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Une histoire du studio Aardman : de Wallace et Gromit à Shaun le Mouton

Une histoire du studio Aardman : de Wallace et Gromit à Shaun le Mouton

Une belle bande de pâtes

Aujourd'hui 21 mars, la galerie parisienne Art Ludique accueille (et jusqu'u 31 août) une exposition consacrée au studio Aardman. Et le 1er avril, le studio créateur de Wallace et Gromit sera de retour avec Shaun le Mouton - le film, petite merveille en stop-motion entièrement muette avec un troupeau d?ovins. Un retour aux sources qui nous permet d?explorer image par image quarante ans de l?histoire en pâte à modeler d?Aardman, avec ses hauts et ses bas, de la bouche et des doigts de ceux qui l?ont faite. A déguster avec des crackers et du fromage.<strong>Sylvestre Picard (@sylvestrepicard)</strong><strong>Les acteurs :</strong><strong>Peter "Pete" Lord</strong>, co-fondateur d'Aardman et réalisateur de <em>Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout</em><strong>David Sproxton</strong>, producteur et co-fondateur d?Aardman<strong>Nick Park</strong>, créateur de Wallace et Gromit<strong>Steve Box</strong>, animateur et co-réalisateur du <em>Mystère du Lapin-garou</em><strong>David Bowers</strong> et <strong>Sam Fell</strong>, co-réalisateurs de <em>Souris City</em><strong>Sarah Smith</strong>, réalisatrice de <em>Mission Noël</em><strong>Richard "Golly" Starzack</strong> et <strong>Mark Burton</strong>, co-réalisateurs de <em>Shaun le Mouton</em>

Morph (1977-Aujourd'hui)

<strong>Steve Box :</strong> Dans les années 70-80, il y avait beaucoup de films d?animation à Bristol :  la chaîne Channel Four diffusait des courts d?animation en début de soirée et ça inspirait des vocations.<strong>David Sproxton :</strong> Ca s?est toujours passé à Bristol. Mon père produisait des films religieux pour la BBC, c?était un photographe amateur. Avec mon pote de lycée Peter, on faisait des films amateurs d?animation avec la caméra de papa. On a pu tourner un été pour Vision On, un programme court de la BBC pour les enfants. On était les plus jeunes. On expérimentait.<strong>Peter Lord :</strong> On n?avait aucun patron. L?animation était un hobby. Mais faire des films c?est une drogue. On est devenus accros. C?est de la magie. On insuffle de la vie aux choses. On a créé un court avec un Superman parodique appelé Aardman? A l?époque en Angleterre les animateurs n?utilisaient pas de pâte à modeler. On se croyait uniques.  Dans les années 80, l?animation handmade était le seul moyen de créer des personnages crédibles à l?écran nés de la seule imagination. Morph, un personnage hyper simple, très cartoonesque -mais pas Looney Tunes- est notre première grande création. 26 épisodes de 5 minutes pour la BBC?<strong>David :</strong> Après Vision On, on a fait des courts pour Take Hart, c?est là où Morph est apparu. En 1981, Channel 4 a pris le relais de la BBC et nous a commandés des trucs -des pubs, des séquences d?ouverture? On n?avait pas l?idée de faire des longs métrages. On faisait des courts pour remplir entre les programmes pour enfants de fin d?après-midi et les infos de six heures. Le Manège enchanté a été une grosse inspiration pour nous. Il était diffusé dans ce créneau. On se disait que si on arrivait à faire la même chose on serait riches.<strong>Richard "Golly" Starzack :</strong> Je suis arrivé à Aardman quand il n?y avait que Peter et David. Je suis l?employé numéro un.<strong>Pete :</strong> Bristol n?est pas le centre de l?industrie ciné : dans les années 80, il n?y avait rien. A l?époque si tu étais ambitieux tu allais à Londres. On a réussi parce qu?on est restés ici. La célébrité, la gloire, la réputation ne nous intéressait pas. On est devenus compétitifs, mais pas <em>férocement</em> compétitifs.

Conversation Pieces (1982-1983)

Pete : La série de courts Conversation Pieces nous a tout appris du storytelling, de la transmission de l?émotion. Partir de conversations pré-enregistrées, pas d?acteurs. Les gens s?irritent, se répètent, oublient le début de leurs phrases, disent hum et hum. Copier la vie réelle ne nous intéressait pas. On adaptait la vie réelle, on la grossissait, on l?amplifiait. Le réalisme n?était pas notre but. Prends Sales Pitch, où un VRP tente de vendre un aspirateur à un vieux couple. Ca a le parfum du vrai mais le trait est grossi.Nick Park : J?étudiais à la National Film & Television School à Londres. J?étais déjà un gros fan d?Aardman dans les années 80, surtout Conversation Pieces. Animer des figurines au son de conversations réelles dans un style documentaire, une idée de génie.Pete : Il y a eu trois décisions importantes dans l?histoire d?Aardman : utiliser de la pâte à modeler, utiliser des vrais enregistrements pour Conversation Pieces, et rencontrer Nick Park.

L’Avis des animaux (Creature Comforts) (1989)

Nick : Ils cherchaient du sang neuf. En 1989, j?ai bossé chez eux pendant deux étés. J?essayais de finir mon film de fin d?études, ils m?ont dit de venir le terminer chez eux en bossant à mi-temps. Le premier Wallace et Gromit, Une grande excursion, m?a pris sept ans.David : Son storyboard était trop long et trop complexe, on l?a aidé à couper dedans. On a eu une nouvelle commande de cinq films pour Channel Four. Nick a eu l?idée de faire Creature Comforts.Nick : Aardman faisait une série qui s?appelait Lip Synch, dans la continuité de Conversation Pieces. J?étais en train de finir le mix sonore d?Une grande excursion quand j?ai fait Creature Comforts. Mon idée était d?utiliser des animaux à la place d?humains pour illustrer la bande sonore. j?ai fait parler un copain brésilien qui improvise sur la bouffe anglaise, la crise du logement. C?est devenu un puma dans un zoo. Tout le reste découle de ça. La pâte à modeler est parfaite pour observer l?humain. Une caméra, une figure en pâte. C?est un art très spontané qui permet de jouer avec la subtilité, la nuance, d?avoir plein d?idées d?animation en arrière-plan.David : Bosser pour Channel Four réclamait d?être plus adulte, plus artistique. D?un autre côté faire des pubs étaient une façon de nourrir le studio et de rester à la page techniquement, de ne pas rester bloqué dans l?animation enfantine. De fournir du cash à réinvestir dans de nouveaux projets.

Le Mauvais pantalon (1993)

Nick :Après l?Oscar de Creature Comforts et le carton d?Une grande excursion, on a parlé avec Disney de faire des longs. On était les New Kids on the Block des studios US. Mais on n?avait jamais fait de long-métrage donc on a continué les courts : Le Mauvais pantalon, Rasé de près? On nous a demandé « combien pour 52 épisodes de Wallace & Gromit ? » avec du pognon sur la table. Mais le temps que prenait un épisode était trop long pour les studios.Steve :On aimait les mêmes Ealing movies avec Nick : Il m?a proposé de bosser sur l?animation du Mauvais Pantalon. J?ai surtout bossé -14 mois de boulot !- sur le méchant Pingouin, travailler surtout sa démarche, garder sa simplicité flippante? Je suis un gros fan de film noir. Le Pantalon est une blague constante, il est découpé comme un vrai film (film de casse, film d?horreur, film noir, course-poursuite) mais en pâte à modeler. C?est ça la grosse blague. Aujourd?hui le film un peu lent pour le public moderne, non ?Nick :Je crois que quelque chose marche vraiment très bien dans le Pantalon. On était jeunes, aventureux, naïfs. L?histoire colle parfaitement à la durée de 30 minutes. Je n?avais jamais encore travaillé avec un scénario alors. Bob Baker, qui a bossé sur Doctor Who, a beaucoup taillé dans le script, il a créé le Pingouin et le techno-pantalon. « Une anthologie du cinéma » ? Oui, il y a un peu tout dedans. le film noir, Hitchcock, Tom et Jerry, les cow-boys, la poursuite en train, le casse?Richard :De tous c?est mon préféré, il est taillé comme un long en termes de storytelling.David :Tous les plans sont importants. Il y a ce moment Aardman où le pingouin enlève son gant qui le déguise en coq et Wallace s?exclame : Bonté divine, c?est vous ! En deux plans, ce moment capture toute l?absurdité d?Aardman. Un pingouin qui se déguise en coq pour cambrioler un musée?

Stage Fright (1997)

Steve :Je suis un natif de Bristol comme Pete et David. Je travaillais pour le studio CMTB qui faisait un cartoon en pâte à modeler, The Trapdoor, à l?époque où Aardman grossissait grâce à Creature Comforts et beaucoup de pub. CMTB n?a pas survécu et je suis passé à Aardman vers 90-91. J?étais l?employé numéro 11.Pete :Aardman est né au milieu d?une scène d?animation mais les autres compagnies n?ont pas survécu. Le monde de Wallace & Gromit s?inspire plus du Nord de l?Angleterre que de Bristol. Et des comic books anglais. On n?a pas de belles, grandes BD bien illustrées comme Astérix. On avait The Beano. Un humour qui se déroule dans un milieu middle class caricatural, très familier, très proche. Un monde dominé par les enfants où les adultes sont bêtes et menaçants. Steve :Après Conversation Pieces, Pete Lord a fait Wat?s Pig et moi Stage Fright, on voulait les relier thématiquement. A l?arrivée ils n?ont rien à voir. le premier est une grosse farce médiévale, le mien est beaucoup plus grinçant, un peu dark. C?était la première fois que j?étais tout seul aux manettes. Je le trouve dur à regarder, il est y trop court, trop ramassé.

Chicken Run (2000)

Nick :Il a bien fallu que nous industrialisions nos procédés sans perdre notre âme. C?est pour ça qu?on a fait Chicken Run : on ne voulait pas perdre Wallace & Gromit. On a rencontré Jeffrey Katzenberg quand il était boss de l?animation chez Disney. Puis quand on a été à Sundance en 1996 pour Rasé de près, le troisième Wallace, DreamWorks a envoyé un jet privé pour nous emmener chez eux. On a pitché Chicken Run devant Katzenberg et Spielberg.Steve :Le pitch de Chicken Run est sublime. La Grande évasion chez les poulets ! Tu as tout le film dans une phrase. Katzenberg était un fan depuis qu?il était chez Disney.David :On avait déjà parlé à Disney, et Henry Selick nous a présenté au producteur Jake Eberts qui nous a présentés à DreamWorks? Avec eux on a fait un deal de 4 films, mais ce n?était pas fixé dans le marbre. On était là aux prémisses de la très grosse industrie de l?animation au 21ème siècle, en fait.Nick :Avec Chicken Run on avait peur que la pâte à modeler ne rende pas bien sur grand écran, que ce soit plus moche que Doisney ou Pixar. Aujourd?hui on se glorifie du fait maison, de cette différence.Mark Burton :J?ai débarqué à la fin des années 90. Ils avaient besoin de rewriting sur Chicken Run, qui était écrit par Karey Kirkpatrick, un Américain. Je faisais le punchjob : ajouter de l?humour, des vannes. J?ai bossé sur une version du scénario de Madagascar qui n?a pas été retenue. J?ai été viré de DreamWorks après Madagascar. Sans rancune. Ca marche comme ça.Nick :Katzenberg nous a toujours laissés libres sur le côté artistique. Même si c?est lui qui a fait retirer le perso du poussin de Chicken Run pour conserver une cible adulte. Mais c?était bien d?avoir l?océan entre les deux studios, ça a permis à la relation de rester saine, et ça nous a permis de conserver ce qu?on aime faire, très homegrown, à notre propre vitesse. Mais au fond je crois que tout le monde avait peur que notre côté anglais ne parle jamais au public américain, qu?on ne soit jamais mainstream.Mark :Chicken Run 2 ? On en a parlé à DreamWorks à l?époque? Ce n?est pas impossible que l?idée revienne.

Wallace et Gromit : Le Mystère du Lapin-Garou (2005)

Steve :On a commencé à bosser sur le Lapin-garou en 2000 : Katzenberg avait parlé dès le départ d?un long sur Wallace & Gromit. Nick et le scénariste Bob Baker avaient comme point de départ un simple vol de légumes. Pas de lapin-garou dedans. Très cosy, suburbain, très wallace-et-gromitien. C?est marrant, les légumes. Il y a eu 2 ou 3 ans d?écriture avant de partir en production. Petit à petit le thème horreur est arrivé, qui se prête naturellement à la parodie. Faire un long-métrage Wallace & Gromit nécessitait de remplir avec de nouveaux personnages. Je ne le vois pas comme bavard. Il est né de la friction entre le common people chanté par Aardman et la haute société du film d?horreur british classique, genre Chien des Baskerville.Nick :L?idée du lapin-garou est arrivée par accident : je parlais à Bob Baker de l?idée de départ, du problème de lapin et de légumes, et j?ai eu envie de transformer Wallace en lapin en le dessinant. La plupart des idées viennent du carnet de croquis. Pas de l?écrit. Ensuite tout s?est enchaîné : un film d?horreur végétarien ! Le challenge était de taille pour passer au long : les films hollywoodiens ont un débit de parole hyper rapide, alors l?humour de Wallace et Gromit est très subtil, lent, à l?anglaise, avec un chien qui ne parle pas. On a rempli avec tout un village de personnages à faire causer. David :Ce qui a pris du temps avec ce film : Nick ne voulait pas endommager ses persos. On n?était pas sûrs de comment faire une histoire sur 90 minutes, de comment remplir avec de nouveaux personnages, etc.Nick :C?est le film du style Aardman, où les traces de doigts ne sont pas un problème, utiliser du vrai tissu, de la vraie fourrure un peu brillante comme dans les vieux King Kong, Mon ami Joe. Les films de genre « j?ai créé un monstre ». Trop à l?ancienne pour le public. Après le Lapin-garou et Souris City, il y a eu un manque de confiance. Nos films étaient trop british pour eux, pas assez mainstream. La séparation a été mutuelle. On a toujours de bonnes relations avec Katzenberg.Steve :Dans le film il y a ce moment où Gromit met une couverture sur sa carotte et semble lui souhaiter bonne nuit dans la lumière de la lune? C?est mon moment préféré. Il saisit la tranquillité précaire de l?enfance.

Souris City (2006)

Sproxton :DreamWorks venait d?annuler un de leurs films, et ils ont dit : venez faire Souris City à la place, chez nous C?était une nécessité puisque nous n?avions pas de locaux CGI à Bristol. Même si on avait des gens à nous là-bas, c?est un film fait chez DreamWorks.Pete :  On avait commencé à concevoir Souris City en stop motion, en pâte à modeler. Tout était prêt du côté des personnages. Mais on savait que le décor allait devoir être fait en CGI, tout le Londres underground était trop ambitieux pour le stop motion. La situation avait changé à DreamWorks et un jour Katzenberg me dit que le film allait devoir être fait plus vite. On a dû passer au CGI pour respecter le délai. Les gens ne l?aiment pas autant que les autres films. Je le considère vraiment comme un Aardman, OK, il est un peu étrange?Sam :En 1992 j?ai proposé à Pete Lord -mon mentor, mon sensei depuis 1989- ce qui allait devenir Souris City. Le film a mis dix ans à avoir le feu vert, en 2002?J?ai rencontré Katzenberg pour pitcher de nouveau le film, et il y a eu une grosse période de négo -six mois- pour que Peter et David m?intronisent réal. A l?origine, le film était en stop motion puis le projet est devenu de plus en plus gros et spectaculaire : construire une version rat de Londres sous Londres, une ville avec des canauxOn a donc voulu rajouter du numérique au stop motion, le tsunami final s?est rajouté? Le film est devenu très cher. On a voulu expérimenter, sortir du confort d?Aardman. On s?est dit que le numérique allait libérer notre imagination. Et réduire les coûts. Avec le recul, difficile de juger si c?était la bonne décision. Des critiques ont dit que le film avait perdu le charme, la chaleur du handmade. Je comprends cette réaction. Le deal avec DreamWorks n?allait pas si bien après ça. Aardman n?était même plus sûr de réaliser de longs-métrages. Et moi je voulais continuer à réaliser. On s?est séparés.Pete :On aurait pu choisir de continuer avec DreamWorks, de dire « OK, on va faire les films à votre manière ». Mais on a choisi de faire les films en Angleterre, avec l?esprit l?anglais. Ca ne collait plus avec les nouvelles ambitions de DW. Leur modèle avait changé. Il n?y avait plus de place pour la différence. C?est marrant parce que quand on a fait Chicken Run, DreamWorks Animation faisait La Route d?Eldorado, Spirit, FourmiZ? Katzenberg expérimentait, le studio cherchait sa voie. Chicken Run était très expérimental, et a un un très gros succès. Souris City était? hum? plus conventionnel,  Wallace et Gromit était 100% Aardman. Mais dans le même temps DreamWorks avait trouvé sa voie : c?était Madagascar et Shrek, et rien d?autre.Bowers :Les films en CGI ramassent tellement d?argent que ça a dû jouer : en stop motion, c?est plus risqué. En plus le succès du Lapin-garou -sorti avant Souris City- était moins important que prévu. A l?époque, Chicken Run avait mieux marché que Le Prince d?Egypte ou FoumiZ. Aardman était les héros. Puis Shrek est venu et a tout raflé. Ca a mis la barre haut. D?un coup tous les films devaient gagner 250 millions de dollars. Je crois que Souris City s?est retrouvé coincé entre Aardman et DreamWorks, entre deux visions, entre l?Angleterre et les USA, entre l?artisanat et l?industrie.

Mission Noël : Les Aventures de la Famille Noël (2011)

Sproxton :DreamWorks s?est renflouée financièrement en entrant en bourse. Après ça, leur business plan était devenu beaucoup plus prudent. Je crois que sans ça, Jeffrey aurait continué à financer nos films. Les chiffres ont joué contre nous. Mais après ça, il a fallu trouver un nouveau studio partenaire aux USA. Ca a été Sony ImageWorks.Sarah :Je ne viens pas du tout de l?animation mais de la comédie télé anglaise, du sketch, de l?écriture satirique. Aardman m?a embauchée en 2006. Première semaine de boulot : j?achète les droits de Pirates ! -sur lequel Peter Lord s?est jeté- et Peter Baynham, le scénariste de Sacha Baron Cohen, m?apporte le projet Mission Noël en disant que c?était le meilleur projet de sa vie.Pete :Sony a été un bon partenaire, on avait plein d?idées. Mais on ne pouvait pas tout faire en stop motion à cause du temps et du budget. On a choisi de faire Mission Noël en CGI pour une raison évidente d?échelle, avec les visions du Grand Nord? On a envoyé chez Sony ImageWorks une équipe de 20 personnes pour maintenir notre identité, mais en pratique il a été fait chez eux. Ils ont fait un bon boulot à prétendre être les gars d?Aardman (rires) Sarah :L?échec du film aux USA ? Les personnages étaient trop anglais pour Sony. Et pour le public américain.

Pirates ! Bons à rien, mauvais en tout (2012)

Steve :Après Le Lapin-Garou, j?ai développé mon propre film, Cat Burglar, qui ne s?est pas fait. On l?avait proposé à Sony qui a dit non, ils ont préféré Mission Noël et Pirates. Un film de casse très british avec un gang de chats errants. Ocean?s Eleven avec des matous. Ils font un plan alors qu?ils sont en prison -en fait un foyer SPA. Pete :Avec Pirates !, je n?avais pas réalisé depuis longtemps.Le film est ce qu?on adore faire. Profondément. Tout est dans les détails. Regarde nos décors. La peinture est décolorée, le papier peint est détrempé, une vitre est sale et dépolie? ça parle au public, il trouve ça vrai.Ca existe. C?est là l?esprit l?Aardman. Si on compare à DreamWorks et Pixar, il y a beaucoup plus d?exagération chez eux en fait.Richard :Pirates est arrivé après une perte d?identité certaine chez Aardman, c?est vrai.Pete :  C?est facile à dire, mais Pirates est mon film préféré. On a essayé de faire quelque chose de différent. Notre public cible était beaucoup plus mature. Et je trouve que c?est le film le plus marrant qu?on a fait. Il fonctionne mieux auprès d?un public plus âgé, avec ses vannes surréalistes, ridicules, héritées des Monty Python.

Shaun le mouton - le film (2015)

Richard :On a mis deux ans à écrire le film. Un an de pré-production. Comme le film est muer, on a mis une vidéo de dessins et croquis qui donne une première idée du film et qui permet d?identifier les problèmes de storytelling.Mark :Le scénario est vraiment chiant à lire, avec toute cette communication non-verbale, ces vannes 100% visuelles. Richard :Pete, Nick, Steve Box et David Sproxton : c?est le brain trust d?Aardman, qui forme l?histoire de chaque film. Nous avons les mêmes références. On est de la même génération, après tout.Mark :Les films Carry On ! sont une influence majeure? La britishness : personne ne sait ce que c?est, mais c?est ce qu?on fait. L?animation réelle, dans un monde naturaliste. C?est ça notre ADN.David :Je crois que Shaun est le vrai retour à l?ADN Aardman. Un film plus naïf en termes d?intrigue. Il fait appel à nos compétences propress. Il y a tellement de films brillants et rutilants en CGI aujourd?hui, le public sera peut-être attiré par l?aspect hand made de Shaun, avec ses défauts. C?est ce qu?on aime faire. On va faire une deuxième saison télé de Shaun, et peut-être faire un Shaun 2 si le succès est là. Ca sera une première. Nick fait un film financé par StudioCanal. Ils viennent de cartonner avec Paddington, ça peut se faire même si on avance film par film.Nick :On a toujours essayé de résoudre ce paradoxe : comment combiner l?artistique et l?industriel ? Garder le côté fait maison tout en créant un processus Aardman ? Aujourd?hui on dirige 200 personnes? Le combat pour le handmade est permanent. On fait des Rolls-Royce. Pete et David ont toujours essayé de s?adapter, d?essayer des trucs, notamment avec le numérique qui permet de faire des trucs impossibles en pâte, comme le feu ou le liquide. Mais la clay reste notre marque de fabrique.Steve :Je suis freelance depuis 2012, mais je traîne encore là-bas (rires). Je suis creative director sur les 20 nouveaux épisodes de Shaun. Je fais partie de l?arrière-plan.

Le studio créateur de Wallace et Gromit est de retour avec Shaun le Mouton - le film, petite merveille en stop-motion entièrement muette avec un troupeau d’ovins. Un retour aux sources qui nous permet d’explorer image par image quarante ans de l’histoire en pâte à modeler d’Aardman, qui fait par ailleurs l'objet d'une exposition à la galerie parisienne Art Ludique, avec ses hauts et ses bas, de la bouche et des doigts de ceux qui l’ont faite. A déguster avec des crackers et du fromage.Sylvestre Picard (@sylvestrepicard)Les acteurs :Peter "Pete" Lord, co-fondateur d'Aardman et réalisateur de Pirates ! Bons à rien, mauvais en toutDavid Sproxton, producteur et co-fondateur d’AardmanNick Park, créateur de Wallace et GromitSteve Box, animateur et co-réalisateur du Mystère du Lapin-garouDavid Bowers et Sam Fell, co-réalisateurs de Souris CitySarah Smith, réalisatrice de Mission NoëlRichard "Golly" Starzack et Mark Burton, co-réalisateurs de Shaun le Mouton