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Son nom est encore confidentiel, son talent aussi. Côté grand public, Johanna Boyé est une illustre inconnue. Mais dans le milieu du théâtre, de ceux qui en font, qui en vivent, de ceux qui y vont avec passion, voire compulsion, le bouche-à-oreille fait son effet et nimbe la jeune metteur en scène (tout juste 30 ans) de l’aura de ceux qui ont une vraie raison d’être là, une vraie crédibilité à faire ce métier, une vraie légitimité à monter des spectacles. Johanna Boyé est la lauréate du Prix Théâtre 13 / Jeune metteur en scène 2013, elle cumule le Prix du Jury avec un Prix du public ex-aequo pour un spectacle tout feu tout flamme initialement intitulé L’Anniversaire (pour des problématiques de droits d’auteur) qui récupère désormais son titre originel, celui de la pièce de l’auteur argentin Claudio Tolcachir, Le Cas de la Famille Coleman. Premier prix oblige, le spectacle est intégré à la programmation du Théâtre 13 et s’installe sur presque deux semaines à partir de la mi-octobre dans la salle « Seine » (à Bibliothèque François Mitterrand) du Théâtre 13. Une visibilité superbe pour cette metteur en scène dont le travail gagne à être connu et… reconnu. Mais l’actualité de Johanna Boyé ne s’arrête pas là. >> En savoir plus sur Le Cas de la Famille Coleman>> Lire la critique du spectacle>> Voir la Bande Annonce du spectacle>> Voir les photos du spectacleToujours côté rive gauche, elle s’immisce à la Nouvelle Seine, salle de spectacles fraîchement ouverte et d’un genre particulier puisqu’il s’agit d’une péniche adorable et cosy (amarrée face au 3 Quai de Montebello, dans le 5ème arrondissement, dans le quartier de Saint Michel) avec un cabaret musical répondant au nom de Frous Frous, un divertissement pur-sang, respectant les codes du genre avec panache. Porté par trois comédiennes décoiffantes de tonus et de talents (elles chantent et dansent avec la même aisance qu’elles jouent la comédie) accompagnées d’un maître de cérémonie caméléon qui n’a rien à leur envier, ce spectacle réjouissant brille par son rythme endiablé, la virtuosité de ses interprètes, la précision admirable de sa mise en scène et déborde allégrement de cuisses aguicheuses, de poitrines généreuses, de chansons paillardes et de scènes comiques empruntées au répertoire classique (Molière, Courteline, Tardieu…), le tout enrobé d’une bonne humeur largement communicative. Zéro complexe, zéro défaut, pour ce show bon pour le moral !>> En savoir plus sur Frous-Frous, Cabaret de Bonnes Femmes Fatales>> Lire la critique du spectacle>> Voir la Bande Annonce du spectacle>> Voir les photos du spectacleComme elle est sur sa lancée, Johanna Boyé s’attaque à la rive droite en prenant d’assaut une semaine durant le Théâtre de Belleville (anciennement Théâtre du Tambour Royal), lui aussi nouvellement restauré et remis sur pied avec une programmation rafraîchie par l’intérêt et la place qu’elle porte aux jeunes générations. Là, c’est un duo délicieux écrit d’une plume alerte et pleine de fougue par Mehdi Dumondel, Hugobert et Michelin, un spectacle passé par le Festival Off d’Avignon en 2012 (y récoltant d'ailleurs un joli succès d’estime) qu'elle présente. On  attendait impatiemment le retour de ces deux dandys bavards, sans âge et sans époque, pris dans le feu d’un duel verbal haut en couleurs et plein d’ardeur. >> En savoir plus sur Hugobert et Michelin>> Lire la critique du spectacle>> Voir la Bande Annonce du spectacle>> Voir les photos du spectacleTrois spectacles en simultané dont un auréolé d’un Prix tremplin doté d'une excellente visibilité dans la profession, c’est une rentrée prometteuse pour la demoiselle que les défis n’effraient pas. Mais d’où vient-elle au fait ? Passée par les cours prisés de Véronique Nordey (oui oui, la mère de Stanislas Nordey) puis par l’Ecole du Sudden Théâtre dirigée par Raymond Acquaviva, Johanna Boyé a commencé par faire ses armes sur scène en tant que comédienne. Elle était encore la saison dernière une servante Nicole irrésistible d’insolence dans Le Bourgeois Gentilhomme au sein de la Compagnie Ecla Théâtre. Mais c’est en tant qu’auteur, metteur en scène et comédienne, en créant Le Café des jours heureux qu’elle franchit un cap important. Le spectacle fait son effet et compte encore un bon nombre de fans nostalgiques. A partir de là, elle met véritablement le pied du côté de la mise en scène et se tourne vers l’écriture contemporaine de Fabrice Melquiot en montant Le Diable en partage. En parallèle, elle participe à des projets artistiques à vocation « sociale » que ce soit dans la préparation d'un carnaval au sein d'un camp de réfugiés palestiniens ou en assistant Tristan Petitgirard sur le spectacle Les Amants de Séville, au sein de l’Association Futur Composé (consacrée aux jeunes autistes). Elle retrouvera d’ailleurs très prochainement le Festival en tant que metteur en scène cette fois, avec un projet autour du Profane et du Sacré, réunissant jeunes autistes et artistes issus du Cirque et du Théâtre de Rue. Le spectacle sera présenté à l’Académie Fratellini. Beau programme !30 ans seulement, en voilà une artiste qui ne perd pas son temps… Affaire à suivre de très près...Par Marie Plantin