Portrait d'un second rôle essentiel, Bill Nighy
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L'histoire primordiale des rôles secondairesEpisode 2 : Bill Nighy
“Pattern”, “rythme” et “mélodie” : Bill Nighy est un second rôle essentiel qui parle de sa carrière comme un musicien.
Au fond, le second rôle est un peu comme le bassiste du film, celui qui imprime le phrasé, soutient l’équilibre et, depuis le fond du cadre, raccroche les wagons des frontmen. Dandysme machiavélique, élégance brit et ironie cinglante, Bill Nighy fait penser à John Entwistle qui alignait les lignes de basse pour soutenir l'édifice des Who, empêchant les sessions de sombrer dans le chaos absolu. Un peu comme les perfs de Nighy qui sauvent ces temps-ci les pires blockblusters du naufrage (La Colère des Titans récemment). C'est son registre depuis quelques années : on l'a vu en Dracula Lee dans Underworld, dans le rôle d'un pirate à tête de calamar dans Pirates des Caraïbes le secret du coffre maudit ou dans celui du Dieu boiteux dans l'homérique Colère des Titans... A chaque fois, il apporte une folie rock à tous ces rôles : dandysme dark chez les vampires, hybris 60's chez les pirates (et avec un personnage nommé Davy Jones, on n'est pas très loin des Monkees) ou délire roots sur l'Olympe.
Assis dans un hotel chic parisien, avec son costard slim qui irait comme un gant au Jagger 60’s, il valide la métaphore. “C’est marrant parce que pour moi la musique est finalement plus importante que l’acting. J’entends mes camarades de jeu citer De Niro ou Pacino comme mentors... Si je dois m’en choisir un, c’est Bob Dylan. Il reste l’inspiration la plus importante de ma vie - tous mediums confondus. Je te parle de réalité, hein, de la personne dont l’oeuvre m’inspire, où je puise les choses les plus essentielles à mon travail ou ma vie. Bob is the greatest”.
La musique plus forte que tout ? “Sans hésiter. Je préfère les Stones à Shakespeare. Pourquoi ? Comme disait Sir Keith Richards à propos de Mozart : au fond, son problème c’est qu’il n’a pas de batteur. Shakespeare, pour moi c’est pareil”. De la basse à la batterie, au fond, tout est donc question de rythme. De là sans doute cette incroyable présence, cette force tellurique qu’il imprime à tous ses rôles et ce phrasé laid-back : “tous mes rôles se nourrissent de musique pour le rythme, la démarche, la diction. Quand tu me vois à l’écran, pense que je viens juste de me passer une chanson de Marvin Gaye ou de John Lee Hooker dans mon trailer. Ca te donne une inspiration vraiment différente”.Pas un hasard donc si Bill Nighy est devenu célèbre en incarnant trois rockers déments et dissolus : dans Still Crazy, en 1998, il était le frontman Ray Simms, héros du supergroup 70’s Strange Fruit. 5 ans plus tard, il décolle avec Billy Mack le rocker lessivé de Love Actually. Avant de décrocher le rôle de Good Morning England. Mais plus que l’incarnation du rocker, ce qu’il vise c’est un état d’esprit, une attitude, une façon de bouger “Les chanteurs qui sur scène, peuvent faire le grand écart et revenir sur le backbeat comme Prince ou James Brown m’impressionnent vraiment. Ils ont mon respect éternel. Prince surtout : il peut revenir en chantant et en jouant de la guitare... Et puis, il est tellement sharp et sexy”
Même s’il n’est jamais héros au sens propre du terme (c'est la définition du second rôle et ça l'amuse même un peu “la seule pattern de ma carrière, la seule récurrence ce serait plutôt d'être l'anti-héros”), sharp (affuté) et sexy pourrait être une bonne définition de ce qu’il fait/est dans les films. Dans Indian Palace, il est aiguisé dès le début, et, passant du type comprimé par sa femme à une libération totale, devient étrangement fascinant sans rien faire (son jeu se résume à des apparitions mutiques et mélancoliques). On n’a pas dit qu’il était le Prince de ce mélo indien, mais son trou noir mystérieux et l’atout structurant du film, ça, sans problème. Sa ligne de basse en somme...
Par Gaël Golhen
Love Actually de Richard CurtisLove Actually de Richard Curtis
Son rôle : pas vraiment un second rôle, mais pas vraiment un premier rôle non plus puisque dans cette guimauve chorale une dizaine de stars se partagent l'affiche; pourtant, on ne retient que lui. En rocker vieillissant qui opère un come back improbable avec un tube de Noël ringard, il impose ses marques de fabrique : sens du rythme et ironie fêlée. Il vole même le show à Emma Thompson, Hugh Grant, Liam Neeson ou Claudia Schiffer... C'est le début de la célébrité.
Constant Gardener de Fernando MeirellesConstant Gardener de Fernando Meirelles
Son role : Bernard Pellegrin, chef du desk africain du Foreign Office. C'est la deuxième fois que Nighy joue dans une adaptation de Le Carré (on l'aperçoit dans La Petite fille au tambour de George Roy Hill). Il a au fond la raideur et l'allure kafkaienne du bureaucrate anglais. Mais là, il joue le méchant : sa longue mâchoire décadente, son regard de serpent étaient fait pour incarner la vilénie. Il s'en donne à coeur joie dans le rôle du politicard prêt à tout (et notamment des accords monstrueux avec les labos meurtriers) pour garder le pouvoir.
State of play de David YatesSon rôle :Bill Nighy incarne le rédac chef du journal, journaliste pro à l’ironie mordante et aux sourcils amusés... il émerge lentement comme le comic relief de cette série démente, brute et sèche, avant de devenir le héros de l’ombre et l'un des atouts de ce TV show implacable. Helen Mirren (pourtant super) ne lui arrive pas à la cheville dans la version hollywoodienne de Kevin McDonald
Valkyrie de Bryan SingerSon role : Dans ce Bal des maudits signé Bryan Singer, Bill Nighy joue le général Olbricht, l’un des proches d’Hitler qui hésita au moment crucial du complot. Il lui apporte une dose d'empathie et réussit l'exploit de faire le poids face à un Tom Cruise fulgurant d'ambiguïté en contre-Führer. Son humanité étrange contraste finalement avec la raideur irréelle de Tom.
Shaun of the dead de Edgar WrightSon rôle : Philip, le beau-père de Shaun. Il n’est là que dans quelques scènes, mais on ne retient que lui, passant du type sinistre au mec sympa et finalement au zombie avec un naturel affolant. Nighy, capable de faire le grand écart et de se relever au fond du temps ? Le Prince de la zom’com, c'est lui et sa prestation n'est pas sans évoquer un autre king of comedies, l'autre Bill, Murray.
Pirates des Caraibes : le secret du coffre maudit de Gore VerbinskiPirates des Caraibes : le secret du coffre maudit de Gore Verbinski
Son rôle : Davy Jones, pirates sans coeur à tête de poulpe. L'une de ses nombreuses incursions dans le blockbuster fantastique (on l'a vu en Dracula Lee dans Underworld et récemment en Dieu boiteux dans La Colère des Titans) et de loin la meilleure. Derrière la tonne de SFX, il réussit à créer un personnage essentiel de la saga, grâce à une performance rock fascinante. Il récidivera avec Verbinski en serpent venimeux dans Rango.
Harry Potter et les reliques de la mort de David YatesSon rôle : Il ne manquait plus que lui (tous les seconds rôles anglais étant passés faire un tour à Poudlard). Nighy récupère le rôle de Rufus Scrimgeour, ministre de la magie et homme d'action passé politicien. Il le joue comme un vieux lion blessé (crinière et rugissements de rigueur) et marque le film avec son monologue d’intro impressionnant, retrouvant la puissance des grands orateurs (Churchill en tête) et montrant dès le début des failles qui vont donner de la profondeur à un personnage qui aurait pu être monolithique. Très grande classe.
Indian Palace de John MaddenIndian Palace de John Madden
Son rôle : Douglas, un retraité effacé qui va retrouver l'amour et la joie de vivre lors d'un drôle de voyage indien. Ses errances mystérieuses, son caractère effacé apportent de la nuances et de l'étrangeté à ce film choral, contrebalançant l’assurance de Tom Wilkinson ou celle de Dame Judi Dench (qui conduit le récit). Avec ses attitudes de Dutronc déjanté, victime pas si faible, il donne de la subtilité à un personnage plus compliqué qu'il n'y paraît.

Après John Hawkes, portrait d'un autre second rôle essentiel du cinéma contemporain : Bill Nighy
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