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Rempli de beaux moments, le dernier X-Men reproduit prudemment la recette tout en introduisant les nouveaux personnages qui devront reprendre le flambeau.

Depuis Days of Future Past, l'heure n'est plus pour la saga X-Men aux métaphores transparentes du racisme et du coming out gay, ni aux questions d'identité secrète. Le problème est de nous balancer des super-pouvoirs par kilotonnes. Nous sommes dans les années 80, les mutants sont plus ou moins intégrés à la société et Apocalypse, mutant venu du fond des âges, revient à la vie façon Universal Monster et décide de nettoyer la Terre par le vide pour la "purifier". Mais d'abord, il lui faudra recruter quatre "Cavaliers" pour l'aider dans sa tâche. Magneto fera partie de ces Cavaliers et les X-Men ont du pain sur la super-planche. Avec un titre comme Apocalypse, Bryan Singer nous promettait il y a deux ans de la destruction massive façon Roland Emmerich et c'est presque vrai : la preuve, le film commence par un impressionnant prologue situé dans une Egypte antique fantasmée -une scène d'ouverture pompeuse et claquante à la Stargate, portée par un morceau de score complètement terrassant de John Ottman. Un prologue fabuleux et ludique qui assume pleinement un certain côté nanar et toc et place le curseur fun dans le rouge direct. Et c'est parti pour la séquence-titre qui dans les précédents films X-Men nous faisait pénétrer dans les atomes et les cellules : ici la caméra traverse l'histoire, des pyramides aux seventies en passant par les nazis, pulvérisant une croix gammée au passage. Le message est clair. Boum l'histoire, boum les super-pouvoirs.

Montre-moi un super-héros
Techniquement, rien à dire : c'est beau, carré, efficace à un très haut niveau. Singer est aux manettes de la machine X-Men depuis seize ans et il sait ce qu'il fait. Une sorte de best of de la série X-Men avec des scènes réutilisées des précédents films, à tel point qu'on pourrait faire un jeu à boire assez facilement (la scène de Cérébro : check, Xavier qui "gèle" une foule : check, combat de mutants dans une cage : check, apprentissage des pouvoirs à la X-Mansion : check...). Par exemple, Quicksilver a droit à sa scène au ralenti, directement reproduite de Days of Future Past. Tout ça est très bien, mais déjà vu. L'accumulation de nouveaux personnages -pour remplir de futurs films- sans se débarrasser des anciens est également un problème, un travers de l'industrie cinéma super-héroïque (qui handicape également Captain America : Civil War). Malgré son titre, Apocalypse agite de la destruction massive un peu dans le vide, sans grand impact, sans autre but que de faire du fun. Oscar Isaac fait un bon job en super-super-méchant, aidé par le travail sonore sur sa voix modulée au gré de son humeur. Mis en perspective avec Batman V Superman : L'Aube de la justice et Captain America : Civil War, X-Men Apocalypse se contente donc prudemment de reproduire une recette, de ne rien terminer. Les messages codés sont des clins d'oeil aux fans : la perte des cheveux du professeur Xavier est un moment assez foiré, les héros sortent d'une projection du Retour du Jedi en disant anachroniquement "on est d'accord que le troisième film est toujours le pire", message transmis à Brett Ratner. Apocalypse n'est pas un baroud d'honneur et sa fin ouverte associée à un tout nouveau cast reprenant des rôles-clés (Cyclope, Diablo, Tornade) nous promet encore bien des films X-Men dans le futur tout en donnant à Jennifer Lawrence -désormais la plus grosse star des X-films- un vrai rôle de leader. Best of de la saga, d'accord, mais ce n'est même pas la problématique d'Apocalypse qui n'arrive pas à embrasser pleinement un statut particulier dans la storyline X-Men. Montre-moi un super-héros et je t'écrirai de belles histoires, d'accord, mais la frilosité des studios l'a encore emporté. Rebootés, recastés, ressuscités, les super-héros ne doivent jamais au grand jamais mourir. "Their heroic journeys are, forever, denied an end", comme l'écrit Sean Howe dans son Histoire secrète de Marvel Comics. La réplique finale est-elle d'ailleurs un aveu d'échec en termes d'avancée narrative ? A voir.

Viens et vois
Singer parvient néanmoins au milieu de cette belle attraction à ménager des moments de cinéma pur, de poésie aérienne qu'il semble être seul à pouvoir créer au sein de la super-industrie. Un médaillon déplacé par la pensée qui égorge des miliciens. Les ailes d'un ange mutant qui se transforment en métal. Un moment crucial -qu'on ne spoilera pas- au son de la 7ème symphonie de Beethoven. Des mutants qui construisent une maison à l'aide de leurs pouvoirs. L'apparition brutale de Wolverine qui dépasse le stade du caméo pour joliment annoncer le Wolverine classé R de 2017. Et ce moment sublime, le plus beau : quand Apocalypse enrôle Magnéto parmi ses Cavaliers et lui demande de le suivre en lui disant "Viens et vois" ("Come and see"). C'est tiré de l'Apocalypse de Jean (chapitre 6, verset 7), mais c'est aussi le titre original de Requiem pour un massacre de Klimov. Et Apocalypse de téléporter Magnéto à Auschwitz pour qu'il affronte son passé pour de bon. On sait que la saga X-Men, depuis sa toute première scène en 2000, ne cesse de dialoguer avec le souvenir de la Seconde guerre mondiale. On y reviendra toujours, on n'en est jamais sortis.

Sylvestre Picard (@sylvestrepicard)