PHOTOS - Le palmarès complet de Cannes 2012, en images et en critiques

27/05/2012 - 21h36
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  • Le palmarès de Cannes 2012 critiquéAmour de Michael HanekeMads Mikkelsen dans La ChasseLes Bêtes du sud sauvageReality de Matteo GarroneAu-delà des collines de Cristian MungiuPost Tenebras Lux de Carlos ReygadasLa Part des anges de Ken Loach
  • Le palmarès de Cannes 2012 critiquéLe palmarès de Cannes 2012 critiqué

    Que vaut le palmarès de Cannes 2012 ? Réponse avec nos critiques des films récompensés, d’Haneke à Mungiu en passant par Vinterberg et Les Bêtes du Sud sauvage


    Amour de Michael Haneke vient de remporter la Palme d’or du Festival de Cannes 2012, sommet d’un palmarès qui a également récompensé le scénario et les actrices d’Au-delà des collines de Cristian Mungiu, Mads Mikkelsen dans La Chasse de Thomas Vinterberg, l'ambitieux Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas... Mais que valent ces films, dont aucun n’est pour l’instant sorti officiellement en France ? Réponse avec nos critiques et reviews !


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  • Amour de Michael HanekeAmour de Michael Haneke

    Palme d'or : Amour de Michael Haneke

    Le pitch : Anne et Georges vivent ensemble dans un bel appartement parisien et forment un couple uni. Quand Anne tombe malade, Georges s’occupe d’elle et tente coute que coute de la maintenir à flot...
     
     Ca vaut quoi ? 2h04 enfermé dans un quatre pièces parisien, ça vous tente ? C’est l’expérience que proposait ce matin Haneke. Huis clos mortifère qui regarde deux vieux en train de crever, Amour (titre pas si ironique que ça) raconte la longue agonie d’Emmanuelle Riva et la survie de Jean-Louis Trintignant. Michael Haneke avec son style clinique, ses plans séquences fixes à la limite du supportable et sa froideur balistique ne fait pas dans la dentelle. Tout y passe : les couches confort d’Emanuelle Riva, ses râles d’agonie, le stoicisme muet de Trintignant, sa violence rentrée qui peut exploser à tout moment...  Amour est un film sur le dépérissement et sur le corps de ces deux icônes vieillissantes - le boitillement de Trintignant, la paralysie progressive de Riva, sa beauté classique qui se fane petit à petit. Un film beckettien qui réduit progressivement deux vies à des emmerdes corporelles (faire pipi, remonter sa culotte après, boire sans pouvoir ouvrir la bouche, cogner son fauteuil contre les murs...).

    Mais c’est plus que ça : en prenant ces deux acteurs de théâtre à la voix si particulière (la voix d’Hiroshima mon amour et celle d’Un homme et une femme), Haneke construit une belle réflexion sur la voix du comédien. Il faut écouter les modulations infinies de Trintignant avancer à plat jusqu’aux finales pour délivrer la nuance ironique, énervée ou triste de son propos dans un dernier sursaut. Cette voix tapie prête à bondir, qui résonne sans sécheresse, voluptueuse et mordante. Et, par contraste, celle d’Emmanuelle Riva qui s’éteint petit à petit pour ne plus devenir qu’un râle de souffrance. La direction au cordeau d’Haneke fait ici merveille. En s’attachant à ce point aux acteurs et à leurs derniers frémissements, l’Autrichien signe son film le plus vibrant et peut-être le plus douloureux. Si Trintignant ou Riva (mon amour) n’ont pas un prix, il faudra gueuler à l’injustice...  

     

    La scène : celle du pigeon. Trintignant tente d’attraper un volatile qui a atterri par erreur dans son appartement. 

     

    Gaël Golhen

  • Mads Mikkelsen dans La ChasseMads Mikkelsen dans La Chasse

    Prix d’interprétation masculine : Mads Mikkelsen dans La Chasse de Thomas Vinterberg

     

    Faut-il avoir des enfants pour aimer le Thomas Vinterberg ? C’est la question qu’on s’est posée à l’issue de la projection de La Chasse hier soir. Après avoir osé dire qu’on trouvait le nouveau film de Thomas Vinterberg extrêmement démago et assez dégueulasse dans sa manipulation du spectateur, une collègue a soudainement tranché : “Tu ne peux pas comprendre tu n’as pas d’enfants”.

     

    Aie. La pire insulte pour un journaliste : l’insensibilité et la froideur comme comble d’assèchement critique. Le manque d’empathie comme perte des sens. Tout à coup, parce que je restais insensible devant le visage paumé d’une gamine de 4 ans, j’étais devenu incapable de comprendre les enjeux du film. Du coup forcément on s’interroge : les cul-de-jatte sont-ils mieux placer pour aimer De Rouille et d’os ? Faut-il avoir été louveteau pour kiffer la petite miniature asphyxiée de Wes Anderson ? Et peut-être que Frédéric Foubert aurait dû se payer des prostituées kenyanes avant d’aller voir  Paradis Amour...

     

    On exagère un peu, mais la réflexion met au fond le doigt sur le problème fondamental du film de Vinterberg. Cinéaste provoc et roublard (Festen et son cortège d’effet choc pour épater le bourgeois), il s’empare ici d’un sujet hypersensible qui est loin d’être anodin (la pédophilie) pour se mettre le spectateur dans la poche et balancer ses vérités morales avec la délicatesse d’un molard dans la gueule. Tout ici n’est que caricature, simplification extrême, raccourci lourdingue. On sait dès le début que l’instit est un gars sympa - il aime son chien, couche avec l’étrangère et veut récupérer la garde de son gosse - alors que la petite fille est un peu bizarre. Et la communauté qui va se retourner contre le héros n’est finalement que la somme de ses petites lâchetés et de son inconscient pervers. Vinterberg sort l’artillerie lourde, à la limite du nauséabond. C’est bien ce qu’on lui reproche : son regard narquois et ironique (avec des blagues vraiment douteuses), ses scènes chocs parfaitement shootées qui lui servent à jouer au malin et sa caricature vomitive de la communauté prétexte à la dénonciation moralisatrice des travers humains.

     

    Pourtant, tout cela ne serait pas si grave puisqu’il est question d’enfance et d’innocence bafouée - comme si le sujet autorisait tout, exonérait l'insupportable. D’où un moment très embarrassant pendant la projection du film. Lorsque Mads Mikkelsen se transforme en justicier (un coup de boule dans la gueule d’un vigile de superette), la salle s’est mise à applaudir. On avait l’impression assez désagréable de se retrouver au jeux du cirque, ou devant un bon vieux film de vigilante.

     

    Sur un sujet aussi pareil, Vinterberg se contente de faire la leçon sans jamais essayer d’apporter une touche d’ambiguité ou de réflexion, imposant dès le début ses conditions... Enfant ou pas, on ne va pas au cinéma pour se faire prendre en otage. Bonne nouvelle au fait : ma mère n’est pas morte, mais j’aime bien Amour de Haneke.
     
    Gaël Golhen

  • Les Bêtes du sud sauvageLes Bêtes du sud sauvage

    Caméra d’or :Les Bêtes du Sud sauvage de Benh Zeitlin

    Le pitch : Dans une Louisiane menacée de submersion, une petite fille survit avec son père qui lui enseigne tout ce qu’il peut pour l’endurcir le plus possible. Lui-même est malade et sent qu’il ne restera pas éternellement près d’elle pour la protéger…

     

    Ca vaut quoi ?Les Bêtes du sud sauvage est le premier long-métrage de Benh Zeitlin, un réalisateur d’origine new-yorkaise. Farouchement attaché à la Louisiane depuis qu’il s’y est installé il y a 6 ans, il a voulu témoigner de l’opiniâtreté de ses habitants, en adoptant le point de vue d’une gamine de 6 ans, qui mélange la mythologie et la réalité (elle croit que l’inondation de sa région est causée par la fonte des neiges, libérant du même coup des monstres préhistoriques jusqu’alors prisonniers des glaces). Le film tient de la science-fiction post-apocalyptique, du conte fantastique et de la chanson folk, et opère ce miraculeux mélange tout en décrivant un contexte très dur avec un réalisme poussé. C’est produit avec rien, sublimement mis en musique et photographié par un virtuose . Paradoxalement, le film prêche pour la fermeté (le père conditionne sa fille à ne jamais se laisser attendrir) alors qu’il se lâche sans retenue dans un lyrisme irrésistible.

     

    La scène choc : Il y en a plein. Un déluge. Une mort. Une femme capable d’allumer le gaz et de faire bouillir l’eau rien qu’en passant à côté…

     

    Gérard Delorme

  • Reality de Matteo GarroneReality de Matteo Garrone

    Grand prix :Reality de Matteo Garrone

    Le Pitch : Luciano est un jeune poissonnier napolitain qui n’a qu’une obsession : remporter le casting d’une téléréalité italienne pour satisfaire ses enfants. Problème, il se prête si bien au jeu que son aventure vire progressivement au drame existentiel.
     
    Ca vaut quoi ? Dès le début, Reality affiche son ambition : un carrosse tiré par des chevaux galope à travers la campagne napolitaine, s’arrête devant des grilles et pénètre dans la cour d’un château. Problème : l’ensemble est fake et le chateau est en fait une usine à mariage pathétique. Un conte de fée alors ? Oui, mais moderne, dans la grande tradition de la comédie italienne des 60’s ; une mise en abyme qui mélange l’esthétique MTV et la comedia dell arte (les loufiats en livrée et le chateau en carton pâte) pour devenir une fable acide sur ses contemporains. Avec un sujet didactique très clair : l’illusion et la réalité, le sacré et le profane, l’aliénation mentale et la servitude sociale...

     

    Dans une séquence finale assez balèze, on voit le personnage pénétrer les coulisses du jeu et la folie du héros rejoindre la démence spectaculaire de l'émission. Garrone s’impose donc en héritier de Scarpetta et Filippo. Il manque sans doute un peu de grinçant à sa comédie, un peu de violence sociale aussi (les pauvres sont tous gentils, les bimbos superficielles), mais plus que son sujet - un peu has been (sérieusement, un film sur le loft en 2012 ?) - ce qui frappe, c’est la volonté de Garrone de faire triompher le cinéma à coup d’images et de plans monstrueux (l’introduction et la conclusion notamment), épiques, et d’affirmer la suprématie, dans ce monde de faux semblants, de l’art. L’un des plus beaux travelling du film prend ici tout son sens : quand commence les castings de l’émission, la caméra passe du panneau Cinecitta aux tentes de la production du Loft transalpin installées dans l’ancien studio de cinéma. Toute la nostalgie et l’amertume de Garrone contenu en un seul plan; et sa haine farouche d’un monde clinquant qui a perdu ses repères...
     
    La scène : l’introduction qui plante le décor du conte moderne dès le premier traveling sur Naples, ou le travelling de fin dans lequel on voit le héros s’installer confortablement dans une des pièces du loft, trouvant ainsi sa place dans un monde de faux semblant.  
     
    Gaël Golhen

  • Au-delà des collines de Cristian MungiuAu-delà des collines de Cristian Mungiu

    Au-delà des collines de Cristian Mungiu : Prix d’interprétation féminine pour Cosmina Stratan et Cristina Flutur, et Prix du scénario

    Le pitch : Alina revient d’Allemagne pour retrouver son amie d’enfance, qu’elle souhaite remmener avec elle. Mais Voichita est entrée dans les ordres et sa passion pour Dieu est plus forte que l’amitié (l’amour ?) qu’elle porte à Alina. Cette dernière présente bientôt quelques troubles de la personnalité…

     

    Ca vaut quoi ? Après l’avortement en mode clandestinité, l’exorcisme à la campagne… Cinq ans après avoir chamboulé la Croisette avec 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Palme d’Or 2007), Cristian Mungiu revient avec un nouveau sujet fort qui recoupe l’obsession de son auteur : radiographier la Roumanie d’hier et d’aujourd’hui. La femme est encore une fois au cœur des débats qui englobent plusieurs thématiques, de l’homosexualité féminine à la place de la religion en passant par les dysfonctionnements de l’administration locale. Exagérément long, le film pose des questions néanmoins passionnantes sur la responsabilité des uns et des autres, rangeant dans le même panier église infantilisante, familles absentes et autorités défaillantes. Tous coupables ! Le pessimisme, pour ne pas dire le nihilisme, de Mungiu finit par être démoralisant.
    La scène choc : Une séquence plutôt, celle de l’exorcisme imposé qui finit par confiner à la torture, par des bonnes sœurs « bienveillantes ». Elle résume l’esprit du film : « l’amour » (de Dieu, des hommes) est une notion relative.

     

    Christophe Narbonne

  • Post Tenebras Lux de Carlos ReygadasPost Tenebras Lux de Carlos Reygadas

    Prix de la mise en scène : Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas

    Le pitch : Au Mexique, Juan et sa jeune famille ont quitté la ville pour s'installer à la campagne. Là, ils profitent et souffrent d'un monde qui voit la vie différemment. Juan se demande si ces mondes sont complémentaires, ou bien s'ils affrontent inconsciemment pour s'éliminer entre eux.

    Ca vaut quoi ? Qu’est-ce que ça veut dire, pourquoi, comment ? Pourquoi ce couple revenu à la campagne n’arrive-t-il plus à baiser alors qu’il fréquentait les saunas échangistes dans une autre vie ? Pourquoi le mal rôde-t-il dans cette nature opaque et chatoyante ? Pourquoi les arbres tombent ? Vous ne comprenez rien à ce film, à ce texte, à ce cinéaste ? C’est un peu exprès. On peut même imaginer que Post Tenebras Lux initie une nouvelle expression susceptible de remplacer « quel rapport avec la choucroute ?»

    Pierre Lunn

  • La Part des anges de Ken LoachLa Part des anges de Ken Loach

    Prix du jury :La Part des anges de Ken Loach

    Le pitch : A Glasgow, Robbie, tout jeune père de famille, est constamment rattrapé par son passé de délinquant. Il croise la route de Rhino, Albert et la jeune Mo lorsque, comme eux, il échappe de justesse à la prison mais écope d’une peine de travaux d’intérêts généraux. Henri, l’éducateur qu’on leur a assigné, devient alors leur nouveau mentor en les initiant secrètement… à l’art du whisky ! De distilleries en séances de dégustation huppées, Robbie se découvre un réel talent de dégustateur, bientôt capable d’identifier les cuvées les plus exceptionnelles, les plus chères. Avec ses trois compères, Robbie va-t-il se contenter de transformer ce don en arnaque - une étape de plus dans sa vie de petits délits et de violence ?  Ou en avenir nouveau, plein de promesses ? Seuls les anges le savent…

    Ca vaut quoi ? Avec Looking For Eric, Ken Loach avait essayé d'introduire une dose de comédie dans son cinéma social et engagé. Pas convaincant. L'équilibre est ici plus subtil et le résultat plus satisfaisant. C'est tout, mais c'est déjà beaucoup.

    Pierre Lunn

Que vaut le palmarès de Cannes 2012 ? Réponse avec nos critiques des films récompensés, d’Haneke à Mungiu en passant par Vinterberg et Les Bêtes du Sud sauvage


Amour de Michael Haneke vient de remporter la Palme d’or du Festival de Cannes 2012, sommet d’un palmarès qui a également récompensé le scénario et les actrices d’Au-delà des collines de Cristian Mungiu, Mads Mikkelsen dans La Chasse de Thomas Vinterberg, l'ambitieux Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas... Mais que valent ces films, dont aucun n’est pour l’instant sorti officiellement en France ? Réponse avec nos critiques et reviews !


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Ah vous descendez Festen aussi ? Le 7ème art vous connaissez ?
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Anonyme | le 26/07/2012 à 18h47 | Signaler un abus
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Peut-être sinon qu'il vous suffirai juste d'avoir un regard objectif sur les films que vous critiquez au lieu de vous amuser à les descendre plus bas que terre ou les élever au grade de maître du monde. Ah, les critiques...
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Anonyme | le 26/07/2012 à 18h40 | Signaler un abus
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"Sur un sujet aussi pareil" (à la fin de la critique de "La Chasse"). Et apprendre à écrire correctement le français et à se relire, c'est trop demandé à quelqu'un qui se prétend journaliste ?
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Anonyme | le 28/05/2012 à 12h59 | Signaler un abus
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Pourquoi Robert De Niro n'est pas président du jury de Cannes à vie ? Celà éviterait un palmarès aussi pourri !! Je suis vraiment nostalgique de l'année dernière !
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Anonyme | le 28/05/2012 à 19h02 | Signaler un abus
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Palmarès minable, sinistre, comme le cinéma de Haneke. Robert De Niro (président du jury de 2011) revient !!!
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Anonyme | le 28/05/2012 à 18h29 | Signaler un abus
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"demander", pardon. (comme quoi, moi aussi, je devrais me relire :p)
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Anonyme | le 28/05/2012 à 13h01 | Signaler un abus
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