Black Panther : pourquoi le choix de Ryan Coogler (Creed) est l’évidence même

Ryan Coogler Creed

Avec un peu de recul, il est parfaitement logique que Marvel embauche le réalisateur de Creed. Entre obligation de diversité, manque de concurrence et processus de recrutement bien huilé.

Après Fruitvale Station et les éloges de la critique, Ryan Coogler a confirmé l'essai avec le flamboyant Creed, ce mercredi sur les écrans français. Le retour de Rocky Balboa que vient chercher le fils d’Apollo Creed a mis tout le monde d’accord, au point que Marvel vient de signer Coogler pour réaliser le très attendu Black Panther.  

Le studio avait de longue date annoncé rechercher un réalisateur afro-américain pour mettre en scène son premier film ayant un héros noir. Un choix qu’il n’est pas interdit de trouver aussi opportuniste (c’est une bonne façon de s’acheter de l’image de marque à peu de frais et éviter les accusations de whitewashing) que bienvenu (le nombre de réalisateurs noirs à Hollywood est ridiculement faible). L’écurie reproduira prochainement le même schéma avec Captain Marvel, la première héroïne à avoir droit à son long-métrage, qui sera logiquement réalisé par une femme. 

Business first

Le nom d’Ava DuVernay avait d’abord circulé sur le projet Black Panther. La cinéaste engagée avait été nommée à l’Oscar du Meilleur film pour Selma en 2015 et même sans remporter la statuette, l’exposition était bien suffisante pour que Marvel parie sur elle. Mais après un temps de réflexion DuVernay s’est retirée, estimant qu’elle ne pourrait jamais réaliser un film qui lui appartienne vraiment au sein de l’appareil Marvel. Comme tout gros studio au plan bien huilé, la Maison des idées est contrôlée par des businessmen, pas des créatifs. Ce qui peut parfois coincer avec les moins malléables. 

Creed : le spin-off de Rocky met K.O.

C’est pourquoi - à de rares exceptions près - Marvel choisit des réalisateurs en devenir, souvent issus de la télé, dont la réputation est faite chez un public spécialisé mais pas assez installée pour imposer leurs exigences au studio. Quand des centaines de millions de dollars sont en jeu, pas question de se battre tous les jours avec une forte tête. Joss Whedon en a fait les frais avec L’Ère d’Ultron : si sa vision et celle de Marvel semblaient concorder pour le premier Avengers, il est sorti lessivé de la suite après un combat créatif bien entendu perdu d’avance.

The usual suspects

Il n’y a qu’à jeter un œil à la liste de cinéastes ayant rejoint l’écurie : Jon Favreau (qui n’avait que quelques comédies de secondes zones à son actif avant Iron Man), Louis Leterrier (qui n’avait réalisé que Le Transporteur 1 et 2 et Danny the Dog avant Hulk), Kenneth Branagh (un yes man en dehors de ses adaptations de Shakespeare), Joss Whedon (fanboy absolu des comics, star de la TV mais inexpérimenté au cinéma), Alan Taylor (expérimenté en télé, très peu au cinéma), Peyton Reed (le yes man ultime, qui a carrément réalisé le film éponyme), Taika Waititi (devenu cool avec le chouette Vampires en toute intimité), Scott Derrickson (cinéaste en devenir grâce à Sinister et Délivre-nous du mal), les frères Russo (les indés-marrants qui n’auraient jamais espéré passer chez Marvel) et Jon Watts (qui s’est fait un petit nom grâce à Clown et The Fuzz)

Pour les têtes qui dépassent un peu, on notera la présence de Joe Johnston qui a apporté sa touche 90’s au sous-estimé premier Captain America. Alors qu’il avait signé pour la suite, il a pourtant été remplacé par les Russo pour le deuxième film. Trop grande gueule ? 

Shane Black a connu le même destin malgré le carton d’Iron Man 3, certainement le film le plus personnel de tout l’univers ciné Marvel, pourtant détesté d’une bonne partie des fans. Black sait ce qu’il veut, ça se voit à l’écran et on se demande encore comment le long-métrage a pu voir le jour en l’état. Un petit miracle. Heureux accident également, l’arrivée de l’atypique James Gunn à la tête des Gardiens de la galaxie. Sur le papier, le projet devait sembler suffisamment décalé pour que le studio lui file les clés du camion. Mais on s’étonne encore que la fusion entre un réalisateur spécialisé dans les films à contre-courant (à part Scooby-Doo) et Marvel ait enfanté un si joli bébé. 

Black Panther : Ryan Coogler (Creed) réalisera le film Marvel Studios

Very short list

Avec Ryan Coogler et Black Panther, la firme a dû revoir légèrement la formule puisqu’elle s’est elle-même limitée en ajoutant la variable de la couleur de peau au choix du réalisateur : combien de réalisateurs noirs sont en activité à Hollywood ? Parmi eux, combien étaient intéressés par Black Panther ? Et dans ce dernier tiercé, qui n’était pas déjà engagé ailleurs ? 

On voit mal Spike Lee aller tourner pour le compte de Disney (et inversement), la révélation F. Gary Gray (NWA : Straight Outta Compton) a déjà signé pour Fast and Furious 8 et Antoine Fuqua est bien occupé par ses propres projets et n’a plus besoin de retourner aux films de commande. Les autres cinéastes noirs manquent d’expérience ou ne rentrent pas dans le moule Marvel. Avec cette disette de réalisateurs afro-américains, restait donc Ryan Coogler, sur lequel tous les projecteurs sont actuellement braqués. Loin d’avoir une réputation de yes man, Coogler est un type qui fonctionne à l’affectif et a une idée très précise de ce qu’il veut à l’écran. Après avoir réalisé un premier film hyper engagé (Fruitvale Station raconte une bavure policière à l’encontre d’un Noir), il prouve qu’il a les reins solides en s’emparant d’une légende hollywoodienne avec succès. 

 

Coup de chance pour Marvel, il n’a que 29 ans. L’âge est décisif et on ne peut s’empêcher de penser que le studio ne s’y risquerait pas si le réalisateur était dans sa quarantaine, avec quelques films de plus au compteur. Coogler reste un petit jeune à Hollywood et si son intégrité artistique n’est pas à remettre en cause, il lui faudra batailler jusqu’au sang pour ne pas tout lâcher aux producteurs. 

Le lien entre deux mondes

L’enjeu Black Panther est énorme pour Marvel, qui souhaite élargir un peu plus son public tout en contentant les fans déjà dans sa poche. Un héros noir fait sens économiquement en 2016, les majors ayant enfin réalisé que le public hispanique et afro-américain est une manne financière totalement ignorée depuis des années. La preuve avec les succès de Fast and Furious 7 boosté par la communauté latino et Straight Outta Compton que 46 % de personnes noires sont allées voir le week-end de sa sortie

Et pour faire plaisir tout le monde, Coogler est l’homme de la situation, pratiquement le seul choix possible. Creed réussit le petit miracle d’imposer un héros noir complexe et puissant tout en faisant revivre intensément une idole blanche, Rocky Balboa. Le jeune cinéaste a donc entre les mains les clés des deux "mondes" et un talent que personne ne peut remettre en cause. Une vision sur laquelle Marvel n’aura pas d’autre choix que de s’appuyer, faute d’expertise. Certainement la meilleure carte à jouer pour le réalisateur et ainsi éviter de se faire totalement dicter son film par les executives.

François Léger (@FrancoisLeger)

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