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Vous avez écrit trois super biopics dans les années 90 (Ed Wood, Larry Flynt, Man on the Moon) à une époque où le genre ne dominait pas encore Hollywood, contrairement à aujourd’hui. Comment avez-vous vécu cette inflation ?On se sent un peu responsables ! Quand on a commencé, le biopic était réservé aux grands hommes - Abraham Lincoln ou le Mahatma Gandhi… Avec Ed Wood, on a décidé de s’intéresser à la deuxième division. De célébrer les marginaux. « Vous ne connaissez sans doute pas ce type, mais vous allez adorer passer deux heures avec lui. » Un peu comme cette émission, Behind the music. Ils n’y parlent pas de Pink Floyd, mais de ce groupe qui un jour a fait la première partie de Pink Floyd puis s’est séparé avant d’enregistrer son deuxième morceau… On a lancé l’idée que tout le monde avait potentiellement droit à son biopic. Et aujourd’hui, c’est effectivement le cas…C’est pour ça que vous vous êtes intéressés à Margaret Keane cette fois-ci ? Pour renverser la vapeur en vous penchant sur une artiste populaire ?Pas du tout ! Margaret Keane était peut-être très célèbre au début des années 60, mais elle avait complètement sombré dans l’oubli depuis. C’est comme Larry Flynt, que tout le monde prenait pour un banal pornographe avant qu’on écrive notre film, ou Andy Kaufman (héros de Man on the Moon), réduit à ses apparitions rigolotes dans la série Taxi. On fait des tonnes de recherches pour révéler la complexité de nos « sujets », mais le temps que le film arrive en salles, le spectateur a déjà lu plein d’articles de presse paraphrasant nos scripts. C’est comme un microscope électronique : la seule façon de voir l’objet est de braquer un projecteur dessus, mais en braquant un projecteur dessus, tu changes la nature de l’objet.Il y a vingt ans, dans Ed Wood, Tim Burton faisait le portrait d’un outsider farfelu. Aujourd’hui, il raconte l’histoire de Margaret Keane, peintre kitsch dont les œuvres sont devenues un produit de consommation courante en étant imprimées sur des mugs ou des posters. Les deux films forment un résumé fulgurant de sa carrière, non ?Sans doute. Tim était ce jeune gars bizarre venu de Burbank aux obsessions très personnelles. En chemin, il a su rendre ses marottes universelles et il est devenu une marque… Il faudrait lui demander l’effet que ça fait. Mais fondamentalement, il reste ce type à la Ed Wood : sincèrement passionné, constamment enthousiaste, fan de vieux films d’horreur. Un Ed Wood avec plus de talent.>> Big Eyes : Tim Burton sacré Oscar du meilleur réalisateur alors qu'il n'a jamais été nommé">>>> Big Eyes : Tim Burton sacré Oscar du meilleur réalisateur alors qu'il n'a jamais été nomméLe film explique comment Walter Keane s’est emparé des toiles de Margaret pour apposer son nom dessus et s’attirer tous les honneurs. Une parabole des relations entre le scénariste et le metteur en scène ?Surtout des relations entre les artistes et les studios. Ce sont eux qui ont le copyright de Big Eyes, pas nous. Et c’est vrai qu’on ressemble un peu à Margaret : enfermés dans notre petit bureau, contraints de gratter du papier du matin au soir…Et à part ça, vous avez vu de bons biopics récemment ?(long, très long silence) Hum… Boyhood, ça compte ?Interview Frédéric FoubertBig Eyes de Tim Burton avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston, Jason Schwartzman sort le 18 mars dans les salles