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Juan Pablo Macias, Biblioteca de anarquismo y anarquistas, 2009-2010. 200 livres couverts de papier de verre noir. Courtesy de l’artiste et galeria Kurimanzutto, Mexico.
Marcela Armas, I-Machinarius, 2008. Pétrole, chaîne industrielle, moteur, système de lubrification. Photo Pierre Antoine. Musée d’art moderne de la Ville de Paris 2012.
Diego Berruecos, La Solucion Somos Todos, 200 images extraites de « L’Archivo General de la Nacion » portant sur la campagne présidentielle de 1976. Courtesy Gaga Arte Contemporanéo.
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Bayrol Jimenez, Maldito, 2012. Acrylique sur papier, Courtesy de l’artiste et galerie Dukan Hourdequin, Paris.
Hector Zamora, Credibility Crisis, 2010. 16 manches à air, ventilateurs. Courtesy de l’artiste et galeria Labor, Mexico.
Natalia Almada, El Velador, 2011. Film couleur. Courtesy Doc & Film International.
Jorge Mendes Blake, El Castillo, 2008. Mur de briques, exemplaires du livre de Franz Kafka Le Château. Photo Pierre Antoine. Musée d’art moderne de la Ville de Paris 2012.
De qué otra cosa podriamos hablar ?, 2009. Toiles, sang, terre… Courtesy Teresa Margolles.
Carlos Reygadas, Este es mi reino, Revolucion, 2010. Courtesy Canana Producciones et Tamasa Distribution.
Jonathan Hernandez et Pablo Sigg, Fémur de elefante mexicano, 2010. Os et peinture à l’huile. Courtesy des artistes. Photo : Estudio Michel Zabé.
Arturo Hernandez Alcazar, Papalotes negros, cerfs-volants couverts de pigments « noir de fumée », fils de coton noir, pierre. Courtesy de l’artiste. Photo Pierre Antoine. Musée d’art moderne de la Ville de Paris 2012.

L’art mexicain, à feu et à sang

Les livres noirs de Pablo Macias

Des livres subversifs, dérangeants mais « rangés au carré », sont réunis en une sculpture minimale par l?artiste Juan Pablo Macias. Recouverts de papier de verre noir, ils griffent les mains et abîment les autres ouvrages qui viendraient à les côtoyer dans les rayons d?une bibliothèque. Cette compilation de textes anarchistes, trouvés sur Internet, est consultable sur place.

Oil painting

Une chaîne industrielle bien huilée mue par un moteur, du pétrole qui souille progressivement le mur? <em>I-Machinarius </em>renvoie à l?un<em> </em>des secteurs majeurs de l?économie du Mexique. 7e producteur mondial d?énergie fossile, le pays (dont on reconnaît ici les frontières inversées) «&nbsp;tourne&nbsp;» en partie grâce à cette ressource naturelle et à la force ouvrière qui en supporte l?industrie. Avec les conséquences que cela implique : pollution, trafic illicite de combustible et rapport ambiguë avec les Etats-Unis, son principal importateur?

Le mythe du PRI

En fouillant dans les archives nationales, Diego Berruecos exhume le passé du <em>Parti Révolutionnaire</em><em> </em>Institutionnel ou PRI, qui a dirigé le pays pendant 70 ans jusqu?en 2000. La série de photos en noir et blanc présentées au MAM illustrent plus particulièrement la campagne électorale de José López Portillo, élu en 1976 sans aucun adversaire pour lui faire face. Connu pour son clientélisme, sa corruption et ses méthodes autoritaires, le PRI est pourtant en bonne voie de gagner l?élection présidentielle du 1er juillet 2012. Sous l?euphorie des clichés officiels, une menace plane.

L’art mexicain, à feu et à sang

Cette dernière décennie, la jeune scène artistique mexicaine ? des plus prolifique ? s?est faite la caisse de résonnance des difficultés du pays&nbsp;: globalisation économique, tensions sociales, corruption, violence liée au narcotrafic. Rarement l?art y a été autant politisé, aussi critique sur la société qu?il reflète. L?exposition "Resisting the Present", présentée au Musée d?art moderne de la Ville de Paris, retranscrit l?inquiétude de cette génération, en faisant la part belle aux installations imposantes et à la vidéo. Le parcours résonne tout particulièrement avec l?actualité politique du moment&nbsp;: l?élection présidentielle du 1er juillet 2012 (qui devrait trouver un successeur à Felipe Calderon) et les élections législatives de cet été. Onze ?uvres, onze fenêtres ouvertes sur un pays en crise, où la réalité dépasse parfois la pire caricature.Par Céline Piettre

Les cauchemars sur papier de Bayrol Jimenez

Le jeune Bayrol Jimenez fait se rencontrer deux modes d?expression traditionnels au Mexique&nbsp;: le dessin surréaliste et la caricature politique. Sans cadre délimité (le trait contamine le sol en une «&nbsp;masse croissante&nbsp;») ni sujet défini, <em>Maldito </em>cerne de rouge les contours grimaçants de la société mexicaine. Didacteurs-squelettes, christ-narcotrafiquant, icône religieuse et symbole de la pop culture se côtoient sur fond de violence et de sexe.

La crédibilité en crise

Les visiteurs de la Biennale de Venise 2009 se souviennent certainement d?un impressionnant ballon dirigeable coincé entre les deux façades d?une petite rue de l?Arsenal. L??uvre était signée Hector Zamora, comme ici <em>Credibility</em> <em>Crisis</em>, une rose des vents constituée de manches à air et de ventilateurs. Autant de pressions que de directions à prendre, pour des discours opposés et des destinations incertaines... «&nbsp;Qui croire&nbsp;? » semble nous murmurer la sculpture? faisant écho aussi bien à l?élection présidentielle mexicaine de 2012 qu?aux organisations internationales.

Le veilleur de Natalia Almada

Si vous devez faire un choix, faute de temps ou de patience, parmi tous les films présentés au Musée d?art moderne de la Ville de Paris, asseyez-vous sans tarder devant le documentaire de Natalia Almada, tourné dans le narco-cimetière privé de Culiacan. Pendant un an, la cinéaste filme les mausolées gigantesques édifiés pour les chefs de cartel, morts souvent très jeunes, que leur famille entretient tous les jours à grandes eaux. Une autre façon, silencieuse et radicale, d?évoquer la violence au Mexique, sans jamais la montrer? et les nouveaux rituels qu?elle génère.

Un ouvrage peut en cacher un autre

Le «&nbsp;rempart&nbsp;» énigmatique de Jorge Mendes Blake fait songer à<em> La Vraie Princesse</em>, dérangée dans son sommeil par un petit pois dissimulé sous une couche épaisse de matelas. Comme dans le conte d?Andersen, il suffit d?un livre glissé sous le mur de briques pour perturber la cohérence et la stabilité de l?ensemble. L?ouvrage en question, <em>Le Château de Kafka</em>, brûlot contre la bureaucratie, nous met un peu sur la voie quand à l?origine de la dissonance?

De quoi d’autre pourrions-nous parler ?

Grande absente de l?exposition <em>Resisting the Present</em>, manifestement pour une question de génération (l?artiste est née en 1963), Teresa Margolles n?en est pas moins incontournable dans le paysage artistique mexicain. Son oeuvre <em>De qué otra cosa podriamos hablar&nbsp;?, </em>présentée à la Biennale de Venise en 2009, dénonce explicitement la violence criminelle qui ravage le pays. Ses tentures imbibées de sang et de terre, vêtements collectés sur les scènes de crimes liées au narcotrafic, matérialisent le traumatisme vécu quotidiennement par les familles mexicaines.

Serenghetti de Carlos Reygadas

Cet ancien footballeur professionnel devenu cinéaste a divisé le festival de Cannes 2012 avec son film <em>Post Tenebras Lux</em>, primé par le jury mais boudé par la critique. La vidéo-installation <em>Serenghetti</em> (2009) apaisera peut-être ses détracteurs<em>. </em>Ici,<em> </em>pas de caméra virtuose ni de références érudites, seulement le récit en images d?un match de football féminin joué dans un champ perdu au milieu des montagnes. Transcendée par un paysage presque irréel, cette scène de vie d?apparence ordinaire piétine en 80 min le machisme des supporters mexicains.

Vert, blanc, rouge…

Il n?y a pas plus d?éléphant au Mexique que d?identité mexicaine&nbsp;! Voilà ce que semble nous dire Jonathan Hernandez et Pablo Sigg en striant des couleurs du drapeau national un fémur de pachyderme. Chimère ou espèce en voie de disparition, étranger sur son propre sol, le Mexique porte ses ambiguïtés dans son ADN.&nbsp;&nbsp;

Marée noire

L?artiste Arturo Hernandez Alcazar transforme 250 cerfs-volants multicolores (emblèmes du Mexique) en une marée noire uniforme. Cloués au sol par des pierres, ces oiseaux de malheur sont figés dans leur tentative d?envol, comme prisonniers d?une nappe de pétrole. L??uvre est une métaphore de la situation mexicaine, plombée par la violence. Une violence qui a considérablement augmenté depuis 2006, suite notamment à la politique répressive du président Calderon à l?égard du narcotrafic.

Cette dernière décennie, la jeune scène artistique mexicaine – des plus prolifique – s’est faite la caisse de résonnance des difficultés du pays : globalisation économique, tensions sociales, corruption, violence liée au narcotrafic. Rarement l’art y a été autant politisé, aussi critique sur la société qu’il reflète.L’exposition "Resisting the Present", présentée au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, retranscrit l’inquiétude de cette génération, en faisant la part belle aux installations imposantes et à la vidéo. Le parcours résonne tout particulièrement avec l’actualité politique du moment : l’élection présidentielle du 1er juillet 2012 (qui devrait trouver un successeur à Felipe Calderon) et les élections législatives de cet été.Onze œuvres, onze fenêtres ouvertes sur un pays en crise, où la réalité dépasse parfois la pire caricature.