Les années Nirvana au cinéma

03/10/2011 - 12h24
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  • Singles de Cameron Crowe (1992)

    Cas unique, Singles est le seul film estampillé grunge de l'histoire du cinéma. Si la brièveté du mouvement explique en partie cette spécificité, c'est plutôt son décor, le Seattle du début des années 90, qui a valu au film de Cameron Crowe ce label. Car du grunge, cette comédie romantique sur le célibat montre peu de choses, sinon le cadre de vie d'une époque et d'une ville, sa musique et ses groupes (beaucoup de Mudhoney à la BO), incarnés ici par un improbable Matt Dillon chevelu. Malgré tout, au-delà du folklore local que Crowe ne commente pas, on peut voir dans ces intrigues sur la peur de l'engagement, un certain fond d'incertitude qui contaminera les années 90. Un malaise amoureux, que Crowe corrige par son éternel optimisme. Mais peut-être qu'il n'avait pas su anticiper le destin tragique de Kurt Cobain.

  • Pump up the Volume d'Allan Moyle (1990)

    Les kids des années 90 ont vécu sur le souvenir contrarié de leurs parents. Sur une absence d'utopie et un dégoût pour le carriérisme arrogant des années Reagan. Sans voix autres que quelques groupes dont Nirvana sera le porte drapeau, malgré lui, la génération X - comme on l'appellera - était celle non plus des rebelles sans cause de Nicholas Ray (La Fureur de vivre) bravant l'autorité parentale, mais d'après toutes les causes. Déboulé au début des 90's, Pump up the volume, petit film indé avec Christian Slater en lycéen pilote d'une radio pirate et rebelle, fut l'un des premiers échos à ce sentiment d'une nouvelle jeunesse égarée. Une jeunesse de banlieue, hébétée, retrouvant le parfum de l'anti-conformisme en musique, comme pour dire qu'il n'est pas mort, qu'une certaine idée du punk subsiste encore. Un film mineur mais qui capte alors l'air du temps, dressant le portrait d'une jeunesse qui veut croire encore.

     

     

  • Pornostar de Toshiaki Toyoda (1998)

    L'Amérique n'a pas eu le privilège de filmer l'état d'âme de cette génération ayant trouvé en Kurt Cobain un ami. Au Japon, quelques auteurs comme le jeune Toshiaki Toyoda, capteront le sentiment de désoeuvrement d'une jeunesse qui, ici, en a fini depuis longtemps avec tout idéal. Pornostar, son premier film, ne doit rien à la pornographie. Il capte, au travers de l'errance d'un teenager obsédé par l'idée de tuer des yakuzas dans le quartier branché de Shibuya, un pur sentiment de dérive. Toyoda signe un film pessimiste, alternant entre style brut et racé (impressionnante utilisation du ralenti qu'il reprendra dans Blue Spring, autre belle oeuvre méconnue sur le malaise adolescent). Le cinéaste dresse un constat sans appel, ne dessinant aucun nouveaux contours, pas de perspectives ni valeurs sur lesquelles s'appuyer. Film noir, Pornostar est une oeuvre purement énergétique et négative.

  • Clerks de Kevin Smith (1994)

    Clerks ne doit littéralement rien au courant musical de Nirvana. Mais il est le symptôme d'une époque sur laquelle Kurt Cobain a posé une empreinte indélébile. Avant d'être un film de geeks, Clerks est d'abord un film de glande. Un film pour types sans avenir et qui, bouffis de culture pop, se plaisent à glander dans un vidéo-club. Ce n'est pas un jugement, mais un constat. Sur un temps où avoir vingt ans signifie aussi vivre sans idéal particulier sinon celui d'un anarchisme qui ne se dit pas. Les héros de Clerks et le cinéma de Kevin Smith entretiennent alors un double fantasme, à la fois marginal et artistique, sans but politique. Ils reflètent le visage sympathique d'une période et d'une génération où les pères deviennent des icônes en tous genres. Le moment où la contre culture devient une norme dont on veut entretenir malgré tout l'aura.

  • Trainspotting de Danny Boyle (1996)

    Aussi éloigné soit Trainspotting des riffs de Seattle, pas sûr que le film culte de Danny Boyle puisse exister sans Kurt Cobain. Avec les années 90, la drogue revient en force auprès d'une jeunesse née dans les années 70. Peu importe la déchéance et la mort suicidaire du leader de Nirvana, adepte de l'héroïne comme Ewan McGregor et ses amis, il restera l'emblème de cette nouvelle génération défoncée. Quoiqu'on pense du film, Trainspotting rendra la came plus cool que jamais avec son esthétique rapide et mentale. Peu importent les conséquences, on ne pense alors qu'à fumer, gober, finir sous acid dans une free party pour les plus hardcore. On refait alors la fin des 60's mais sans nouvelle grande utopie ; on ne veut plus changer le monde mais en profiter. Certains s'en remettront, lucides, d'autres pas.

  • The Doom Generation de Gregg Araki (1995)

    Trouver un sens au grunge et en particulier la musique de Kurt Cobain, c'est aussi passer par la « génération X », nom de code pour les kids nés entre la fin des 60's et le début des 80's. Soit pile ceux qui traverseront les 90's à un moment critique de leur existence, dont Nirvana sera leur plus grand porte parole. Film pop et déjà mutant (bien avant Kaboom), The Doom Generation est une oeuvre adolescente et sexuelle. Un chant baroque et halluciné pour une nature transgenre. Un collage de posters et symboles, à la fois beau et ingrat, frondeur et candide comme le regard d'un teenager. Il est surtout un film emblématique, filtrant les états d'âme d'une époque à la fois déboussolée et cynique. Un film farouchement indé et granuleux comme un riff de Nirvana.

  • Génération rebelle de Richard Linklater (1993)

    Dans la carrière inégale de Richard Linklater, Génération Rebelle (Dazed and Confused) est à deux doigts du chef d'oeuvre. Pur hanging out movie suivant une bande de teenagers durant une nuit de mai 1976, ce beau film d'errance fait résonner la fin des utopies 70's dans les 90's. Linklater voit dans ces adolescents les premiers enfants de la génération X. Des figures sans promesses ni grandes attentes, se consumant dans l'herbe, l'alcool et une pop culture qui bientôt aura perdu son identité collective et transgressive. Avec Dazed and Confused se dessine le visage de cette génération d'enfants de baby boomers. A qui il ne manque rien, qui ne prétend à aucune rébellion, mais s'ennuie, hébétée (Dazed) et confuse (Confused). Une génération sans autre but existentiel qu'un être là au monde, sans cause. Kurt Cobain sera son idole.

  • Kids de Larry Clark (1993)

    Grand film d'époque au double fond confusément réactionnaire, Kids fait l'effet d'une micro bombe lors de sa sortie en 1995. Jouant avec la menace du SIDA planant tel un virus symbolique, cette première collaboration entre Larry Clark (qui a vécu les 60's-70's) et Harmony Korine plante le décor d'une jeunesse décadente, entre sexe, drogue et errance. Film ambigu, à la fois compassionnel et critique, Kids est une photographie du milieu des années 1990. Elle choquera tout le monde sauf les intéressés, qui se reconnaîtront avec complaisance dans ces skaters new-yorkais. A l'origine de ce malentendu, l'ombre encore planante de kurt cobain. Pas dans la B.O, qui préfère Sebadoh ou les Beastie Boys, mais dans l'âme. L'écho entre calme et tempête de Smell Like Teen Spirit résonne dans le corps de Kids, film plein de vide qui se nourrit d'adolescents ne vivant que pour une extase folle et aveugle.

  • Fight Club de David Fincher (1999)

    Film de clôture, Fight Club met un point final aux années 90 ouvertes au son de Nevermind, titre qui colle à la peau de toute une décennie. Post-punk, post-grunge, post-moderne, post-tout ce qu'on voudra, Fight Club est le chant du cygne de la génération X. L'oeuvre définitive et malade d'une époque qui, perdue dans son propre cynisme, finit par chercher des réponses dans un anarco-terrorisme suicidaire. Le film se finit au son des Pixies et son célèbre Where is my mind, mais c'est bien plutôt la voix de Kurt Cobain qui hante le cerveau d'Edward Norton. Son timbre rocailleux et abîmé, les paroles de In Bloom ou Breed, sont la toile de fond sonore d'un film finissant par diluer son sentiment de rébellion nihiliste dans une touche d'espoir sentimental. Puisque ce monde est vain, l'autre est un bon point de départ pour continuer à vivre.

  • SubUrbia de Richard Linklater (1996)

    Dire que Richard Linklater a tourné les plus beaux films en écho au son de Nevermind ne serait pas mentir. Moins connu et plus rare que Génération Rebelle, SubUrbia est le miroir parfait de cette époque à laquelle Nirvana a donné un son. Adaptation d'une pièce jouée en 1994, le film suit un groupe de jeunes glandant autour d'une station service. Ils ont la vingtaine, boivent beaucoup, et vivent dans une banlieue paumée, non-lieu parfait d'une Amérique pavillonnaire à l'avenir aussi flou que sa banalité est sublimée par l'image. Tourné en quasi temps réel durant une nuit, SubUrbia est un hanging out movie où l'errance devient réflexion métaphysique. C'est la version tragique de Clerks. Un film extra-lucide, où Linklater tord le cynisme des années 90 et aborde un panel de questions, touchant à la modernité et à l'être. Tout ça sur une B.O signée Sonic Youth (le morceau Sunday, dont Harmony Korine réalise le clip, est écrit pour l'occasion).

    Jérôme Dittmar

     

On fêtait récemment l'anniversaire des vingt ans de , album emblématique de Nirvana mais surtout d'une époque, les années 90, sur laquelle Kurt Cobain a laissé son empreinte, jusqu'à l'effondrement des tours du 11 septembre. Durant cette décennie, le cynisme des années fric de la génération précédente allait se transformer pour toute une autre génération en un cynisme âpre. L'errance, la drogue, le sexe, la fin des utopies, reviennent comme le souvenir par procuration des 70's, le post-modernisme en plus. Si le cinéma n'a jamais pris l'étendard de Kurt Cobain et du grunge, des films en portent pourtant la marque évidente. En voici dix, emblématiques d'une décennie et du son qui l'a accompagnée.

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