DR
DR
DR
DR
DR
DR
DR
DR
DR
DR
DR
DR
DR
DR
DR
DR
DR

De la pop à la littérature : les livres de musiciens

David Byrne - Journal à bicyclette

David Byrne, Journal à Bicyclette, Seuil, 2011.Sur Flu : L'actu de la pop sur le blog musique Diaporama : les musiciens les plus fous L'actu littéraire sur le blog livres 

Stephen Jones – Harry And Ida Swap Teeth

Stephen Jones, Harry and Ida Swap Teeth, Independent Music Press Fiction, 2003.Sur Flu : L'actu de la pop sur le blog musique Diaporama : les musiciens les plus fous L'actu littéraire sur le blog livres

Yves Simon – La dérive des sentiments

On a longtemps cherché pour trouver un chanteur français respectable à intégrer à notre sélection (on a zappé Matthieu Dyonisos et Charlélie Couture). Comme on n'a pas vraiment fait bonne pioche, il ne nous restait plus qu'à évoquer le cas d'Yves Simon qui en soi ne prête pas à débat. <em>Yves simon</em> est un chanteur respecté et un écrivain qui est allé jusqu'à recevoir le prix Médicis pour cette Dérive des Sentiments (1991), pour autant à des années lumière de ce qu'on aime en littérature. Son écriture est évanescente durant ses premières années et gagne en intensité au fil des romans. Yves Simon évoque la vie dans les banlieues dans Des Cités des pleurs, l'affaire Florence Rey un peu plus tard. Son travail littéraire est le prolongement direct de son travail d'écrivain chanteur. A vrai dire, on ne sait toujours pas quoi en penser. Yves Simon, La Dérive des sentiments, Le Livre de Poche.Première édition chez Grasset en 1991.Sur Flu : L'actu de la pop sur le blog musique Diaporama : les musiciens les plus fous L'actu littéraire sur le blog livres

Joe Pernice - It Feels So Good When I Stop

Joe Pernice, It Feels So Good When I Stop, Riverhead Books, 2009

Keith Richards – Life

Keith Richard, Life, Robert Laffont, 2010.

Luke Haines – Bad Vibes

Luke Haines, Bad Vibes, William Heinemann Ltd, 2009

Bez – Freaky Dancin' : Me and The Mondays

Bah voyons. Bez écrivain, on aura tout vu. Déjà qu'il n'était pas vraiment musicien. Si on a retenu ce livre dans notre sélection, c'est parce que Freaky Dancin' est un livre qui ressemble à ce que son auteur a été à la musique des années 90 : une figure de proue vacillante, emblématique en même temps que globalement vaine et inutile. Sur la forme, ce Freaky Dancin' est écrit comme on parle mais avec une gouaille et un sens de la formule qui sont irrésistibles. La dimension romanesque tient essentiellement dans la dimension picaresque du personnage : petite frappe de Salford devenue pop star sans le vouloir (on l'a poussé sur scène) et qui se débat avec le destin. Le livre fait penser aux livres d'Allan Sillitoe ou aux drames prolétaires de Joe Orton. Les descriptions de la vie quotidienne avant les <em>Happy Mondays</em> renvoient aux meilleures pages d'<em>Irvine Welsh</em>. La suite ressemble à un mélange des Marx Brothers et de Woody Allen : Bez fait du golf, Bez fait du tourisme. Bez est un fou dangereux. L'homme écrit comme il joue des maracas. Bez, Freaky Dancin', Pan Mac Millan, 2000.

Dave Haslam – Manchester, England

Dave Haslam est l'un des plus grands DJs de Manchester. Un gars qui a animé des soirées en première partie des plus grands groupes de rock de ces années là, les <em>Stone Roses</em> en tête. Le livre d'Haslam est le meilleur ouvrage sur la vie culturelle de Manchester qui ait jamais été écrit. Ce n'est pas un livre sur le rock mais un livre d'histoire sociale et culturelle qui évoque avec autant de précision et de maîtrise l'histoire ouvrière que la question noire. A bien des égards, Haslam fait mieux qu'un type beaucoup plus connu que lui comme Greil Marcus. Haslam parle de l'immigration, de la rencontre du dub et de la cold wave, de l'arrivée des musiques électroniques, des passerelles entre Manchester et l'Amérique, des punks et de l'histoire des basses. Son livre est une somme, une bible, ce qu'on voudra mais c'est un livre exemplaire pour comprendre l'histoire pop de ces quarante dernières années. Dave Haslam, Manchester, England, Fourth Estate, 2000.

Peter Doherty – The Books of Albion

Impossible de ne pas mentionner ici celui que l'on verra bientôt en romantique à la Musset au cinéma. <em>Pete Doherty</em> représente le versant lettré de la pop anglaise, celle qui vénère Wilde, connaît ses classiques et établit la jonction toujours délicate et parfois surfaite entre l'écriture de chansons et l'écriture poétique. Pour ses fans, Doherty est un grand poète du niveau de Byron ou de Keats, romantique et naïf, amoureux et torturé. Pour à peu près tous les autres, le chanteur de The Libertines et Babyshambles est juste un type qui entre deux peintures au sang et deux interpellations a publié ces livres d'Albion, une sorte de journal globalement incompréhensible, écrit en pattes de mouche et qui, néanmoins, comporte quelques formules heureuses et émouvantes. Pete Doherty écrit comme il chante, simplement, directement et avec le coeur. Si on ne prétendra pas que ce document est une oeuvre littéraire majeure, il se lit sans mal et se découvre avec curiosité. Pete Doherty, Books of Albion, Orion.

Jah Wobble – Memoirs of a Geezer

La vie de Jah Wobble, ancien compagnon de Public Image Limited, ressemble à un roman et est exposée avec art. Music, Mayhem, Life est une formidable histoire d'un type venu des bas fonds de l'East End et qui est sauvé par une guitare. L'homme boit, se drogue au speed et est marqué par la violence régnant dans les rangs des siens. Le livre ressemble à un vieux roman d'éducation. C'est aussi une plongée dans l'histoire de la classe ouvrière londonienne, une exploration affolante de l'univers musical des années 70. Revenu de l'enfer, Jah Wobble nous gratifie sur la fin de sa vision humaniste de la musique. Comme dans un film américain sur la rédemption, la lumière vient de la sagesse orientale et des rencontres musicales qui l'orienteront vers une sorte de world dub. Epoustouflant et drôle. Jah Wobble, Memoirs of a Geezer : Music, Mayhem, Life, Serpent's Tail, 2009.

Jim Morrisson – The Lords and The New Creatures

Pas question de dire du mal de <em>Jim Morrisson</em>. Et puis sa poésie n'était pas si mauvaise que l'on dit ce qui ne l'ont jamais lue. The Lords and the New Creatures regroupe deux ensembles très différents. The Lords est une sorte d'essai qui théorise la vision qu'a le chanteur des performances publiques et notamment la place du chanteur shaman dans l'industrie de l'image. Pour être bref (et si vous n'avez l'intention de le lire), disons que le dit shaman doit rappeler au peuple abruti par les images (télé notamment) ce qu'est l'expérience visuelle de la sensualité par une surthéâtralité magique assise sur la danse, le chant etc. The New Creatures est une série de poèmes qu'on peut difficilement qualifier d'ensemble cohérent. Les sections ne se rejoignent pas, les thèmes varient. Pour quelques poésies réussies, on trouve pas mal de déchets. Morrisson était clairement plus à l'aise sur 2 ou 3 phrases que sur une poésie entière. Les amateurs de the Doors retrouveront dans certains textes des embryons de paroles. L'ensemble reste assez informe et manquant d'impact global. C'est vraiment dommage.Jim Morrison, The Lords and The New Creatures, Touchstone, 1971.

Bob Dylan – Chroniques volume 1

Encore une autobiographie mais quand on parle de celle de Dylan, on tombe tout de suite dans une catégorie spéciale. Celui dont les textes de chansons ressemblent déjà à des contes en prose ne pouvait que nous présenter un ouvrage hors norme. Les Chroniques ont été encensées par la critique. Presque un peu trop. Dylan parle de sa vie, des livres qu'il a lus, de ses influences. La langue est belle, pleine de ses métaphores incompréhensibles et poétiques qui font l'écriture de Dylan. Le tout reste énigmatique, même si on peut entendre l'Amérique frémir derrière les mots du barde. Le livre démarre avec une scène superbe d'arrivée à New York au début des années 60. Sur ces trente premières pages, le Dylan qui tient la plume ressemble en intensité et en impact à <em>jack kerouac</em>, décomplexé et plein d'énergie. L'effet se dilue par la suite mais ceux qui n'ont connu Dylan que vieux et chapeauté pourront y trouver de quoi comprendre pourquoi ce mec est une légende urbaine. Bob Dylan,  Chroniques, Fayard, 2005.

Patti Smith – Présages d'innocence

Il nous fallait bien une femme dans notre panorama et là encore, on n'a pas trouvé mieux ou quelqu'un d'autre que <em>Patti Smith</em>. Si les influences revendiquées sont celles de Rimbaud et de Blake, la poésie de Patti Smith est un poil barbante. La chanteuse se prend pour une prophétesse ou un oracle et déclame (en livre) des strophes entières de poésie élégiaque, des sortes de mantra qui parlent de la nature, de la femme et de l'amour. Cette poésie là est produite du coeur de la libération sexuelle, du féminisme et d'un noyau révolutionnaire qui mêle tous les arts pour les fusionner en une sorte de message désacralisé. Ceux qui ont assisté à des récitations de Patti Smith ont été saisis par l'intensité de ses performances. A la simple lecture, on traite un peu la patte. Présages d'innocence, qui est un ouvrage relativement récent (et sorti après 10 ans de silence poétique), est plus attachant. Smith en troubadour y fréquente des formes plus traditionnelles, balades notamment, et se rapproche de la tradition poétique américaine à la Whitman, soit beaucoup de liberté mais sans s'affranchir complètement du cadre, ce qui lui va finalement mieux que sur les textes de ces débuts. Son meilleur poème reste malgré tout Horses. Patti Smith, Présages d'innocence, Christian Bourgois Editeur, 2007.

Morrissey – James Dean Is Not Dead

On aurait pu choisir de Morrissey son autre livre (tout petit livre) Exit Smiling sur l'histoire des actrices des années 1950, mais ce James Dean Is Not Dead (qu'on trouve encore assez facilement sur ebay) est évidemment emblématique de son auteur, pour ce qu'il porte d'admiration à l'icône cinématographique de sa jeunesse. Morrissey est James Dean sur chaque page de cet essai maladroit et édité de manière semi-amateur. La prose est plus sentimentale et amoureuse qu'assurée. Parler de Morrissey est une bonne occasion d'annoncer que son autobiographie qui sortira chez Penguin et qui sera l'événément littéraire de l'année musicale (il aurait touché plus que Keith Richards pour son manuscrit, publié immédiatement au rayon des classiques), est annoncée pour décembre 2012. 700 pages de vraie littérature par le plus écrivain de tous les chanteurs pop. Morrissey, James Dean Is Not Dead, Babylon Bks, 1981. 

Nick Cave – La Mort de Bunny Munro

On ne va pas se répéter et redire ce qu'on avait écrit à la sortie du livre. Revenu de ses gentils délires bibliques, <em>Nick Cave</em> se présente ici sous son meilleur visage littéraire. La Mort de Bunny Munro est de loin le meilleur roman de l'Australien. C'est un livre choc, émouvant et qui évoque avec un certain génie les rapports entre un fils et son père. Le personnage de Bunny Munro lui-même est une abomination géniale, représentant érotomane, sorte de Bad Lieutenant du porte à porte et père innomable, l'anti-héros qui écume le Sud de l'Angleterre est un personnage de légende, comme seul celui qui avait chanté Stagger Lee pouvait l'inventer. Au top des meilleurs romans écrits par des chanteurs, Bunny Munro est clairement sur le podium et peut-être bien sur la plus haute marche. Nick Cave, La mort de Bunny Munroe, Flammarion, 2010. 

Richard Hell – Godlike

Le second roman de <em>Richard Hell</em> du groupe culte new-yorkais <em>Television</em> est intéressant à un double égard. Premièrement parce qu'il est plutôt bon, décomplexé et bien écrit. Hell s'exprime dans une sorte d'américain de littérature qui lorgne un peu vers <em>Bukowski</em>, direct mais très travaillé, sombre et pince sans rire. Deuxièmement parce que Godlike est un vrai roman de chanteur. En choississant de transposer dans le New York des années 70 la rencontre cauchemardesque et légendaire entre <em>Verlaine</em> et <em>Rimbaud</em>, le chanteur accomplit un mouvement assez symptomatique des chanteurs qui écrivent : payer son tribut à des figures mythiques, écrire des romans d'admirateurs plus que d'écrivains. Du coup, le résultat est toujours un brin déstabilisant, presque attendu ici dans la description de la folie destructrice, de l'inspiration qui dégouline sur le génie torturé. Richard Hell, Godlike, Akashic Books, 2005.