Danièle Thompson : "La Grande Vadrouille a anobli la comédie française"

La grande vadrouille

La co-scénariste du film et fille de Gérard Oury jette un oeil dans le rétro.

La Grande vadrouille revient ce soir à 20h55 sur France 2. Il y a quelques mois, Première avait rencontré Danielle Thompson pour évoquer le succès fou de cette comédie. Un entretien à (re)lire pour patienter...

Interview du 8 décembre 2016. La Grande vadrouille est sorti dans les salles françaises il y a 50 ans jour pour jour. Il y a quelques mois, nous rencontrions Danielle Thompson, co-scénariste du film et fille de Gérard Oury, pour évoquer l'héritage de ce film appartenant au patrimoine du cinéma français. 

J’ai revu le film hier avec des enfants de 8 et 12 ans, ils ne l’avaient jamais vu, ils ont adoré.
Vous l’avez regardé sur un bel écran ?

Oui, oui, une très grande télé…
Et c’était le blu-ray ?

Oui d’ailleurs la restauration HD est superbe.
Ah oui, oui elle rend tout son cachet au film. Je vous demande ça parce que c’est un film qu’il est important de découvrir dans des conditions de projections optimales. C’est bien que les enfants aient pu le voir comme ça.

Le paradoxe c’est qu’on est vraiment très nombreux à l’avoir vu et revu sur des télés avec des tubes cathodiques. Et de ne l'avoir jamais vu au cinéma...
Et oui c’est à double tranchant la télé, hein. Le film continue à vivre grâce à elle mais évidemment elle le dénature. J’essaie d’aller revoir La Grande Vadrouille au cinéma dès que l’occasion se présente. Il y avait eu projection mémorable à L’Opéra de Paris au moment de la sortie du coffret dvd qui incluait le film et le Corniaud. Et voir la scène de l’opéra sur un écran géant à l’intérieur de ce même opéra, je peux vous dire que c’est vertigineux (rires). Mais enfin la survie des films c’est la télé.

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Sauf que maintenant il y a de plus en plus de chaines de télé, que les films y sont moins mis en valeur, et que du coup on se pose des questions sur la postérité de La Grande Vadrouille auprès des jeunes générations.
Et oui c’est l’ère des séries. C’est comme ça et c’est tant mieux, d’abord parce qu’elles sont très bonnes ces séries, et qu’elles sont conçues pour ses écrans là. Mais oui, il faut s’y faire La Grande Vadrouille devient en quelque sorte un « vieux film ». Vous êtes là parce qu’il fête ses 50 ans d’ailleurs, non ? (sourires). Peut-être que la télé le rediffusera moins, qu’il y sera moins vu, peut-être même que bientôt on ne le verra plus que dans les salles de reprises, là où se donnent rendez-vous les cinéphiles Pourquoi pas... Et alors les p’tits, ils sont restés jusqu’au bout ?

Ah oui, scotchés.
(rires) C’était un des grands bonheurs de mon père de voir que jusqu’à la fin de sa vie ses films étaient aimés par les jeunes générations. Il n’en revenait pas. Et vous vous ne l’aviez pas revu depuis combien de temps ?

Un peu plus de quinze ans je dirais. Et, c’est anecdotique, mais j’étais persuadé que c’était un film Gaumont, alors que pas du tout…
Ah non, la Gaumont loupe le film justement ! Mon père et Alain Poiré (producteur phare de la Gaumont à l’époque) étaient très amis, Poiré avait d’ailleurs produit ses premiers films, mais il n’a pas voulu le suivre sur Le Corniaud, en tout cas pas avec les conditions imposées par mon père. C’est Robert Dorfmann, un indépendant très risque-tout, qui a accepté de produire le projet. Résultat ils font 11 millions d’entrées, et puisqu’on ne change pas une équipe qui gagne, mon père remet le couvert avec Dorfmann, de Funès et Bourvil pour La Grande Vadrouille. Et ils en font 17…

Après ça Alain Poiré, remet tout de suite le grappin sur votre père pour Le Cerveau.
Oui, et ils en feront quelques autres ensembles, dont La Folie des Grandeurs. Mais Poiré est passé aussi à côté de Rabbi Jacob ! Quand mon père lui a dit « j’ai écrit une comédie sur les rabbins hassidiques », le sujet lui a fait peur.

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Ça m’a étonné d’ailleurs, en revoyant La Grande Vadrouille à quel point le film n’aborde jamais la question juive, ni celle de la collaboration. Il y avait des tabous à ce sujet pendant l’écriture ?
Ce qu’on savait déjà c’est que ce n’était évidemment pas un film sur la déportation… Notre souci, vu qu’il y avait eu peu de comédies sur la guerre, c’était de savoir si ça n’allait pas choquer les Français qu’on rigole avec les Allemands et toute cette période noire qui s’était conclue à peine vingt ans auparavant. Ce qui nous amusait c’était de raconter l’histoire de ces deux Français moyens qui ne sont pas des héros, ni des collabos - ce qu’était la grande majorité des gens pendant la guerre. Je crois que ce choix c’est la grande clé de la popularité du film, encore aujourd’hui. On a raconté l’histoire de deux personnes qui ne sont pas prêtes à devenir des héros mais qui finiront par le devenir par la force des choses. L’un de nos grands modèles c’était To Be Or Not To Be, mais on ne pouvait pas se permettre d’aller aussi loin que Lubitsch. Toutes les blagues sur Concentration-Camp Ehrhardt, Lubitsch peut les faire parce qu’on est en 42 et qu’il ignore encore tout de l’horreur des camps. Nous, on savait. Et c’était trop proche de nous. Mon père a d’ailleurs attendu une quinzaine d’année pour aborder de front ce qu’il y avait de plus noir dans cette période, avec L’As des As

50 ans plus tard, quel héritage selon vous a laissé La Grande Vadrouille au cinéma populaire français ?
Je pense que ça a quelque part « anobli » la comédie française. Avant Le Corniaud et La Grande Vadrouille, les comédies étaient toujours des « petits films » en noir et blanc. Là c’était la première fois qu’en France un réalisateur se posait des questions esthétiques dans le cadre d’un film destiné à faire rire les gens. On avait quand même Claude Renoir à la photo, des décors sublimes, des extérieurs incroyables, George Auric à la musique… On était aussi influencé par les cartoons américains, et toutes les idées visuelles folles et colorées qui vont avec, c’était pas courant à cette époque, hein. Bref, pour moi l’héritage de La Grande Vadrouille c’est ça : un certain degré d’ambition pour toutes les comédies qui se sont faites après. Claude Zidi était l’un de ses héritiers là, par exemple…

Euh pas tous les films de Zidi, quand même…
Bon, oui, pas tous les films, mais en fait… (silence) En fait il y en a eu peu d’héritiers.

C’est marrant c’est ce qu’on se disait aussi : l’un des films les plus populaire du cinéma français a peu essaimé. Dix ans après lui, toutes les comédies se mettent à ressembler à de la télé et sonnent nouveau bon-marché.
Le système de production commençait déja à changer, aussi. Les producteurs indépendants commençaient à se faire plus rares. Et puis des gens se sont rendus compte qu’il suffisait de mettre De Funès devant une caméra pour ramener au moins trois millions de Français dans les salles. Ca faisait de l'argent facile. Alors oui ça périclite un peu, faut bien l’avouer. C’est dommage parce que si La Grande Vadrouille continue à durer, c’est parce que visuellement il est toujours aussi magnifique, imposant, impressionnant.  Quand je le revois, je me dis que mon père a eu tout ce qu’il a voulu sur ce film là. Tout. Il a eu de la chance qu’on ait lui permis cette folie, mais il a su en faire un grand film.

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Bande-annonce de La Grande Vadrouille :

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