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Avec Sea no sex & sun, Christophe Turpin, scénariste acclamé (Jean-Philippe, JCVD, L'Amour dure trois ans…), passe à la réalisation. Une comédie mélancolique et estivale portée par le trio Fred Testot/Antoine Duléry/Arthur Mazet qui n'avait pas vraiment convaincu nos critiques : beau joueur, il répond point par point au papier de Première, et défend son film avec conviction. Tout en nous parlant de son amour du cinéma fantastique, des clins d’œil 80’s semés dans son premier film et de sa bande originale pointue.Propos recueillis par Sylvestre Picard.Critique : "Dans la catégorie "film de vacances", Sea no sex & sun se rapproche davantage de L'Hôtel de la plage de Michel Lang que de Pauline à la plage d'Eric Rohmer"Christophe Turpin : "Ca ne me dérange pas d'être comparé à Michel Lang. Mais je ne comprends pas la référence à Rohmer : pourquoi faudrait-il que mon film ressemble à du Rohmer pour être réussi ? Rohmer est loin d’être un de mes cinéastes préférés. Pour moi les grands ce sont Steven Spielberg et John Carpenter. Je n'ai pas été élevé à la Nouvelle vague, qui reste une référence inattaquable dans la presse. Et mon film n'est pas littéraire. J'aurais eu Mathieu Amalric au casting, j'aurais eu une étoile de plus à ma critique, c’est ça que ça veut dire ?  Par contre, et ça va faire hurler, après le tournage j'ai revu Camping d'Onteniente, et j’ai remarqué que mon film n'en était pas si éloigné. Si tu cherches à tout prix une comparaison, alors disons que je suis pile poil entre Rohmer et Camping. Ma culture, c'est le cinéma fantastique et d'horreur, pas du tout le cinéma d'auteur français. Je ne me sens pas d'affinités avec des cinéastes comme Christophe Honoré ou Emmanuel Mouret.""Les personnages manquent d'épaisseur""Les personnages ne sont pas faciles, ils sont un peu antipathiques. Mais c'est le problème du film : certains le trouvent touchant, agréable et léger, et d'autres le trouvent plutôt déprimant... C'est une question d'a priori. Pour Jean-Philippe, les réactions à sa sortie étaient étonnantes : "je m'attendais à une grosse merde, en fait c'est un bon film". Pareil pour Sea no sex & sun. Un internaute a écrit : "je m'attendais à une grosse comédie pas terrible, en fait j'ai été plutôt surpris". Sur ce coup, je n’avais pas le cinéma commercial comme horizon. Je préfère un road movie familial comme Bonjour les vacances (1983) d’Harold Ramis avec Chevy Chase plutôt que Little Miss Sunshine qui me paraît un peu fabriqué."Les acteurs [manquent] de spontanéité""Bon, il n'a pas tout à fait tort. Certaines séquences sont trop écrites et les comédiens sont parfois trop retenus. C’est de ma faute : je ne voulais pas que ça parte en vrille. Du coup, je les ai beaucoup dirigés, en leur laissant peu d'impro. T’imagines quand tu as des acteurs comme Julie Ferrier et Fred Testot, qui viennent des planches et de la télé… Mais sur les acteurs, je suis frappé que personne ne remarque leurs costumes. J’ai planqué des messages subliminaux sur leurs t-shirts. Des références aux Dents de la mer, à Rencontres du troisième type en passant par Indiana Jones. Ca peut paraître mineur, mais je suis atterré de la manière dont sont fringués les personnages des films français aujourd'hui, vachement tape-à-l'oeil. Dans les films de Danièle Thompson, ils sont tous avec des chemises bariolées horribles"."Le scénario [manque] de rigueur""Là, par contre, je ne suis pas d'accord. J’ai énormément travaillé la construction. Le scénario est très écrit : si vous regardez bien le film, vous verrez que les personnages du jeune, du père et du divorcé représentent en fait le même personnage à trois époques de sa vie. Il y a plein de subtilités dans le script - et cette confusion des âges se retrouve dans les trois personnages féminins, avec Daphné Chollet/Julie Ferrier/Anouk Grinberg... Mais j'ai fait le choix de laisser ça en sourdine, de ne pas en rajouter dans l’interprétation. Ca aurait été un autre film. J'ai écrit les trois histoires séparément et je les ai reliées ensuite, et pour que les trois personnages se retrouvent tous à la fin sur ce parking, ça a été un vrai boulot. Sea, no sex and sun, est une comédie dramatique pure, qui lorgne du côté de Sideways ou de Garden State... Cela dit, le film étant vendu comme une grosse comédie, avec Fred sur l'affiche, ça peut déstabiliser. ""La mise en scène [manque] de personnalité""Faux. Mon film n'est pas ultra-moderne dans sa mise en scène, c'est vrai, j’accepte même qu’on dise vieillot. Mais j'ai storyboardé moi-même 20% du film, et j'ai voulu mettre un point de vue dans chaque séquence. Il y a cette séquence où je filme Duléry et Daphné de nuit dans la voiture depuis la banquette arrière, j'ai volontairement fait un plan-séquence... On m’a aussi reproché d’avoir fait un film un peu lent. Moi, au contraire, j'ai l'impression que ça va vite – j’ai même coupé dix minutes au montage. Visuellement, on est en 35mm et pas en DV pourrie, on a utilisé de très beaux paysages auxquels on a essayé de rendre justice... Et la musique, personne n'en parle ? On a une BO démente, avec des groupes comme Left Banke, Pale Fountain... Un regret : je voulais utiliser Starman de David Bowie comme leitmotiv, mais les droits étaient beaucoup trop chers. Pareil pour Happy Together des Turtles, mon deuxième choix. J'ai utilisé Wouldn't It Be Nice des Beach Boys. Ca fait partie de la mise en scène tout ça, mais j’ai l’impression que les gens l’oublient. Après, forcément il y a des choses plus classiques comme des dialogues en champ-contre-champ. Mais honnêtement, combien de metteurs en scène ont de vraies personnalités aujourd'hui ? En France, on a Jacques Audiard, et c'est tout. Alors quand on me dit que « ça manque de personnalité » j’ai l’impression que ça ne veut rien dire et que pour le coup, c’est le critique qui en manque un peu.""[Le personnage de Fred Testot] lit Le manuel du puceau de Riad Sattouf dont Christophe Turpin aurait bien fait de s'inspirer""C'est marrant, car le rôle d'Alex était tenu à l'origine par Vincent Lacoste, qui jouait dans Les Beaux gosses. Et il y a Anthony Sonigo dans un petit rôle. Mais si on parle de Sattouf, le film fait plus référence à sa BD Les Pauvres aventures de Jérémie... Mon fantasme c'est d'adapter Le Club des cinq. J'avais d'ailleurs écrit un scénario un peu entre les Goonies et Le Club des cinq en 2004. Un projet très difficile à monter. Maintenant que Les Vacances de Ducobu est sorti, avec son histoire de chasse au trésor pour mômes, c'est un peu foutu. J'avais aussi un projet de film fantastique, une espèce de Body Snatchers dans un pensionnat... Mais avec tous les films de genre français qui se sont plantés récemment, il est quasiment impossible de monter un film fantastique en ce moment. En plus, parfois la critique de film est trop militante. Tu peux être sûr que la presse va adorer le dernier Tim Burton. Pourtant, objectivement, Burton n'a pas fait un bon film depuis Big Fish. Mais bon, il a la carte."