Louis Garrel : "Il fallait trouver notre personnage de fiction, notre Jean-Luc"

Garrel en Godard

Dans Le Redoutable Louis Garrel joue un Jean-Luc Godard bluffant, à la fois drôle et émouvant. Rencontre.

Qu’est ce que vous vous êtes dit quand Michel Hazanavicius vous a proposé Le Redoutable ?
Impossible. Projet fou. Pas faisable. Ce genre de choses. Mais c’était avant de lire le scénario. Le problème c'est que j’ai aussi senti que je m’entendais bien avec lui.

Lui ? C'est qui "lui" : Godard ? Hazanavicius ?
Non… Michel (Hazanavicius). Il m’a dit qu’il venait de terminer le scénario mais qu’il avait voulu m’en parler avant. J’avais énormément de craintes, mais quand il m’a envoyé le script, ça a tout changé. Plus je lisais plus j’étais énervé contre moi parce que j’aimais ça. Il avait réussi à mettre son univers de détournement, de fantaisie et d’ironie. Et il faisait des citations de Godard que je comprenais. Je l’ai appelé et je lui ai dit que j’adorais, mais que je ne savais pas comment le faire

Le problème, c’était la ressemblance ?
Exactement ! C’était LE vrai problème. Et plus je parlais avec Michel de mes problèmes, plus j’avais envie d’y aller. On a affiné tout ça en en parlant. Je l’appelais constamment – 2, 3 fois par jour. Pour le convaincre. La coupe de cheveux par exemple : au début je trouvais ça nul. Mais il m’a convaincu en faisant un petit dessin de Godard, en me montrant que la force de Godard dans l’inconscient populaire passe par sa coupe de cheveux.

C’est amusant un de nos journalistes trouve que le film a un côté ligne claire. Il y a même la référence qui va bien à Haddock
Ah bon ? C’est quoi la référence ?

Le gag de la colle sur les mains !
J’avais pas fait le lien. Michel a très peur quand je dis ça (il croit que ça fait naif), mais il sait très bien dessiner. Et le film s'est nourri de ça. Il grossit les traits et y a un coté très BD. J’adore. J’aimais l’idée de faire un film hyper agréable à regarder, un ton humoristique… Si ca avait été sentencieux, ou plus sérieux, j’aurais hésité. Et je trouve que cet humour là est très fidèle à l’esprit de Godard – parce que c’est quelqu’un qui est très très joueur. Même quand il joue dans ses films, il est comme Buster Keaton. Il fait toujours des clowneries. 

Dans votre performance, vous n’aviez pas peur du côté Patrick Sébastien ?
Au début, c’était ça qui me faisait peur. En fait, on est parti de trois sources documentaires. Il y a le Godard dans les films. Le Godard en interview, très autoritaire. Et puis le Godard plus intime par exemple avec Serge Daney. L’idée c’était de moduler, de choisir quel Godard jouer à quel moment. Qu’on puisse varier en fonction des situations. Mais la vraie crainte, ce qui me faisait très peur, c’était les passages intimes. Comment jouer correctement dans les scènes conjugales avec Stacy ? C’était des réglages très millimétrés. Il fallait trouver notre personnage de fiction, le Godard qui serait notre Jean-Luc.

Je trouve le film vache parfois...
Ah oui… Peut-être sur l’histoire intime. C’est l’histoire d’une destruction pour se reconstruire. Mais je ne trouve pas que ce soit "vache". Ce qui est sûr c’est que Godard n’a pas envie de plaire. Son métier c’est pas de plaire. C’est de repousser les limites. A chaque fois de remettre à zéro les compteurs pour mieux faire rentrer le monde dans son cinéma. C'est pour ça qu'il est dur.

Redoutable ?
C'est ça. Redoutable.

Le Redoutable : un portrait féroce de Godard

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