Les robots au cinéma

18/10/2011 - 17h17
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  • D.A.R.Y.L de Simon Wincer (1985) Blade Runner de Ridley Scott (1982) Robocop de Paul Verhoeven (1987) Terminator de James Cameron (1984) Le jour où la terre s'arrêta de Robert Wise (1951) Innocence - Ghost in the Shell 2 de Mamoru Oshii (2004) Metropolis de Fritz Lang (1927) Wall-E d'Andrew Stanton (2008) A.I. de Steven Spielberg (2001) Robot Carnival (film collectif, 1991)
  • D.A.R.Y.L de Simon Wincer (1985)

    Le charme des années 80 n'existerait pas sans le doux murmure de l'électronique. La passion robotique de l'époque s'étend alors à tout. Ainsi de D.A.R.Y.L., pur produit à la fois médiocre mais sympathique d'une décennie où Spielberg a forcé le retour de l'innocence en mettant l'enfant sur le devant de la scène. Et comme il fallait bien que lui aussi devienne un robot, Hollywood inventa D.A.R.Y.L. Un mini Jason Bourne, kid surdoué échappant à l'armée américaine (son fabricant) pour être recueilli par une paisible famille de banlieue pavillonnaire où il est pris pour un amnésique. Moins robot que cyborg, l'enfant est ici le descendant de Pinocchio (il veut devenir réel, vivre comme un garçon de son âge etc.), la référence inévitable et sur laquelle le genre revient sans cesse. Dès lors que l'homme donne vie à quelque chose, celle-ci échappe à la nature.

  • Blade Runner de Ridley Scott (1982)

    On pouvait difficilement faire l'impasse sur Blade Runner. Pourtant, en termes de cinéma, le chef d'oeuvre de Ridley Scott ne dit rien de plus que le roman et doit tout à Philip K Dick. Dans un style post-expressionisme, Scott s'interroge donc sur l'être et l'identité au travers d'un robot humanoïde ultra perfectionné (les fameux Replicants) se découvrant un instinct de survie. Il suit en cela l'idée de Dick : quand une chose prend conscience de sa propre mort, elle se rapproche de la nature humaine et exige sa liberté. C'est toujours l'histoire de Pinocchio et d'une mémoire qui se construit. Ou comment la machine incarne un schéma simple mais élémentaire de l'homme ; comment elle souligne notre impermanence et notre désir de survie, tout en s'appuyant sur des paraboles religieuses sur la création pour élargir le sujet.

  • Robocop de Paul Verhoeven (1987)

    Grande obsession des années 80 où les laboratoires de recherche commencent à déballer leurs joujoux toujours plus élaborés, le robot aura connu à peu de choses près toutes les formes ou emplois possibles. Quelques années après Terminator, vient donc RoboCop. La différence entre les deux est de nature : le premier est une machine, l'autre est à moitié homme, c'est un cyborg. Il a une fonction : flic. Au service de la police de Detroit dans un futur proche, il doit éliminer la vermine des bas-fonds. Le cerveau bidouillé, il doit être infaillible, une machine au service de la loi conçue elle-même comme une mécanique intangible. Mais ce que raconte Paul Verhoeven montre qu'on ne transforme pas la justice en machine. Devant le réel, face à la violence, l'humain ressurgit derrière la carapace de métal. Seul le mythique ED209, pure machine, peut se plier sans faillir à cet idéal d'ordre fasciste.

  • Terminator de James Cameron (1984)

     

    Fasciné par la technologie, James Cameron a toujours mis la machine au coeur de son oeuvre. Avec Terminator, il place immédiatement la figure du robot comme une menace. Mais l'ambivalence qu'on retrouvera plus tard dans Avatar ou plus simplement Terminator 2 est déjà là : le danger ne vient pas des machines, mais ce que nous en faisons. Le Terminator n'incarne pas un robot tueur, vision radicale du corps bodybuildé des années 80, ce corps machinique rêvant de perfection après la dépression des années 70. Il incarne le mauvais emploi des machines qui, construites à des fins militaires, se retournent contre l'homme pour l'éradiquer. C'est une vision de l'homme pris à son propre piège. L'éternel miroir de nos penchants autodestructeurs.

     

  • Le jour où la terre s'arrêta de Robert Wise (1951)

    Film emblématique des années 50 fantasmant pêle-mêle et souvent pour les mêmes raisons : invasion extra-terrestre, guerre thermonucléaire et infiltration soviétique, Le Jour où la terre s'arrêta présente le robot sous un jour symbolique. Débarquant de sa soucoupe pour imposer la paix sur terre en pleine guerre froide, sinon quoi il la détruira, l'extra-terrestre du film de Robert Wise est un réceptacle. Devant des hommes sourds à son message pacifique et préférant la guerre, le robot géant qui l'accompagne (et désormais mythique) absorbe notre haine pour la renvoyer tel un miroir destructeur. La machine est ici un catalyseur à forme humaine.

  • Innocence - Ghost in the Shell 2 de Mamoru Oshii (2004)

    Continuant d'explorer les mangas de Masamune Shirow après Ghost in the Shell, Mamoru Oshii poursuit avec Ghost in the shell 2 - Innocence sa carrière de philosophe de l'animation japonaise. Saturé de références (Auguste Villiers de L'Isle Adam, Gogol, Platon, Confucius, Julien Offray de la Mettrie), Innocence est construit comme une enquête à la fois didactique et abstraite, un cut up godardien où le cinéaste approfondit ses obsessions sur l'homme et ses machines. La figure de la poupée, centrale et soulignée par des citations à Hans Bellmer (artiste célèbre pour ses travaux autour de la poupée), ouvre ainsi à une réflexion sur le vivant à recouper avec l'animisme japonais. Oshii voit dans l'animal et l'inanimé une présence à laquelle l'occident est hermétique. Le robot est pour lui un miroir qui révèle moins qu'il n'obscurcit la vérité. Soit toute la complexité de notre image et de l'être.

  • Metropolis de Fritz Lang (1927)

    Pionnier, le film de Fritz Lang fut parmi les premiers à lancer la figure du robot au cinéma. Classique parmi les classiques, Metropolis voit dans cette machine à forme humaine l'avènement technique et effrayant d'une nouvelle société que l'Allemagne s'apprête bientôt à bâtir. Nous sommes alors en plein durant l'ascension de l'ère industrielle et après la défaite du pays qui amènera la victoire du Troisième Reich, auquel le film fera écho. Le robot au corps de femme (sorte de déesse de la mort inspirée des mythologies nordiques), créée pour détruire un mouvement populaire bâti par son modèle, évoque ainsi une époque trouble où le mal être d'une société aliénée déjà à ses machines commence à se faire douloureusement ressentir. Le film servira de référence constante dans toute l'histoire du cinéma et d'ailleurs, de Blade Runner à Star Wars en passant par Superman.

  • Wall-E d'Andrew Stanton (2008)

    Le génie de Pixar aura été celui de Steve Jobs : croire religieusement aux machines, mais aussi en la nécessité de les démocratiser. Alors que John Lasseter restait le nez dans ses Disney à rêver de Belle au bois dormant, Jobs l'invitait à faire des films pour adultes. Cela débouchera sur ce que l'on sait. En 2008, Wall.E perpétue cette voie et fait d'un petit robot, muet, la nouvelle star du studio. Mais que raconte Wall-E, par-delà sa fable écologique ? Que la machine n'a pas tant gagné qu'elle représente, à l'heure (du film) où l'homme est devenu un légume, le dernier rempart d'humanité. Wall-E est doué d'amour. Il part en quête de sa princesse et sauve l'homme au passage de son obésité pour le remettre sur pieds. Finalement, John Lasseter et ses amis de Pixar sont aussi restés fidèles à leurs premières amours.

  • A.I. de Steven Spielberg (2001)

    Relecture de Pinocchio pensée par stanley kubrick mais offerte à steven spielberg qui y mettra toutes ses obsessions, A.I. Intelligence Artificielle voit la figure du robot sous le même angle que Philip K Dick. Abandonné par une mère qu'il cherche désespérément jusqu'à s'enfoncer dans les ténèbres, l'enfant robot d'A.I est un être dont Spielberg souligne sans cesse les sentiments. Plutôt la peur panique de perdre l'affection maternelle, grand traumatisme spielbergien que le film chauffe à blanc jusqu'à la pulsion morbide. Miroir et filtre, la machine dévoile ainsi toutes les angoisses du cinéaste. Elle balance son Oedipe en prenant pour prisme davantage l'enfant que le robot, qui n'est ici qu'un subterfuge pour une confession tout en jeu de reflets, entre persistances et déformations. L'androïde ne rêve peut-être pas de moutons électriques, comme le titrait K. Dick, mais il est à l'image de nos rêves, et de nos cauchemars.

  • Robot Carnival (film collectif, 1991)

    Meurtri par un drame technologique (Hiroshima), le Japon s'est reconstruit en maîtrisant la technologie. La figure du robot s'est ainsi développée comme nulle part ailleurs et a explosé avec l'érosion électronique des années 80. Si Goldorak et Astro furent les premiers grands ambassadeurs connus sur nos terres de cette robomania, d'autres films comme Robot Carnival sont allés plus loin. Oeuvre collective réunissant les meilleurs animateurs de son époque - chapeautés par Katsuhiro Otomo, le père d'Akira, signant deux génériques démentiels -, Robot Carnival reprend la forme classique du film à sketchs. Parmi les différentes variations sur le même thème, combats de robots géants dans le Japon médiéval ou façon Robotech, robot amoureux, robot Frankenstein, le plus beau s'appelle Cloud de Mao Lamdao. Un film en crayonné suivant la marche d'un enfant robot traversant des nuages prenant de multiples formes en passant par la bombe H. Elégiaque et sublime.

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