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On a assisté au tournage de la course de chars du Ben-Hur de 2016.

C'était à Castel Romano, faubourg de Rome, dans les studios de Cinecittà. Devant le parc d'attractions de Cinecittà World -conçu par Dante Ferretti- se dresse un cirque romain reconstitué grandeur nature. 240 mètres de long. Pas un chapiteau de cirque Pinder mais le père de tous les cirques, l'ancêtre des race tracks. C'est à son ombre que se tourne le nouveau Ben-Hur, autre adaptation du roman de Lew Wallace et nouvel avatar du néo-péplum post-Gladiator. C'est là où Judah Ben-Hur, héros malgré lui du peuple juif, va affronter au cours d'une course de chars sans pitié son frère adoptif Massala passé du côté des Romains. Nous sommes en avril 2014 -pardon, nous sommes en 30 et quelques après Jésus-Christ du côté de Jérusalem, et la course va commencer.

"We are Rome"
"Ca va être authentique, gritty, ça va être la plus grande course de chars jamais filmée", nous promet le producteur Sean Daniel (la franchise La Momie) à l'ombre d'un barnum où l’on fait nos interviews en attendant d'aller voir la course de chars. "On s'empare de la grande histoire... On revient au roman original, c'est une histoire de pardon et pas de vengeance", s'emballe-t-il. Pour réécrire le script de Keith Clarke (auteur du superbe Les Chemins de la liberté de Peter Weir sorti en 2010), Sean a embauché John Ridley, scénariste de 12 Years a Slave. On ne pourrait pas théoriser bien loin sur le fait que le scénariste de 12 Years A Slave adapte un roman signé d'un général confédéré : ce qui importe, c'est que Sean a débauché le toujours sympathique Timur Bekmambetov pour shooter les nouvelles aventures de Ben-Hur. Le Russe foldingo est surtout connu pour Night Watch et l'excellent Wanted avec James McAvoy et Angelina Jolie en super-assassins. "Au départ, j'ai dit non, parce que ça me semblait fou et dangereux", dit Timur. "Et puis je me suis dit que je voulais faire un film contemporain qui parle de nous. We are Rome." C'est surtout la perspective de tourner la séquence de la course de chars qui a branché Timur sur le projet, lui qui n'aime rien tant que de mettre en boîte des séquences d'action complètement barrées (rappelez-vous -ou pas- la course/baston au milieu du troupeau de vaches dans Abraham Lincoln Chasseur de vampires).

"Ca ressemble à Apocalypto"
Le défi est de taille : se mesurer à la séquence de course mythique du Ben-Hur de 1959 avec Charlton Heston, chef-d'oeuvre spectaculaire qui avait demandé six semaines de préparation. La comparaison va être inévitable mais Timur est à l'aise. "La scène va être dingue, complètement furieuse. Pour la découper j'ai fait une demo reel en montant des vidéos de courses de Formule 1 qui foncent vers les caméras et les explosent, avec le public qui hurle..." Vêtu d'une armure d'officier romain noire et violette comme il sied au bad guy Massala, Toby Kebbell (La Planète des singes : L'Affrontement) compare le nouveau Ben-Hur à un Mel Gibson : "ça ressemble à Apocalypto en termes d'ambiance, de feeling." Jack Huston (Boardwalk Empire), qui joue Judah Ben-Hur, nous ordonne de revoir le Wyler : "tout le monde devrait revoir tout de suite le Wyler. Ici, c'est très, très différent, on revient au roman..." Le mot d'ordre est bien passé, mais peu de chances que le public de 2016 fasse le lien entre Ben-Hur et un roman -certes best-seller- publié en 1880. On risque plus de comparer le film de 2016 avec 300, devenu le mètre-étalon du péplum aujourd'hui. Mais Ben-Hur ne voit pas jouer la carte de la fantasy historique comme le Zack Snyder : "on a voulu un look général plus contemporain, plus réaliste. Pas de fantasy, pas un conte de fées", dit la costume designer Varvara Avdyushko. "Pour les légionnaires on s'est inspirés du look des forces spéciales d'aujourd'hui avec leur côté massif et suréquipé." Et aussi, "il y a ici plus d'acteurs "multiethniques" qu'en 1959", remarque Ayelet Zurer, la mère de Superman dans Man of Steel qui joue ici la maman de Ben-Hur. Sean insiste sur le fait que Jésus -qui apparaîtra à la fin du film- est joué par le brésilien Rodrigo Santoro (Xerxès dans 300 et sa suite), et "il ne ressemble pas aux peintures dans les églises". C'est déjà ça, mais Ben-Hur reste joué par un natif du Norfolk et Massala par un mec du Yorkshire -et ce malgré le fait que Sean insiste sur le fait que "ce n'est pas un film de star, les deux acteurs sont à égalité, peu connus du grand public." L'excuse de Ridley Scott pour le whitewashing d'Exodus : Gods and Kings était l'impossibilité de financer un gros film historique sans star. L'horizon du Ben-Hur de 2016 reste le divertissement à grande échelle.

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On grimpe dans les gradins d'une trentaine de mètres de haut : les figurants hébreux écrasés par le soleil se protègent avec des petits parapluies. Une maquilleuse passe avec de la crème solaire. En post-production, le cirque sera adossé à une falaise pour être plus spectaculaire encore. Le cirque fait déjà 240 mètres de long, à peine moins que le Parc des princes : "la distance a été calculée pour que les chevaux atteignent une vitesse suffisamment excitante", nous explique la production designer Naomi Shohan. "Pour créer les décors, on a utilisé les ruines de Pompéi, qui sont super bien conservées et reflètent bien l'influence grecque des constructions". En bas, Jack Ben-Hur et Toby Massala se préparent dans leurs chars qui sont tous deux rattachés à un seul camion portant deux caméras. Alors qu'un autre camion portant une caméra sur grue pour les plans larges traîne des chaînes pour effacer ses traces de pneus sur le sable du cirque, un quad passe, tirant une machine conçue pour imprimer des empreintes de sabot et rendre ainsi la piste plus réaliste. Au signal, les figurants rangent leurs parapluies. Des légionnaires romains sont plantés partout dans le décor. Certains se mettent à frapper sur des tambours. Sous le soleil de plomb du Latium, c'est sacrément impressionnant. Ca tourne. Le camion part et fait des tours de cirque -à chaque passage devant les figurants ceux-ci se lèvent et crient alors que Ben-Hur et Massala se battent roue contre roue, façon Hunt/Lauda antiques. De haut la vision est grandiose et on aperçoit les collines de Rome, treize kilomètres plus loin (oui, c'est bizarrement précis mais c'est vrai).

Formula Unus
La comparaison avec les courses de F1 est complètement assumée par l'équipe technique. En visitant le garage, on constate que chaque char a son style : celui de Ben-Hur possède l'étoile de David, celui de Massala a la forme d'un aigle guerrier, le char d'un guerrier africain est tendu de (fausses) peaux de bêtes. Hernan Ortiz, maître des chevaux du film, a même ramené avec lui l'un des chars qu'il a utilisé dans Gladiator (lors de la scène de la reconstitution de la bataille de Zama dans le Colisée) pour se porter bonheur. Les roues des chars sont très petites par rapport à l'image qu'on s'en fait, mais il s'agit ici d'une question de vitesse et de maniabilité. "Vous devriez voir la galère qu'on a construite pour la bataille navale", s'enthousiasme Naomi. "Vingt mètres de long, elle peut se retourner sur elle-même..." Le reste des navires sera évidemment en numérique. "La production n'a pas voulu que je construise sept galères en grandeur nature pour les percuter", rigole Jim Rygiel, responsable des effets visuels. Du haut du cirque en carton-pâte, décidément impressionnant, en respirant un peu de l'air épique du cinoche à grand spectacle, on le regrette pas mal car on se dit qu'ils en auraient été capables. Un an plus tard, on voit le tout premier teaser de Ben-Hur et la course de chars n'y tient qu'une petite place et promet des rebondissements supplémentaires (heureusement) comme un cheval fou qui galope dans les gradins ou la chute de Judah dans le sable, traîné à son engin.  Le film a l'air de ressembler au fils bâtard de Gladiator (le look général) et 300 (les plans en caméra subjective), ce qui n'est pas pour nous déplaire mais pour vérifier, il faudra attendre la sortie française le 7 septembre.

Bande-annonce de Ben-Hur :