VIDEOS - Retour sur les plus grands films de Claude Chabrol
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Claude Chabrol est mort dimanche 12 septembreClaude Chabrol s'est éteint dimanche matin. Retour sur les plus grands films d'un des cinéastes français les plus enragés et les plus truculents.
Lorsque en mai 87, le journal Libération avait demandé à 700 cinéastes du monde entier "Pourquoi filmez-vous ?", la réponse de Claude Chabrol tenait en 4 points. "une part d'infantilisme : construire un univers parallèles avec ses lois propres et ses miracles. Une part d'idéalisme : moraliser cet univers à outrance (...). Une petite part de cynisme (...). Une grosse part d'humour : tout cela en définitive doit être capable de nous faire rire. Je filme parce que je m'éclate en filmant". La méthode Chabrol était résumé en 25 lignes.
Car Claude Chabrol ne fut pas simplement le quatrième mousquetaire de la Nouvelle Vague (avec Godard, Truffaut et Rohmer). C'était d'abord un héritier de Courteline et Labiche, un cinéaste à l'humour féroce (d'où le gout affirmé pour la caricature et une pointe de vulgarité) qui tournait des films réalistes mais en chaussant les verres grossissant de la satire et de la bouffonnerie. Son champ d'investigation favori ? La bourgeoisie et la carte du tendre qu'il ne respectaient pas et dont il traquait les mesquineries. Pendant plus de 50 ans, des Bonnes Femmes à Madame Bovary, de Que la bête meure à Masques, Claude Chabrol s'est amusé à dénoncer les travers de la nature humaine... Retour en images sur ses films les plus célèbres
- Le Beau Serge
Avec Gérard Blain, Jean-Claude Brialy et Bernadette Laffont
Le film : François le citadin (Brialy) rentre dans son village natale et voit son ami Serge sombrer dans l’alcoolisme. Il décide de le sauver de sa déchéance
Réaliser grâce à un héritage, ce premier film étonnament maitrisé marque le début officiel de la Nouvelle vague. Chabrol est en effet le premier critique des Cahiers du Cinéma à oser (ou pouvoir) passer derrière la caméra. Plus qu’un film, Le Beau Serge reste donc un symbole, une date. - Les Bonnes femmes
Avec Bernadette Laffont et Stéphane Audran
Le film : Les rêves et le quotidien de quatre vendeuses d’un grand magasin
Quatrième film de Chabrol, le film sort au début des anées 60 avec une interdiction aux moins de 18 ans. A la fois sommet du mouvement et début du déclin (il est contemporain d’A Bout de souffle de Godard), Les Bonnes femmes est une chronique satirique qui montre des femmes s’abandonnées à la rêverie ou à la consommation pour fuir leurs conditions misérables... Fuyant le moralisme ou l’idéologie, Chabrol enregistre son époque et déclenche la foudre de la critique :
“Un remugle de putréfaction” écrira le journal L’Humanité à sa sortie. Aujourd’hui c’est un classique et sans doute le film le plus célèbre de son auteur aux US. - L'Oeil du malin
Avec Jacques Charrier et Stéphane Audran
Le film : Un journaliste cynique (Jacques Charrier) va, pour le plaisir, tenter de détruire le bonheur d’un couple et sombrer dans un jeu de manipulation qui mènera à la mort...
Après l’échec des Bonnes femmes, Chabrol s’enfonce dans une période plus expérimentale et plus sombre. Qui commence avec l’oeil du Malin, une oeuvre étrange, aux confins du fantastique, qui grâce à la mise en scène mélodramatique et au commentaire off de Jacques Charrier, traque la frontière entre la vérité et le mensonge. Charrier promène sa lassitude cynique face à une Stéphane Audran impérieuse. - La Femme infidèle
Avec : Stéphane Audran, Maurice Ronet, Michel Bouquet
Charles et Hélène forment un couple apparemment heureux et sans histoire. Mais lorsqu’il apprend qu’elle a un amant, il le tue. Rien n’est dit entre le mari et la femme jusqu’à ce que la police s’en mêle
Extraordinaire mise en scène de Chabrol qui réussit ici un tour de force dans la subtilité psychologique la cruauté feutrée et la tendresse paradoxale qui unit le mari et sa femme. Dans la pure tradition hitchcockienne, Chabrol réussit un thriller conjugal infernal et un portrait de la France 70's au vitriol. Les acteurs (Audran, Bouquet et Ronet) sont remarquables - Que la bête meure
Avec : Jean Yanne, Michel Duchaussoy et Caroline Cellier
Le film : Charles Thénier veut venger la mort de son fils écrasé par un chauffard qui a pris la fuite. Il se trouve un jour face à Paul Decourt, garagiste vulgaire et grossier qui tyrannise sa famille... S’engage alors un rapport de force trouble et machiavélique entre les deux hommes.
Ambigu, cruel, ce polar (sans doute le meilleur de Chabrol) possède unemécanique glacée digne des maîtres Lang ou Hitchcock. Mais Chabrol y rajoute une dimension satirique et fait de Jean Yanne une synthèse de la France poujadiste et petite-bourgeoise repoussante. En récupérant Jean Yanne dans sa galerie de portraits, Chabrol prouvait que son art de moraliste était d'abord un long échantillonnage de goujats, de lâches et d'imbécile - Le Boucher
Avec Stéphane Audran et Jean Yanne
Le film : Hélène, la directrice de l'école, est instruite, belle et libérée. Popaul est boucher, fruste, revenu de toutes ces guerres qui laissent le goût du sang. Mais on peut tuer et tomber amoureux.
Deuxième film du tandem Chabrol / Jean Yanne, cette oeuvre est une peinture millimétrée de la province, une grande histoire d'amour ratée et surtout le portrait presque tendre d'un assassin. D’une précision chirurgicale, ce Chabrol-là, avec son apparence de bonnes franquette et ses fragrances villageoises est sans doute le plus représentatif de son art satirique et sans merci. Un classique. - Violette Noziere
Avec : Isabelle Huppert et Stephane Audran
Le film : 1933. Violette Nozière est une jeune fille qui, pour fuir la misère de sa famille se prostitue. Elle tombe malade et pour l’amour d’un gigolo, décide de tuer ses parents... Violette sera condamnée à mort avant d’être réhabilitée.
Par petites touches, Claude Chabrol reconstitue le climat social et l'atmosphère étouffante dans lesquels grandit Violette. Il n'explique rien, il montre : libre aux spectateurs de porter un jugement. 16 ans avant La Cérémonie, Chabrol s'empare d'un fait divers et d'Isabelle Huppert pour signer un classique ambigu et terriblement mortifère.
Chabrol ajoute donc un monstre pas comme les autres à sa galerie d'ordures déjà longue comme le bras, mais il rencontre surtout l'une des actrices phares de son cinéma...
- Poulet au vinaigre
Avec : Jean Poiret, Stéphane Audran
Le film : Une petite ville de province, avec ses mesquineries et ses turpitudes. Un homme meurt et une femme disparaît. L'inspecteur Lavardin débarque pour enquêter, avec ses méthodes peu conformes...
Après avoir enchaînés les bides 70’s, ses bides régionalistes (Le Cheval d’orgueil) et une adaptation simenonienne qui n’a pas pris, Chabrol tente de renouer avec le succès. Ca passera par ce film, à la fois grand public (Poiret, star du Boulevard) et terriblement chabrolien. Chabrol est un pourfendeur des moeurs bourgeoises, mais c’est d'abord un cinéaste, ayant un sens inné du découpage, et du casting - à chaque fois, une brochette savoureuse d'acteurs. L’intrigue (dense et ironique sinon très originale) tient en haleine et Jean Poiret trouve son plus grand rôle de cinéma. La bande-annonce vintage est un délice ! - Masques
Avec : Philippe Noiret, Bernadette Laffont...
Le film : Christian Legagneur est un animateur vedette de la télé. Quand Roland Wolf, un jeune journaliste, s'installe chez le présentateur pour rédiger sa biographie, il découvre un inquiétant petit monde.
Télévore, il fallait bien que Chabrol se paie le petit écran. C'est fait avec ce polar savamment huilé qui égratigne joyeusement le milieu de la télévision. Mais plus que la télé, Chabrol s’attaque frontalement à la société du spectacle, anesthésiée, qui vit sous des masques. Claude Chabrol donne libre cours à son ironique perversité et signe une farce moraliste au vitriol portée par une faune d’acteur incroyable : Bernadette Lafont, Monique Chaumette. Mais c'est Philippe Noiret qui dirige ce ballet de faux-semblants et de faux-culs.
Pour l’anecdote, le personnage principal est inspiré par Jacques Crozemarie, comme le révèle Chabrol lui-même dans cette vidéo - Madame Bovary
Avec : Isabelle Huppert
Le film : Adaptation fidèle du classique de Flaubert
Trop fidèle ? Il y avait déjà beaucoup de Madame Bovary chez Violette (Nozière) et chez Marie, l'avorteuse d'Une affaire de femmes. Ces deux-là ont préparé le terrain et il était presque naturelle qu’Isabelle Huppert et Chabrol, le plus flaubertien des cinéastes s’attaque fidèlement à Emma. Lors de la sortie du film, cette fidélité lui fut reprochée. Rétrospectivement, c'est pourtant l'ironie de la comédienne et du cinéaste qui saute aux yeux. Loin d’être académique cette adaptation est explosive, et démine constamment le piège du mélo. Du grand art - La Cérémonie
Avec : Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert
Le film : Sophie est engagée comme domestique dans la grande maison des Lelièvre. Malgré son comportement distant, elle plaît à ses employeurs. Elle a pour seule amie Jeanne, la postière du coin.
Dès le début, la tension est là. Pourtant, rien de spécial : d'un côté la bourgeoisie de province, de l'autre Sophie et ses sorties avec Jeanne (Huppert et Bonnaire, sensationnelles). Tout paraît clair, mais rien n'est simple, chacun dissimulant quelque chose. Sophie camoufle son analphabétisme ; Jeanne son passé. Et ce sont ces secrets qui vont faire imploser le tableau idyllique. Peinture violente des rapports de classes, chronique corrosive des moeurs, La Cérémonie est un chef d'oeuvre. - Merci pour le chocolat
Avec : Isabelle Huppert et Anna Mouglalis
Le film : avec son titre qui ressemble à une formule de politesse, Merci pour le chocolat appartient à la catégorie des grands Chabrol. Le cinéaste concentre tout ce qui l'inspire le plus : le mal, le faux et...Isabelle Huppert. En héritière d'une grande famille de chocolatiers suisses, elle est géniale. C'est à travers elle qu'il regarde le charme discret de la (haute) bourgeoisie pour mieux le désosser. Derrière l'onctuosité de sa mise en scène, il révèle des abimes de frustrations. Un grand cru
- La fleur du mal
Avec : Nathalie Baye et Benoit Magimel
Le film :Deux crimes à 50 ans d'écart vont bouleverser une famille bordelaise et bien bourgeoise.
Tout est là : la province française, la famille bourgeoise et le crime. Avec, en plus, une référence à l'Occupation, période qui a toujours passionné le cinéaste. Bref, Chabrol fait du Chabrol avec un sens de l'humour et une férocité qu'on lui connait. S'ilm manque un peu de mystère et surtout un vrai scénario, son sens du burlesque et du cocasse emporte toujours la mise. Et Baye est formidable.

Claude Chabrol s'est éteint dimanche matin. Retour sur les plus grands films d'un des cinéastes français les plus enragés et les plus truculents.
Lorsque en mai 87, le journal Libération avait demandé à 700 cinéastes du monde entier "Pourquoi filmez-vous ?", la réponse de Claude Chabrol tenait en 4 points. "une part d'infantilisme : construire un univers parallèles avec ses lois propres et ses miracles. Une part d'idéalisme : moraliser cet univers à outrance 5...). Une petite part de cynisme (...). Une grosse part d'humour : tout cela en définitive doit être capable de nous faire rire. Je filme parce que je m'éclate en filmant". La méthode Chabrol était résumé en 25 lignes.
Car Claude Chabrol ne fut pas simplement le quatrième mousquetaire de la Nouvelle Vague (avec Godard, Truffaut et Rohmer). C'était d'abord un héritier de Courteline et Labiche, un cinéaste à l'humour féroce (d'où le gout affirmé pour la caricature et une pointe de vulgarité) qui tournait des films réalistes mais en chaussant les verres grossissant de la satire et de la bouffonnerie. Son champ d'investigation favori ? La bourgeoisie et la carte du tendre qu'il ne respectaient pas et dont il traquait les mesquineries. Pendant plus de 50 ans, des Bonnes Femmes à Madame Bovary, de Que la bête meure à Masques, Claude Chabrol s'est amusé à dénoncer les travers de la nature humaine... Retour en images sur ses films les plus célèbres
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