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C’était pas mieux avant… Une petite histoire des pochettes censurées avant Daho

The Strokes - Is this it

Autre époque (2001), autre pochette érotique et même censure. Cette fois, il s?agit du premier album des Strokes <em>Is this it</em>. On y découvre la main gantée de noir d?une femme s?agrippant sa croupe. Mais le pays de l?oncle Sam étant ce qu?il est, le label réagit une fois de plus de façon préventive, préférant une illustration géométrique nettement moins sensuelle. Julian Casablancas, le leader du groupe aurait préféré que cette pochette abstraite soit mondialement utilisée mais la photographie originale de Colin Lane ayant déjà paru dans la presse, cela s?avéra impossible.

Scorpions - Virgin Killers

On dit souvent que la censure vis à vis des images à ambivalence pédophile est récente, l?exemple de l?album <em>Virgin Killers</em> de Scorpions démontre le contraire. Sur cette pochette, une très jeune fille (une dizaine d?années) pose entièrement dénudée, son sexe caché par ce qui ressemble à un impact sur une vitre. Censurée immédiatement dans la plupart des pays, elle est remplacée par une photographie des membres du groupe. Seule la France ne l?interdit pas à sa sortie en 1976. En 2008, la polémique ressurgit lorsque plusieurs associations anglaises demandent son interdiction sur la toile. Mais sa présence sur le net étant impossible à effacer, la photographie demeure encore aujourd?hui visible, de-ci de-là.

Roxy Music - Country Life

Au début des années 1970, la pudibonderie est encore à la mode, comme le prouve la double pochette de l?album <em>Country Life</em> de Roxy Music. Dans un premier temps, la pochette met en avant un duo de mannequins que Bryan Ferry rencontre au Portugal. Les charmantes jeunes femmes peu vêtues de sous-vêtements transparents et humides (la totale soit dit en passant) participent toutefois à l?écriture d?un titre du disque et traduisent le livret pour la version allemande. Mais aux Pays-Bas, en Espagne et aux Etats-Unis, la pochette est purement interdite, obligeant le label a trouvé une autre illustration. Le fond original (des feuillages) prend alors la place des modèles, simplement effacés, pour un effet nature un peu absurde.

John Lennon et Yoko Ono - Unfinished Music n1 Two Virgins

Le couple Lennon/Ono n?était pas avare de scandale, comme avec la pochette d?<em>Unfinished Music n1 Two Virgins</em>. Sorti en 1968, le visuel de l?album est qualifié par certains de pornographique. On y découvre au recto le Beatles et sa muse dans le plus simple appareil (quant au verso, ce sont leurs postérieurs qui aguichent les regards). Un full frontal osé qui n?était pas du goût des distributeurs. EMI et Capitol refusent de l?éditer laissant le soin à Track Records (au Royaume-Uni) et à Tetragrammaton (aux Etats-Unis) de s?en charger. Aux States justement, le disque est emballé dans du papier kraft, ne laissant apparaître que les têtes des protagonistes. Malgré ces précautions, un an plus tard, près de 30000 disques seront saisis par la police du New Jersey. Yoko Ono raconte que John a montré lors d?une session d?enregistrement le projet de pochette à George, Ringo et Paul qui n?auraient pas apprécié, ce dernier lui conseillant même de ne pas sortir l?album tel quel.

Jimmy Hendrix - Electric Ladyland

Album mythique du dieu de la guitare, <em>Electric Ladyland</em> a cependant fait hoqueter quelques puritains lors de sa parution en 1968. On y contemple une brochette de dix neuf demoiselles seins nus tenant pour certaines les anciens disques du groupe d?Hendrix. Etrangement, ce choix fut fait par sa maison de disques anglaise, Track Records, sans le consentement de l?artiste, embarrassé à posteriori par ces "femmes nues". Aux Etats-Unis, le label Reprise Records édite l?album avec une autre pochette, une photo de Karl Ferris montrant le visage du musicien, version utilisée pour les nombreuses rééditions ultérieures.

Guns’N Roses - Appetite for Destruction

A la fin des années 1980, le groupe Guns?N Roses fait son apparition avec l?album <em>Appetite for Destruction</em>. A l?origine la pochette était une reproduction d?une ?uvre de Robert Williams (il avait donné à l?époque son accord à Axl en lui précisant que ce choix passerait mal). On y voit une femme, culotte sur les chevilles, apparemment violée par un robot. Le disque sort mais MTV refuse de passer les titres tirés de l?album, jugeant l?illustration de mauvais goût. Conscient que les ventes ne décollent pas faute de promotion, le groupe accepte de la modifier au profit de la reproduction d?un tatouage du leader. On connaît le carton qui s?ensuivit.

David Bowie - Diamond Dogs

La même année (1974), un autre disque subit la censure de sa pochette. Il s?agit de <em>Diamond Dogs</em> de David Bowie. Y apparaît un dessin réalisé par Guy Peellaert figurant un être hybride, mi-chien, mi-Bowie. Cette chimère appartient néanmoins au genre masculin, comme ses organes génitaux le laissent supposer. Controverse ! Pour une fois, l?égalité homme femme se fait jour. Après les nombreux scandales en lien avec l?effeuillage féminin, c?est une paire de testicules qui agite les puritains. Une version plus soft, où les "parties" ont été effacées remplace donc l?original. Mais pour les chanceux qui auraient entre leurs mains la pochette originelle (quelques copies sont tout de même sorties), sachez qu?elle est considérée comme une des plus chères du monde !

Cerrone - Cerrone’s Paradise

L?année suivante, ce n?est pas le rock qui est touché par la censure mais la disco. Sur son disque <em>Cerrone?s Paradise</em>, le Français pose devant une femme nue, alanguie sur un réfrigérateur. Cette vision qualifiée d?érotique choque les Américains qui décident de la remplacer par une photographie de Cerrone portant une chemise hawaïenne.

Blind Faith - Blind Faith

En août 1969, Blind Faith, le groupe formé par Eric Clapton après le split de Cream, sort un disque éponyme. La photographie d?une adolescente pré pubère torse nue tenant un avion de forme phallique dans la main sert de pochette à l?album. Scandale ! Aux Etats-Unis, la pochette est remplacée par une photographie du groupe. Mais la polémique ne s?arrête pas là. A l?époque, on raconte que la jeune fille serait une groupie, retenue en otage par le groupe. Il ne s?agissait en fait que d?une jeune londonienne, dont les parents avaient donné leur autorisation pour le shooting en toute connaissance de cause.

Nirvana - Nevermind

S?il est une pochette que le monde entier connaît, c?est incontestablement <em>Nevermind</em> de Nirvana. Sorti en 1991, le disque arbore pour son visuel un bébé sous l?eau attiré par un dollar accroché à un hameçon. Cobain (qui a eu l?idée après être tombé sur une émission télé sur les accouchements dans l?eau) est ravi. Son label nettement moins. Conscient que la photographie risque de lui attirer les foudres des ligues de protection de l?enfance, le label propose au groupe de placer un sticker afin de cacher le pénis de l?enfant. Cobain accepte à condition que l?autocollant stipule "<em>si cela vous choque, vous devez être un pédophile en puissance</em>". La maison de disques lâche l?affaire et sort le disque tel quel. Malgré la protestation de plusieurs supermarchés américains qui boycottent sa vente, l?album est un carton absolu, forçant les dits supermarchés à faire machine arrière pour ne pas perdre des ventes substantielles.

Damien Saez - J’accuse

La France n?est pas à l?abri des ligues puritaines. En 2010, pour la sortie de l?album de Damien Saez <em>J?accuse</em>, l?Autorité de régulation professionnelle de la publicité interdit l?affichage de la pochette dans les stations de métro parisiennes. Représentant une femme nue installée dans un caddie (photographie de Jean-Baptiste Mondino), l?illustration serait dégradante pour l?image de la femme, la rabaissant au rang d?objet de consommation. L?hypocrisie est donc de mise quand on s?amuse à regarder les nombreuses publicités qui usent des charmes féminins pour vendre tout et n?importe quoi. La promotion musicale n?aurait donc pas droit au même traitement que les autres formes publicitaires, oubliant par là même la dimension artistique d?un visuel d?album. Finalement, les pochettes de disques, comme toutes les représentations de nus (féminins ou masculins) n?ont qu?à squatter les salles d?exposition des musées, comme ils le font massivement cet automne dans la capitale.

Alors que la pochette du nouveau disque d’Etienne Daho, Les Chansons de l'innocence retrouvée, est victime d’une censure de la part de la RATP (ou de la maison de disques, difficile d’en avoir le cœur net), des voix s’élèvent pour grogner sur ce puritanisme qui gangrènerait notre environnement culturel. "C’était mieux avant", s’étranglent les anti-censeurs. Sauf que l’histoire de la musique depuis plus de quarante ans prouve que le désir de contrôler les visuels des disques ne date pas d’hier. La preuve par l’exemple.Ursula Michel