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Les films cultes des années 80 résistent-ils à l'épreuve du Blu-ray, des copies restaurées et des téléviseurs 4K ? Highlander et Rusty James -disponibles dans de magnifiques rééditions- tentent le quickening.

D’un côté Matt Dillon, les marcels blancs, le piano hypnotique de Stewart Copeland et le noir et blanc arty de Coppola. De l’autre Christophe Lambert, les épées moyenâgeuses, les guitares hurlantes de Queen et les néons de Mulcahy. Des vestiges, tout ça ? Vraiment ? Dans Aquarius, l’un des plus beaux films de l’an passé, la sexagénaire Sonia Braga faisait remarquer à sa fille cadette que les jeunes de l’époque opéraient un drôle de distinguo vis à vis des choses anciennes: “Quand ca ne vous plait pas vous dites que c’est “vieillot”, et quand vous les appréciez vous trouvez ça “vintage”!”. Vieillot ou vintage, une frontière sujette à engueulades donc, qui concerne à peu près tout : les lampes de chevets comme les pop songs, les grilles-pains comme les films - ou tout du moins ceux qui auront bien voulu se caler dans l’esthétique de leur époque. Reniflons un instant l’air du temps si vous le voulez bien. Nous sommes donc en 2017, ça file hein, et le monde qui nous entoure n’a jamais autant célébré les 80’s, décennie longtemps considérée comme un véritable repoussoir visuel. Les néons, le look Amblin, les synthés, les montres Casio et les Air Jordan sont les motifs délicieusement “vintage” et fondamentalement mainstream de là, maintenant tout de suite. Les gens réclament du revival 80’s partout, dans leur garde-robe, en musique, en série et au cinéma…Mais, comme il y a le bon et le mauvais chasseur, s’installe l’idée qu’il y aurait aussi le bon et le mauvais artefact 80’s, séparant ainsi ce qui est “joliment rétro” de ce qui serait “terriblement daté”. L’actualité blu-ray nous incite ce mois ci à réfléchir à ça, à ce fossé pas simple à distinguer entre le cinéma vieillot et cinéma vintage et ce qu’il raconte sur les différentes vies d’une oeuvre. Déboulent ainsi au même moment dans les rayons des revendeurs, deux films étendards du look 80’s : Rusty James de Francis Ford Coppola et Highlander de Russell Mulcahy. Les deux oeuvres ont la particularité d’avoir marché à peu près nulle part, sauf en France, lors de leurs sorties respectives en salles et de s’être taillées ensuite une réputation monstre en vidéo. Des oeuvres dites générationnelles, capitales pour ceux qui les ont vus au moment où il fallait les voir - toujours difficile de définir quand la date de péremption a pris fin mais c’était il y a longtemps. L’une est signée par un immense génie du cinéma alors au creux de la vague, l’autre par un jeune clipper australien qui suscitait à l’époque bien des espoirs, avant de passer le reste de sa carrière à les piétiner allègrement. D’un côté un pur film d’auteur et noir et blanc, de l’autre une épopée fantasy ultra-bariolée, mais au coeur de ses deux projets le même désir d’imaginer un vertige stylistique qui collait pile à son temps. Considérés tous deux comme des reliquats pas simples à revoir, Highlander et Rusty James pourraient-ils connaître une seconde vie à l’heure des télés 4K et de la nostalgie 80’s ?

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Double impact
La technique a son importance: redécouvrir ces deux films là, aussi exagérément lookés, dans des copies HD absolument irréprochables (sauf pour les quelques plans supplémentaires issus de la Director’s Cut d’Highlander, mais c’est un détail) incite à recalibrer toutes nos attentes. Les vignettes sur fond de fumigène et d’objectifs grands angles ont beau inscrire les films dans leur époque, elles n’en sont pas moins incroyablement impactantes une fois qu’elles ont été parfaitement dépoussiérées. Au final, cette précision maniaque des transferts transforme l’expédition archéologique redoutée en dialogue entre deux espaces-temps. Il est par exemple amusant de constater, qu’une fois ses couleurs et son piqué retrouvés, l’ouverture d’Highlander (en Blu-ray chez Studiocanal) rythmée par un montage ultra cut et les flashs des appareils photo, et se concluant par un mouvement à la Louma stupéfiant - où l’on parcourt tout le Madison Square Garden pour finir sur Lambert seul sur son siège -, dame encore le pion en terme d’efficacité, de production value, d’imagination et d’ampleur, à 90% des blockbusters contemporains. Toujours porté par sa mythologie solide, le film brille essentiellement par cette envie d’en découdre, de plonger l’avant-garde et l’abstraction dans le cinéma d’action, le faisant ainsi raccorder avec une poignée de grands films contemporains et high tech, de Mad Max Fury Road à Hacker en passant par le Tintin de Spielberg . De la même manière les contrastes rugissants et l’énergie video-clip de Rusty James -disponible dès maintenant chez Wild Side dans une grosse édition collector- procurent aujourd'hui à peu près les mêmes frissons rock qu’un film ultra-moderne comme Spring Breakers. Envisagé comme un hommage évident à La Fureur de vivre, le film conserve une place d’honneur dans l’anthologie des grands films sur le mal-être ado. Ca ne pourrait pas être aussi puissant sans ses gimmicks typiquement 80’s qui donnent l’impression vivace de se retrouver bloqués dans la tête d’un môme de l'époque.

Ni vintages, ni vieillots
Ayant perdu une grande part de leur rutilance visuelle en VHS ou DVD et parce qu’ils avaient été pillés de tous les côtés par les pubards, les faiseurs de clips, et les nanars cinés, les deux films s’étaient fait littéralement essorés comme des citrons par leur époque. Trop à la mode, trop dans l’air du temps, ils avaient fini par être rangés dans une malle poussiéreuse au milieu d’une paire de Reebok Pump et d’un vinyl de Cindy Lauper. Aujourd’hui on ne retient pourtant plus que la singularité et l’énergie de leur style, et leurs défauts, évidents, ne s’appliquent absolument pas à une grille de lecture séparant ce qui est daté de ce qui ne l’est pas. Trop théâtral dans son dispositif scénique et sa façon de faire déclamer ses acteurs, trop chargé dans sa métaphore du temps qui passe (tiens, tiens) Rusty James laisse probablement entrevoir les même problèmes qu’au moment de sa sortie. Pareil pour Highlander, dont les griefs sont essentiellement imputables à la difficulté qu'a toujours eu Mulcahy d’infuser un peu de dynamique ciné à son découpage. Virtuose de la vignette qui arrache, l’australien a beaucoup de mal à penser ses enchaînements de plans de manière musicale, et se rapproche plus de ce point de vue là d’un pur imagier façon Tim Burton que d’un véritable cinéaste. Le passage du temps n’y est pas pour grand-chose dans ces soucis-là. La distance désormais énorme qui nous sépare de ces films nous aide en revanche à y voir plus clair quant à la véritable nature de ces deux objets imparfaits, à les décortiquer comme des films et à ne plus les regarder comme des souvenirs. Ils sont autant des manifestes esthétiques que des témoignages précieux sur leur époque, et maintenant que l’air du temps a fini par tourner dans leur sens ils peuvent tranquillement repasser du grenier à notre salon. Ni vintages, parce que refusant obstinément d’être embaumés, ni vieillots, parce que furieusement visionnaires, Highlander et Rusty James entament aujourd’hui en HD et plus juvéniles que jamais, leur deuxième vie. L’éternité leur appartient.

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