Les beaufs dans la comédie française

27/06/2011 - 17h47
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  • Les Bronzés de Patrice Leconte (1978)

     

    La gaudriole bas du front a su creuser son sillon dans les années 70, décennie de bidasses et autres comédies lourdingues, tournées dans la bonne humeur paillarde d'un cinéma français alors en roue libre ou presque. C'est dans ce climat qu'en 1978 naît Les Bronzés, matrice absolue de la comédie beauf sur les beaufs. Satire du Français en vacances, le film de patrice leconte et du Splendid est alors dans l'air du temps avec sa joyeuse et méchante caricature du Club Med. Il offre surtout un miroir à la fois complaisant et quelque peu arrogant, manière d'amuser en étant ce que l'on ne prétend pas être et qui deviendra pratiquement une règle du genre. Les Bronzés 3 enfoncera le clou : modèle de comédie friquée et vulgaire pour acteurs abonnés à l'ISF, la beaufitude y sera portée à son pinacle. Une épiphanie de la crétinerie et du mauvais goût qui l'air de rien ramassera un joli pactole.

     

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  • La vie est un long fleuve tranquille d'Etienne Chatilliez (1988)

     

    Si Les Bronzés reste le totem de la beauf comédie (les dialogues qui tourneront en boucle jusqu'à épuisement des convives), La Vie est un long fleuve tranquille révèle Etienne Chatilliez, véritable figure clé et théoricien de la beaufitude. Avec ce premier film au succès immense, il confronte une caricature de prolos dégénérés à une caricature de cathos coincés. L'idée ? Faire vaciller les limites, du Vis ma vie avant l'heure, épousant ainsi d'un regard affectueux et amusé la fameuse famille Groseille, à qui il ne laissera pourtant pas la moindre chance d'évoluer de sa nature de bidochon. C'est que tout le cinéma de Chatilliez se tient là, dans son pseudo amour pour les beaufs rendant toute critique impossible sans se faire taxer de snobisme - quand c'est pourtant Chatilliez le méchant moqueur.

     

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  • Mes meilleurs copains de Jean-Marie Poiré (1989)

     

    A Jean-Marie Poiré, le cinéma français doit quelques gros scores au box office : Les Visiteurs et ses suites, Opération Corned Beef, en bref l'âge d'or de Christian Clavier, avec qui il réalise en 1989 Mes meilleurs copains, grande comédie beauf et révélatrice. D'une génération 68 d'abord qui a imperceptiblement basculé chez des bourgeois aux idées courtes. Et, dans un même geste, d'un cinéma assumant cette position de nouveau riche, fier de camper ce rôle pour classe supérieure sans horizon culturel et encore moins intellectuel. Film de potes pas méchant mais insidieux et lourd, Mes meilleurs copains dépasse tout de même en finesse de beaufitude la criarde crétinerie moyenâgeuse des Visiteurs.

     

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  • Promotion canapé de Didier Kaminka (1990)

     

    Ce que le cinéma français compte comme comédies pourries n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan mondial des comédies pourries. Dans son genre, Promotion canapé ne remporte pas la palme mais se tient en bonne place. A l'orée des 90's, le film de Didier Kaminka (éternel complice de Zidi) veut surfer sur l'air du temps et entend faire la satire des promotions canapé chez les cadres de La Poste. Avec un tel sujet planté dans un décor si cocardier, Kaminka a le goût du risque. Le résultat est à la hauteur des attentes : laid, grotesque et assumant (il est vrai) un certain excès, le film présente le service public comme un quasi enfer militaire. Malgré cette tentative à la limite du burlesque, le film montre une vision si grossièrement caricaturale et vulgaire de l'administration qu'il en affirme son océan de préjugés - qui finiront par être assez largement partagés.

     

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  • Taxi de Gérard Pirès (1998)

     

    Etre beauf est à la limite du sacerdoce dans les productions Luc Besson. Mettant le pied à l'étrier d'Europa Corp, qui se paie désormais des auteurs prestigieux (Terrence Malick) pour changer un peu son image, Taxi affirme très tôt ce goût pour l'hyper médiocrité et la vulgarité. Film de kéké amateur de grosse bagnole customisée, Taxi ne craint ni le racisme ni le machisme (Marion Cotillard chosifiée), et encore moins l'humour vaseux. Fier de sa pseudo identité marseillaise, de pure circonstance et à la limite de l'opportunisme, le film de gérard pirès est un petit sommet de cinéma stupide et grossier, visant sans complexe une recette américaine dont la série ne trouvera jamais les authentiques ingrédients (The Blues Brothers, au hasard). Franchouillard et démago, Taxi puise son horizon esthétique et référentiel dans la comédie française des années 70, décennie du pire dont il entretient le fantasme.

     

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  • La Confiance règne d'Etienne Chatilliez (2004)

     

    Après l'affreux Tanguy, bréviaire de sociologie populaire à l'usage d'une France qui aime les catégories et les préjugés, etienne chatilliez se dévoile pour de bon avec La Confiance règne. Dans cette comédie en binôme sur deux idiots (Vincent Lindon et Cécile de France) passant leur temps à voler les familles bourgeoises, le théoricien des beaufs laisse glisser malgré lui tout son cynisme et son arrogance. Son prétendu regard affectueux n'est qu'un paravent à la jouissance d'un cinéaste jubilant à l'idée de se moquer des pauvres (en tout). Chez ce proto marxiste plus de droite qu'il n'y paraît, on naît con et on meurt con. Impossible d'échapper à sa médiocrité, le petit peuple est beauf et c'est bien comme ça. Chez Chatilliez, on ne rit pas avec mais de.

     

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  • Camping de Fabien Onteniente (2006)

     

    Les vacances sont ce moment suspendu où on se lâche ; où toutes les aberrations sont tolérées, comme si le reste du temps la vie n'était faite que de règles alors évanouies. Forcément, elles sont un terrain de choix pour la comédie lourdingue, qu'elle soit américaine ou française, signée Max Pecas, Patrice Leconte ou ici Fabien Onteniente. Avec Camping, le bien nommé, on s'engouffre dans la voie généreusement ouverte par Les Bronzés et celle d'un cinéma qui aime voir la vie en beauf. Mené avec un sens presque étonnant de la caricature par l'horripilant Franck Dubosc, le film affirme et défend même son mauvais goût, fier de sublimer par le rire cette image du pastis qu'on prend devant le camping car avec les copains. C'est peut-être là toute la différence entre Onteniente et etienne chatilliez : chez le premier au moins, l'affection est sincère, on n'est jamais dans la moquerie.

     

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  • Les Petits mouchoirs de Guillaume Canet (2010)

     

    Si Les Petits mouchoirs ne semble rien avoir en commun avec Les Bronzés, c'est qu'il se situe sur un crédo moins crasse en apparence mais peut être pire sur le fond, la beaufitude du nouveau riche. Vacillant jusque dans d'étonnants préjugés révélateurs d'un racisme qui ne se dit pas (l'homosexualité qu'on refoule), ce soi disant grand film de potes et d'auteur livre brut le désert existentiel de ses petits bourgeois narcissiques en vacances au Cap Ferret. Film collectif mais où l'autre n'est en réalité guère toléré, Les Petits mouchoirs montre avec une naïveté trompeuse l'image d'un cinéma français suffisant dans lequel se reflète une certaine image de la France. Une France à petits pieds, sans idées ou allure, gentiment matérialiste et sans horizon culturel ni intellectuel mais satisfaite de soi et toujours prête à donner de grandes leçons sur la vie. Une France d'écoles de commerce pour qui le cinéma c'est guillaume canet, si possible en DVD.

     

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  • Low Cost de Maurice Barthélémy (2011)

     

    Satire absurde et délirante des compagnies aériennes discount, Low Cost de l'ex Robins des bois Maurice Barthélémy s'affirme comme le dernier exemple en date de ces comédies françaises voyant la vie en beauf. Chez Barthélémy, où le moindre gag frelaté frôle l'hystérie pour compenser son absence d'inspiration effarante, le low cost réunit la lie de l'humanité ou presque. Une brochette de caricatures énormes : nerd maniaco dépressif, adolescent gothique, altermondialiste à dreads, paranoïaque fan de théorie du complot, passeur de drogue et VRP casse couille, tous croqués avec un humour crétin flirtant parfois avec le racisme. Film poids lourd et fidèle à son titre fauché, Low Cost perpétue la tradition d'un cinéma qui se moque méchamment des autres sans voir qu'il leur ressemble.

     

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  • Les Tuche d'Olivier Baroux (2011)

    Avec Les Tuche d'Olivier Baroux, le spectre d'Etienne Chatilliez plane telle l'ombre d'un mentor tirant le cinéma français vers le bas. Quelques images de la bande annonce suffisent à donner froid dans le dos, réveillant cet amour inaltérable que le cinoche hexagonal porte à l'égard des familles de dégénérés (ou montrés comme tel), ici rendus richissime par un coup de baguette magique les emmenant à Monaco, où elles peuvent enfin péter dans la soie. Fasciné par les tréfonds d'une culture populaire où vivent des personnages observés avec autant d'amour que de dégoût, le film d'Olivier Baroux confirme l'appétence d'un cinéma français qui depuis Paris s'entiche de ces beaufs qu'en vrai il méprise.

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    Jérôme Dittmar

     

Avec Les Bronzés comme film matrice, le beauf est devenu le héros incontournable d'un cinéma français qui aime se moquer des autres, quand il ne dit pas finalement qu'il lui ressemble. En dix films, de etienne chatilliez à Jean-Marie Poiré en passant par Guillaume Canet, petite étude du beauf dans la comédie française.

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