C'est le printemps, les saisons théâtrales touchent doucement à leur fin, mais c'est aussi le moment où certains théâtres en profitent pour mettre en valeur la jeune création : focus sur trois festivals qui misent sur la jeunesse !1/ Les TJCC au théâtre2gennevilliers, du 26 au 28 MaiDepuis qu'il a pris la direction du théâtre2gennevilliers en janvier 2007, Pascal Rambert a imaginé, en collaboration avec le journaliste Laurent Goumarre, un Festival de fin de saison ouvert sur la jeune création. Intitulé TJCC pour "Très Jeune Création Contemporaine", ce festival dure l'étincelle de trois jours et propose différentes formes scéniques allant de la simple lecture au spectacle abouti, du work in progress au concert ou à la performance. En bref, des formes qui déménagent le spectateur et fuient tout confort rassurant pour nous emmener vers des territoires en exploration, des expériences neuves. On a pu y voir le collectif des Chiens de Navarre et leur théâtre explosif cultivant le politiquement incorrect avec une espièglerie jubilatoire, mais aussi les prémices de Adishatz / Adieu, performance chantée qui a marqué les premiers pas de Jonathan Capdevielle (comédien fétiche de Giselle Vienne) en solo. On s'est régalé des propositions shakespeariennes et aériennes de Yves Noël Genod, personnalité inclassable cultivant la poésie comme un art de vivre et pratiquant le plateau, verbe et corps entremêlés, avec une générosité délicieuse.Cette année, le Festival se tourne ouvertement vers l'international en invitant des compagnies venues du Japon, de Finlande et de Suède. On pourra découvrir notamment Love de la compagnie Tokyo Deathlock dont le travail est considéré comme expérimental au Japon, mais aussi The Lightness and death of Giselle ("La Légèreté et la mort de Giselle") du collectif finlandais Und er libet, performance jouée et dansée par huit artistes entre 12 et 33 ans autour de thèmes comme l'amour, la légèreté et la mort. Du côté des propositions hexagonales, Dormir sommeil profond, l'Aube d'une Odyssée s'annonce comme une pièce composite entre bouffonnerie et tragédie, conçue par Jonathan Drillet et Marlène Saldana. Et le comédien Thomas Scimeca présentera Baboons ou comment justifier l'action des flics, courte proposition scénique questionnant la fin du monde.Cette 4ème édition des TJCC est la promesse d'aventures théâtrales dépaysantes.2/ Impatience aux Ateliers Berthier, du 4 au 18 JuinAu Théâtre de l'Odéon, Olivier Py, son directeur, a mis en place le Festival Impatience avec prix à l'appui (7 000 €) pour le spectacle élu par un jury composé d'une dizaine de personnalités du théâtre (auteurs, metteurs en scène, comédiens, directeurs de lieux, journalistes...). Sont passés par là : Lazare et sa pièce Passé je ne sais où, qui revient ou la découverte d'une prose foisonnante, cabossée et embrasée, assortie d'une direction d'acteurs loin de tout réalisme ; Olivier Coulon-Jablonka et son passionnant Moukden Théâtre qui présentait l'an passé Chez les nôtres, proposition forte usant des ingrédients du théâtre documentaire autant que des codes du spectacle populaire ; Et puis il y a eu le spectacle primé l'année dernière, Le Chagrin des Ogres de Fabrice Murgia, conte cauchemardesque empruntant son sujet à deux faits divers récents. Celui-ci sera repris la saison prochaine, du 6 au 15 octobre, au cœur de la programmation "officielle" du Théâtre. Une consécration concrète et rapide pour cette jeune compagnie belge encore inconnue il y a peu.Nouveauté cette année, Impatience se déploie sur deux lieux : les Ateliers Berthier et le 104, qui s'associe au Festival pour la première fois. Quant à la programmation, elle se déploiera du 9 au 18 juin, avec des pièces et adaptations de Hanokh Levin, Fassbinder, Goldoni, David Harrower... Entre autres, citons le spectacle de Thissa d'Avila Bensalah, Avez-vous eu le temps de vous organiser depuis la dernière fois qu’on vous a vus ?, d'après Anarchie en Bavière de Fassbinder, coproduit par La Parole Errante (Armand Gatti) et joué en janvier dernier à la Maison de l'Arbre à Montreuil ainsi que Villégiature, d'après La Trilogie de la Villégiature de Goldoni par les compagnies Jakart et Mugiscué qui nous avaient servi il y a deux ans un Repas novarinien en tous points jubilatoire avec une bande de comédiens très en forme. Au 104, on pourra découvrir Jérusalem Plomb durci - Voyage halluciné dans une dictature émotionnelle, performance de théâtre documentaire réalisée par l'artiste israélienne Ruth Rosenthal et le musicien français Xavier Klaine. Le festival se clôt sur Les Fidèles, écrit et mis en scène par Anna Nozière (encore inconnue mais plus pour longtemps) et présenté récemment à la Comédie de Reims.Pour sa troisième édition, Impatience porte toujours bien son nom et attise notre hâte à découvrir les propositions éclectiques de sa programmation.3/ Le Prix Théâtre 13 / Jeunes Metteurs en scène au Théâtre 13, du 10 au 30 JuinColette Nucci, à la tête du Théâtre 13, met, quant à elle, l'accent sur les metteurs en scène émergents avec un Festival en forme de concours : le Prix Théâtre 13 / Jeunes Metteurs en scène. Les conditions du concours sont strictes et restreintes : les participants doivent avoir entre 25 et 35 ans et leurs créations comporter un minimum de 6 comédiens. Les spectacles sélectionnés sont présentés au public ainsi qu'à un jury composé des principales institutions présentes dans le secteur du spectacle vivant ainsi que de directeurs de théâtres. Le spectacle gagnant obtient une semaine d’exploitation au Théâtre 13 en première partie de saison, accompagnée d’un apport en coproduction de 3000 € pour la reprise. Ce festival, s'il est plus limité dans sa diversité car plus corseté de contraintes de création, est un dispositif d’accompagnement et de soutien unique. Il offre à des metteurs en scène novices la possibilité de confronter leur travail au public et de rencontrer très vite les principaux partenaires de la profession. Le lauréat 2010 est Dimitri Klockenbring pour sa mise en scène du Misanthrope de Molière.Qui sera l'heureux élu cette année ? L'hyper productif Arny Berry aux multiples casquettes - comédien, metteur en scène et réalisateur -, et son Meta / Scanning Hamlet, présenté comme un mystère contemporain autour de la figure de Hamlet ? Ou Massacre à Paris de Christopher Marlowe mis en scène par Irène Favier avec, dans la distribution, l'acteur de cinéma Grégoire Leprince-Ringuet (Les Chansons d'amour, La Princesse de Montpensier...) ? Ou bien la première mise en scène de la comédienne Laure Roldàn qui s'attaque aux Illusions perdues de Balzac pour en faire, non pas une adaptation narrative, mais un sujet d'expérimentation ?... Réponse le 30 juin pour la remise du prix !Ces Festivals constituent des espaces de visibilité indispensables et salutaires pour les jeunes compagnies qui tentent de se frayer un chemin dans la jungle des théâtres subventionnés. Plus qu'un tremplin, ils sont un passeport témoignant de l'identité scénique de compagnies montantes. Mais avant toute chose, la vertu de ces festivals est de favoriser les échanges et liens entre jeunes artistes, de rassembler sur un temps et un lieu donné public et créateurs. Un terrain de rencontres ciblées et privilégiées à soutenir.Par Marie Plantin.Photo : The Lightness and death of Giselle (dans le cadre des TJCC au théâtre2gennevilliers)