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Les petites mains de la retouche photo mexicaine du XIXe siècle

 Les femmes mexicaines ont travaillé dans les studios de photographie dès 1840 en tant que peintres, elles embellissaient les clichés avec force de couleurs.Cette technique est aujourd’hui complètement tombée en désuétude, mais des passionnés réapprennent cet héritage grâce à Beattriz Escamilla Cantón, 50 ans. Elle a été l’une de ces petites mains anonymes et Escamilla Cantón enseigne son savoir-faire au quatre artistes du collectif Panoptico.  Çahttp://www.youtube.com/watch?v=BC7xyVBcLsoTania Sanabria, spécialiste de la photographie mexicaine et vernaculaire proche des quatre artistes de Panoptico dirige la galerie Grafika la Estampa et a rencontré Beattriz.« Elle [Beattriz] m’a dit que les gens qui peignaient ainsi sur les photos sont tous disparus. Avec l’arrivée du numérique, il n’y a plus du tout de demande pour les photographies peintes. Beattriz a arrêté de peindre comme cela il y a sept ans ».Et comme l’explique Tania : « Faire-faire un portrait peint coûte cher ! La moitié d’un format A4 avoisine les 100 euros. A Mexico, le salaire minimum mensuel est d’environ 3000 pesos, donc les personnes devraient payer environ 1500 pesos pour un cliché de ce genre ».Ces photos rehaussées de couleurs étaient d’ailleurs destinées à la classe moyenne, la petite bourgeoisie. Elles étaient réalisée pour marquer le coup de lors de grandes occasions comme le bal du lycée, les mariages, les baptêmes voire même les anniversaires.  « Les femmes voulaient souvent avoir leur portrait peint. Dans la collection de clichés rassemblée ces dix  dernières années, la gent masculine n’est presque pas présente. Beattriz confirme que les hommes n’aimaient pas vraiment ce genre de portraits  ».  Pour la petite anecdote, Tania Sanabria précise qu’en revanche en Inde les maharajahs affectionnaient le portrait photo peint, leurs épouses aussi, mais on ne retrouve que trop rarement la trace de ces dernières.Les femmes étaient importantes dans la vie économique d’un studio photo. Elles ne signaient pas les photographies sur lesquelles elles travaillaient – seul le photographe appose son tampon pour laisser une petite trace. Un indice pour les historiens.« Les femmes qui peignaient les photos n’avaient pas forcément besoin d’être reconnues artistiquement. Elles travaillaient par nécessité économique, ce métier est aussi une manière de les intégrer au monde du travail. On peut les considérer comme des artisans ».  Beattriz commence à travailler à 13 ans. « Elle me disait aussi que des personnes ont débuté à l’âge de 8 ans. Elles apprenaient à faire les couleurs – elles étaient des sortes d’assistantes des photographes ».Mais d’ailleurs, pourquoi peindre sur les photos ? A l’époque du Daguerréotype, dans les années 1840, on pouvait déjà utiliser de la couleur pour améliorer les images : « mettre un peu de rouge sur les joues, ajouter de petits détails sur les robes et les costumes des personnes dans les portraits ». Puis en 1850, avec la technique de l’Albumine,  il est encore plus facile d’appliquer des couleurs car les photographes travaillent sur du papier. « On peut dire que c’est un peu l’ancêtre du logiciel Photoshop car les photographes pouvaient retoucher les négatifs avec un petit grattoir ou pinceau en effaçant les défauts : le bouton ou la ride s’envolent comme par magie.  Puis, la peinture permet de donner une belle teinte à la peau du sujet, on pouvait aussi peindre des bijoux – les femmes veulent approcher du canon de beauté hollywoodien pour ressembler aux stars de cinéma ».Beattriz Escamilla Cantón a connu la fin de cette époque. Le studio photo de son père, aujourd’hui fermé et à l’abandon, a employé jusqu’à vingt personnes. Il ne voulait pas passer au numérique.Guillaume RocheListe des liens :http://www.grafikalaestampa.com/Légendes :José B. Rodríguez – Femme avec une broche en forme de libellule, Mexico, vers 1900 Studio photo inconnu – Une mère et son fils, vers 1925 Studio de photo inconnu – Guillermo Monterrey, Mexico, vers 1940 Studio de photo inconnu – Fille portant un costume espagnol, vers 1940 Studio de photo inconnu – Jeune fille avec une élégante robe blanche, vers 1940 Studio de photo C. Obregon Studio – Jeune femme avec un bouquet de fleurs, vers 1920 Studio de photo “Foto Rios Studio” – Jeune femme dans une robe jaune, vers 1930 Compañía Internacional Fotográfica (CIF) –María Tubau, vers 1925 Photo attribuée à Gustavo F. Silva, Carmén Mondragón alias Nahui Olin, Mexico, vers 1918 Studio photo anonyme – Les conquérants du ciel (El conquistador del cielo), Mexico, vers 1930 C. Obregon Studio – Jeune femme avec un chapeau à sequin, vers 1930