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Ce qu'il faut voir (ou pas) au cinéma cette semaine

Star Trek Sans limites ***
De Justin Lin

L’essentiel
Le dernier opus de Star Trek est aimablement modeste et divertissant.

Malgré son sujet -et son titre- kamikaze, Star Trek Sans limites évoque une certaine routine. L'USS Enterprise crashé, l'équipage dispersé et son unité menacée par un grand méchant aux motivations mystérieuses... Mais Sans limites ne met pas tant que ça les membres de l'Enterprise à l'épreuve de la désintégration. Espace réduit (il y a trois décors différents), enjeux réduits : en bon fanboy, Simon Pegg, co-scénariste du film, veut livrer un nouvel épisode de la franchise dans tout ce qu'elle a d'épisodique. La visée est modeste, Kirk, Spock et les autres ont une mission à accomplir, qui est à la fois routinière et exceptionnelle. Routinière parce que c'est le job des membres de Starfleet, après tout. Exceptionnelle parce que Kirk and Co vont être face à divers challenges personnels. Justin Lin, nouveau réalisateur de la franchise venu de Fast & Furious, se met en sourdine et emballe le film avec métier.
Sylvestre Picard

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Toni Erdmann ****
De Maren Ade

L’essentiel
« Palme du cœur » d’une bonne partie de la presse (nous compris), Toni Erdmann fut LA découverte enchanteresse de Cannes dernier.

Winfried, un père facétieux « s’invite » dans la vie organisée de sa fille, Ines, distante et malheureuse, en s’inventant le personnage de Toni Erdmann, un vieux beau portant perruque et dentier apparent.

C’est le début d’une histoire incongrue qui voit la fiction envahir le réel (Winfried multiplie les apparitions grotesques lors des rendez-vous amicaux et professionnels d’Ines) pour un résultat d’une prodigieuse évidence : Toni Erdmann est au fond le portrait d’un papa qui réenchante le quotidien pour sa petite fille dont la manie du contrôle n’est que la manifestation de sa peur d’affronter la vie et d’admettre que son travail de conseil en restructuration d’entreprises est d’un cynisme effrayant. De l’émotion, du rire, de l’amour : en 2h42 (oui, c’est long mais on ne s’ennuie pas une seconde), le film se présente comme un condensé de vie, une pilule euphorisante qui donne à reconsidérer l’essentiel. Naïf ? Peut-être. Maren Ade, remarquée pour Everyone Else, qui brouillait déjà les pistes du conformisme (amoureux), n’est pas dupe. Elle ne cherche pas à convaincre mais à modifier notre regard sur un monde occidental obsédé par la performance et le résultat. Car le sujet du film est bien ici cette self-made-woman incapable d’empathie, qui oblige son amant à se masturber devant elle ou qui refuse à son père le droit de l’aimer. Parfaite inconnue chez nous, Sandra Hüller a scandaleusement été ignorée par les jurés cannois. Réservez-lui l’accueil qu’elle mérite.
Christophe Narbonne

Dernier train pour Busan ****
De Yeong Sang-ho

Un virus zombie se répand dans un train à haute vitesse.
 Avec Zombie, George Romero faisait d’un centre commercial américain le miroir de la société de consommation. Trente-huit ans après, pour brocarder la course au profit individualiste du capitalisme moderne, Yeon Sang-ho embarque les zombies dans un TGV sud-coréen. L’humanité est résumée aux passagers du train, façon Snowpiercer, avec ses différentes classes sociales qui, pour survivre, s’affrontent, et s’entraident parfois. La menace est intérieure : chacun couve en lui un zombie potentiel, il suffit de se faire mordre par l’une de ces créatures aussi véloces que désarticulées. Elles évoluent en nuées chaotiques, se marchent dessus comme une foule le jour d’ouverture des soldes, l’œil vitreux. Malgré un budget CGI limité, le film dégage une puissance folle. Hyperinventif dans la gestion de l’espace, le conte politique parvient même à émouvoir avec le parcours d’un père découvrant qu’il passe à côté de sa fille par aveuglement cupide. Une pépite.
Eric Vernay

Moka **
De Frédéric Mermoud

Réalisateur de l’émouvant Complices, Frédéric Mermoud récidive avec un thriller intimiste qui prend la forme d’une quête existentielle pour l’héroïne. A priori dépressive, Diane se met ainsi à épier un couple qui habite Évian, car elle le soupçonne d’être à l’origine d’un drame dont son fils a été victime. Son comportement obsessionnel, proche de la morbidité, que Mermoud met en scène avec l’ambiguïté requise, constitue tout l’intérêt d’un film qu’on aurait souhaité plus tendu : en multipliant les scènes de filature et de guet, le cinéaste suisse dilue un peu la tension. Le face-à-face entre Devos et Baye est, lui, là où on l’attend, c’est-à-dire dans le registre de l’émotion pure.
Christophe Narbonne

Et aussi
Instinct de survie - The Shallows de Jaume Collet-Serra
Peter et Elliott le dragon de David Lowery
Hors contrôle de Jake Szymanski
El Acompanante de Pavel Giroud

Et les reprises de
Talons Aiguilles de Pedro Almodovar
Predator de John McTiernan
La Ligne rouge de Terrence Malick
Dieu seul le sait de John Huston