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Jeudi 26 mai, de 19h à 22h30, la grande salle de la Maison de la Poésie a égrainé trois propositions performatives dans le cadre de sa troisième édition de Poésie Sonore.La soirée a commencé à 19h sous les auspices de William Carlos Williams, poète et romancier américain de la première moitié du XXème siècle, mais également pédiatre et médecin généraliste. Portée par les comédiennes Bérangère Bonvoisin et Michèle Goddet, la prose adaptée par Philippe Clévenot de ce poète au plus près du réel, se donne à entendre l’air de rien comme une conversation banale sur un banc. Et pourtant profondeur il y a. Bérangère Bonvoisin et Michèle Goddet, si différentes dans leur morphologie, dans leur dynamique interne, dans leur façon d’habiter ce banc sans dossier, tissent entre elles une relation toute de simplicité et de complicité généreuse. Accompagnées par un accordéon malicieux, elles ne font pas tout un cas du texte et le laissent passer naturellement comme une conversation de comptoir. Le public se fait alors le témoin d’un petit coin de vie, d’un fragment d’échange qui a l’allure du réel comme une captation naturaliste mais qui sans arrêt glisse de côté dans une zone sans nom, mouvante et insaisissable, comme les secrets de deux âmes se confiant l’une à l’autre. On laisse ses deux femmes pour en découvrir deux autres, à une génération d’écart, Félicité Chaton et Sophie Lagier, qui nous livrent une proposition fraîche et ludique autour du Baroque, manuscrit retrouvé de Christophe Tarkos à l’attention du poète Julien Blaine. C’est une sorte d’atelier improvisé, de divagation scénique comme un carnet de notes grandeur nature autour des écrits et dessins du poète. Félicité Chaton, comédienne toute en fantaisie et drôlerie, juchée sur des talons rouge pétaradant, nous y offre un numéro irrésistible, amenant Tarkos du côté d’un clownesque pour le moins inattendu dans une proposition qui déborde allégrement l’espace du plateau et souffle une brise de légèreté et de rire sur cette écriture « de la rumination minimaliste ». Quant à la troisième performance de la soirée, conçue par Diane Scott autour d'un poème d’Heiner Müller, Le bloc mommsen, celle-ci se partage en deux parties, complémentaires et antithétiques. La première est une lecture posée du texte après une courte introduction que Diane Scott nous adresse pour nous donner quelques clés d’accès à un texte difficile. La seconde se déroule dans un silence concentré et se caractérise par des actions précises de manipulations d’objets et de matières plastiques évoquant certains codes de la nature morte et des vanités. Si l’on entre dans la prose de Müller, c’est par la voix grave au débit tranquille de Diane Scott plus que par la compréhension intellectuelle des subtilités du texte. De même, on pénètre dans la deuxième moitié de la performance par un effet de magnétisation. Comme si l’exécution méthodique des actions, bien qu’incompréhensibles, nous happaient par un autre biais, laissant la place à une interaction sensorielle puissante. Diane Scott, dans ce qu’elle a appelé La Mâchoire vous parle, nous offre un rituel énigmatique et absolument fascinant.Ce soir-là, à la Maison de la Poésie, la Poésie sonore a pris la voix et le corps de comédiennes puissantes.Par Marie Plantin