie tirée de "La vallée des oubliés"

Magalie et Elie - photographie de tirée de "La diagonale du vide"

Manfred - photographie de tirée de "La diagonale du vide"

Stéphanie - photographie de tirée de "La diagonale du vide"

La misère n’est pas seulement présente dans les cités urbaines hyper connectées.  Elle touche aussi des gens qui habitent dans les nombreux villages et lieux dits de France. Décryptage avec Lionel Charrier, praticien de l’image au sein de l’agence de presse photographique MYOP qui organise avec le Secours Catholique l’exposition "Oubliés de nos campagnes", au Point Ephémère."Il y a beaucoup d’aprioris et une certaine méconnaissance à propos de la précarité à la campagne. Nous sommes allés au delà des préjugés et de la caricature", explique Lionel Charrier. Il ne suffit pas d’un feu dans la cheminée, de trois carottes et deux haricots plantés dans un jardin pour y vivre. "Nous avons rencontré des gens qui ne sont pas dans une pauvreté extrême, il y a un petit salaire qui rentre. Ils se débrouillent, mais cette classe sociale populaire se paupérise. Il n’y a pas d’associations comme dans les villes qui sont des béquilles pour aider – même si cela n’empêche pas les problèmes". Aussi la pauvreté à la campagne est une réalité que l’on a longtemps voulu ignorer.Lionel Charrier a coordonné le travail de plusieurs photographes (Alain Keler, Pierre Hybre, Olivier Jobard, Ulrich Lebeuf) partis à la rencontre de ces personnes et de ces familles domiciliées dans des zones rurales. Lui-même était du voyage et rend compte de cette réalité dans "La diagonale du vide", travail photographique exposé avec d’autres reportages ("La vallée des oubliés", "Ruptures" et "Ester et Armando") jusqu’au 1er décembre au Point Ephémère à Paris dans le cadre de l’exposition "Oubliés de nos campagnes" où les photographies présentées sont accompagnées par les paroles de ces laissés pour compte.L’immersion des photographes a duré un mois. "Avec Alain [Keler], nous avons traversé la France en trois fois", raconte Charrier. Autrement-dit, pas moins de 7000 kilomètres ont été parcourus sur le territoire français par les deux confrères photographes. "Ce n’est pas évident de pénétrer le quotidien de ces personnes, nous avons passé beaucoup de temps à les chercher pour les trouver dans des petits villages qui sont beaux et ne respirent pas forcément la pauvreté". En ces municipalités proprettes où il y a des maisons de vacances des êtres humains n’arrivent pas à s’extirper de la pauvreté. "Cette population a tendance à se cacher et est complètement ignorée. Elle s’explique par plusieurs phénomènes et l’isolement est le point commun de toutes les personnes rencontrées".Charrier explique qu’elles sont coupées des structures étatiques et du tissu associatif. "Ces gens ne sont pas répertoriés et ils éprouvent aussi une certaine honte pour demander de l’aide, de l’argent". Et de poursuivre : "En 2013, il y a plusieurs facteurs pour expliquer la pauvreté : un isolement des services publics, un manque de transports en commun, la précarité énergétique dans des logements insalubres qui fait qu’à la fin du mois la facture à payer est gigantesque". La crise économique traversée par la France depuis 2008 touche aussi de plein fouet ces personnes. "La moindre petite entreprise qui ferme met à mal une vallée et fait très, très mal. Les gens n’ont pas l’habitude de la mobilité et n’ont pas les moyens financiers pour se déplacer. Il n’y a plus de petits boulots aussi dans le monde rural : les grandes exploitations sont mécanisées et celles plus petites tournent avec la sueur et le sang. Elles ne peuvent pas employer des ouvriers agricoles".Charrier pointe aussi du doigt que les personnes en situation de précarité à la campagne ont peur d’aller voir ailleurs : "se rendre dans le village d’à côté c’est déjà un voyage sur la Lune. Ils se sentent à l’écart de la mondialisation, mais elle les rattrape. Les jeunes voudraient retourner à la ville, bouger, mais souvent ce n’est pas possible", à cause du manque d’argent. L’isolement est accentué par la fermeture des écoles, des bureaux de la Poste, des petits cafés. Le seul espoir pour atténuer la pauvreté dans nos campagnes serait l’ouverture de Maisons des Services Publics (M.S.P.) : environ 1000 de ces structures devraient être créées – mais encore faut-il que le projet avance vraiment.   Guillaume Roche L'exposition "Oubliés de nos campagnes", organisée par le Secours Catholique avec l’agence MYOP, se tient jusqu’au 1er décembre au Point Ephémère, à Paris. Présentation de l’ensemble des photographies de l’exposition par ici.