Les cinéastes les plus barrés
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Guy Maddin - Parcours : Canadien né à Winnipeg le 28 février 1956, Guy Maddin a d'abord été soap boy de l'équipe de hockey qu'entraînait son père Charlie (patron de la ligue de hockey canadienne), et ce jusqu'à ses premiers poils pubiens : « j'étais comme un petit garçon tout nu dans une orgie » (Télérama 14/10/09). Il devient ensuite guichetier dans une banque, puis peintre en bâtiment, et enfin cinéaste.
- Signes distinctifs : On le surnomme le « givré de Winnipeg ». Les films de Guy Maddin sont une mixture d'imagerie du cinéma muet des années 1930 (pellicule vintage, panneaux), de surréalisme hérité de Luis Bunuel, et d'étrangetés en noir et blanc charbonneux, façon Eraserhead de David Lynch.
- Film marquant : The Saddest Music in the World est à ce jour le film le plus cher de son auteur. Reine de la bière amputée des deux jambes, Lady Port-Huntly (Isabella Rosselini) organise un concours international de chanson triste dans sa ville, Winnipeg. Elle espère profiter du chagrin du public pour lui vendre son houblon. Un surprenant collage entre musical en Technicolor et poème rétro en noir et blanc, expressionnisme 30's et romance de série Z.
- Scène marquante : Un des premiers dialogues de The saddest music of the world. Un homme élégant demande à une jolie étrangère (sublime Maria de Medeiros en égérie 30's)« - Etes vous américaine? - Non, je suis nymphomane. »
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Hong Sang-soo - Parcours : Coréen né à Séoul 25 octobre 1960, Hong étudie la mise en scène dans son pays, puis l'art en général, aux Etats-Unis. Il tombe amoureux de Bresson, Cézanne et Rohmer.
- Signes distinctifs : Hong sang-soo aime boire, mais pas seul. Il préconise donc de petites beuveries au Soju sur le tournage de ses films, afin de tirer le meilleur de ses acteurs - ceux qui tiennent l'alcool. Ses scènes de repas y gagnent en vérité. Autre lubie du cinéaste coréen, le sexe (très présent dans ses films), les dialogues amoureux, et les titres mystérieux : Le Jour où le cochon est tombé dans le puits, Le Pouvoir de la province du Kangwon, La Vierge mise à nu par ses prétendants.
- Film marquant : Like You Know it all, mais on aurait pu en choisir un autre. Comme dans tous ses films, il y a ici du sexe, de l'alcool et du spleen. Le charme de Like You Know it all réside dans son aspect autobiographique : fidèle à son style bavard, le Coréen brosse le portrait rêveur et aviné d'un cinéaste moyen, "seulement connu à l'étranger", pleutre et lubrique, mais avide d'absolu.
- Scène marquante : Dans Like You know it all. Un cinéaste (alter ego de HSS) est invité à un festival de cinéma. Ses siestes post-cuites, lors de projections, sont particulièrement réjouissantes.
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Salvador Dali - Parcours : Espagnol, né le 11 mai 1904 à Figuières. A sept ans, ce fils de notaire veut être Napoléon. A 25 ans, il devient officiellement surréaliste, et participe à l'écriture de deux films-manifestes du courant, réalisés par son ami Luis Bunuel (Un chien andalou et L'âge d'or). Sa tentative de suicide après un chagrin d'amour, l'année suivante, lance sa réputation d'artiste fou. « La seule différence entre un fou et moi, c'est que je ne suis pas fou », nuance-t-il.
- Signes distinctifs : Un vrai nom à rallonge : Salvador Domingo Felipe Jacinto Dalí i Domènech, 1er Marquis de Púbol. salvador dali, ça va plus vite. S'il a participé à plusieurs long-métrages ou projets cinématographiques (scénario pour Fritz Lang et les Marx Brothers, dessin animé pour Walt Disney, décors pour Hitchcock, idées pour Minelli, etc), sa carrière de cinéaste se limite aux courts-métrages et aux projets inachevés.
- Film marquant : Un film fantôme. En 1955, Dali avait annoncé le tournage d'un long-métrage, La Brouette de Chair, dans lequel l'héroïne tombait amoureuse de cet outil de jardinage. Mécontent du résultat, le peintre aurait jeté les bobines aux flammes. Sa femme en aurait sauvé quelques unes. Dommage car au vu de l'introduction de son livre Le mythe tragique de l'Angelus de Millet, on se prend à imaginer ce non-film de Dali : « On sait que les paysans, dans la rudesse de leurs labeurs, accablés par la fatigue physique, tendent à érotiser, par une sorte de "cybernétique atavique", tous les instruments de travail qui tombent sous leur main ,la brouette en constituant le fantasme suprême, aveuglant, à cause de sa structure anthropomorphe et de ses possibilités de fonctionnement symbolique...»
- Scène marquante : L'oeil tranché comme un oeuf dans Un chien andalou.
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Lars Von Trier - Parcours : né le 30 avril 1956 à Copenhague, Lars Trier ajoute à son nom la particule de noblesse « Von » lors des ses études de cinéma. Il fonde le Dogme95 avec Thomas Vintenberg en 1995, réalise Les Idiots, et se désengage du mouvement en 2005. Un de ses projets les plus fous, Dimension : filmer pendant 40 ans (des années 1980 jusqu'en 2024 !) une histoire policière, à raison de 3 minutes par an, avec une trame écrite au fur et à mesure. Film avorté.
- Signe distinctif : Lars Von Trier a la phobie des avions. Du coup, il ne peut pas tourner à Hollywood. Mais ce handicap est générateur de créativité : censé se dérouler aux Etats-Unis, Dogville sera entièrement tourné dans des décors minimalistes de théâtre. Le Danois adore les contraintes, son Dogme95 en compte d'ailleurs dix (appelées « voeux de chasteté »), interdisant tout artifice ou fioriture : pas de son ou de lumière ajoutés, pas de décors, pas de flashback, pas d'hémoglobine inutile, ni même de considération esthétique. La charte est un renoncement total et masochiste au statut d'artiste.
- Film marquant : Le Direktør. Pour filmer cette comédie grinçante sur le monde de l'entreprise, Von Trier utilise l'Automavision, « un procédé cinématographique de prise de vue (et de son) développé dans l'intention de réduire l'influence humaine sur l'oeuvre en convoquant l'arbitraire, pour obtenir une surface dépourvue d'idéologie, et détachée des habitudes pratiques et esthétiques. », explique-t-il. Le montage paraît donc « arbitraire », façon caméra de surveillance, évacuant le « direktor » du champ décisionnel. C'est une illusion, évidemment, puisque le cinéaste peut ensuite réarranger le montage final à sa manière. Un des films les plus caractéristiques du masochisme manipulateur de Von Trier.
- Scène marquante : le gang bang dans Les Idiots.
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Roland Emmerich - Parcours : Né le 10 novembre 1955 à Stuttgart. En 1984, le jeune Roland a déjà la folie des grandeurs : Le principe de l'Arche de Noé est le film d'étudiant le plus cher de l'histoire d'Allemagne. Lancé, « Le petit Spielberg de Sindelfingen » , comme on l'appelle en Allemagne, va s'exiler aux Etats-Unis et tout faire péter, au box office comme à l'écran : Independence Day, Godzilla, Le Jour d'après, 2012.
- Signes particuliers : On le surnomme le Master of disaster. Roland Emmerich est obsédé par la destruction du monde. Dès qu'il voit une tour ou une planète, il faut qu'il la dynamite. Ses films appartiennent au genre « CGI porn ». L'expression se fonde en effet sur les initiales CGI, soit : Computer Generated Images. Ce qui veut dire, grosso modo qu'un CGI porn est un film au scénario tellement inepte qu'il se camoufle derrière une tonne d'effets spéciaux.
- Films marquants : Il cassait la maison blanche dans Independance day, New York dans Godzilla, l'Amérique du Sud dans Le jour d'après... Et la planète dans 2012. Le film part de l'idée que l'Apocalypse aura lieu en 2012, puisque le calendrier Maya s'achève à cette date là : pas de doute, c'est bien un CGI porn. Les 200 millions de dollars de budget devraient aider Emmerich à mener à bien son entreprise de destruction massive.
- Scène marquante : La scène de destruction de Los Angeles dans Le jour d'après.
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Minoru Kawasaki - Parcours : Japonais né à une date que nous ignorons, et réalisant des films très peu vus depuis 1993.
- Signes particuliers : Roi nippon du Z, Minoru Kawasaki aime les animaux et le catch. D'où des ovnis comme Calamari Wrestler, sorte de Rambo cheap avec un calamar bagarreur dans le rôle principal, et Kabuto O-Beetle, même concept mais avec un scarabée célibataire. On trouve aussi des koalas et des crabes dans le bestiaire nanar de Kawasaki.
- Films marquants : Sans originalité formelle majeure, doté d'un humour lourd et répétitif à souhait, encore alourdi par une love story mielleuse, Calamari wrestler (2003), « le catcheur calamar », est le plus gros succès de son auteur à ce jour. Ce n'est pas tous les jours qu'on voit un calamar sur un ring.
- Scène marquante : le combat Calamar vs Pieuvre.
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Jean-Jacques Rousseau - Parcours : Né à Souvret après la seconde guerre mondiale. jean-jacques rousseau (cinéaste), cinéaste belge auto-proclamé « Roi de l'absurde », développe un style cheap et hybride, à la croisée d'Ed Wood et de Mocky, de l'expressionnisme allemand et de Kubrick. Entre autres influences. Son oeuvre iconoclaste est consacrée par le film de Frédéric Sojcher, Cinéastes à tout prix.
- Signes particuliers : Rien à voir avec le philosophe suisse homonyme. Rousseau (le cinéaste) ne montre jamais son visage. Autodidacte ambitieux, il a filmé la bataille de Waterloo dans son jardin. Il réussit à tourner avec des budgets microscopiques - entre 2000 et 3000 euros, en moyenne - avec des comédiens amateurs. Les distributeurs boudant son cinéma expérimental, Rousseau fait tout lui-même : réalisateur, scénariste, acteur, il est aussi son propre exploitant de salle. Pour gagner sa vie, il est également employé d'un centre culturel.
- Film marquant : La mécanique du rasoir, une oeuvre violente en costumes, avec une guillotine. Un film de « révolutionnaire », selon son auteur.
- Scène marquante : Issue de l'interview avec Fluctuat.net « - Un mot pour Spielberg ? - Ben je lui dirais d'arrêter de faire du cinéma, parce qu'il n'y a pas de place pour deux. »
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Russ Meyer - Parcours : Né d'un père policier et d'une mère infirmière, le 21 mars 1922 à Oakland, russ meyer tourne des films dès l'adolescence. Incorporé comme caméraman dans une unité US lors du débarquement de 1944 en Normandie, il filme l'événement. Trois mois plus tard, Ernest Hemingway l'emmène se faire dépuceler dans un bouge de Rambouillet. Meyer participe à la bataille des Ardennes. En 1951, il invente le « nudie » avec son premier film, The immortal Mr Teas : c'est le premier film porno « soft » à engranger plus d'un million de dollars (quatre fois son coût de production !). Le Fellini du nudie impose ensuite ses personnages de nymphomanes fortes en poitrine et en caractère (Vixens, Super Vixens, Megavixens, UltraVixens). Atteint de pneumonie et d'Alzheimer, il meurt le 18 septembre 2004.
- Signes particuliers : Décor sudiste, intrigues minimalistes, poitrines surdimensionnées. Pas de pornographie, mais de l'humour (les hommes sont aussi débiles que le loup dans Tex Avery), des dialogues hérmético-philosophiques et de l'action (courses de voitures) dans ses séries B taille gros bonnet.
- Film marquant : Pour John Waters, autre allumé notoire, « Faster Pussycat Kill Kill est le plus beau film jamais réalisé ». Quentin Tarantino opine du chef, et rend hommage à ce chick movie choc dans Boulevard de la mort.
- Scène marquante : la séquence finale de Supervixens, où le héros oublie d'éteindre son bâton de dynamite.
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Eric Vernay

« La seule différence entre un fou et moi, c'est que je ne suis pas fou », claironnait Salvador Dali. Comme le célèbre surréaliste, les cinéastes réunis dans ce diaporama auraient tout aussi bien pu se réclamer de cette brillante définition : s'ils ne sont pas (encore) passés par l'asile psychiatrique, ils cultivent tous de l'underground au mainstream - un art cinématographique inclassable, déjanté, inattendu, parfois fétichiste, kitsch ou cheap, toujours radical et singulier. A travers cette galerie non exhaustive, rendons hommage à la crème des doux dingues. Sans forcément faire écho à nos propres névroses, leurs obsessions filmiques brossent, en creux et de préférence dans le sens inverse du poil, de stupéfiants auto-portraits.
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