5 films pour comprendre les enjeux de BlacKkKlansman
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Spike Lee cite ouvertement Naissance d'une nation, Autant en emporte le vent ou Shaft, mais son film rappelle aussi d'autres classiques.

BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan, le dernier Spike Lee, sort sur les écrans aujourd’hui. Le film, qui raconte l’histoire dingue mais vraie d’un flic noir qui infiltre le Ku Klux Klan, est bourré de références cinématographiques. De la Guerre de Sécession à la Blaxploitation en passant par la lutte pour les civiques, Première vous propose de redécouvrir cinq films avant de voir BlacKkKlansman.

 

Naissance d'une nation (1915) de David W. Griffith

Avec Naissance d’une nation, D. W. Griffith signe l’un des projets les plus ambitieux - et controversés - de toute l’histoire du cinéma. Cette fresque épique retrace la Guerre de Sécession et la période de reconstruction qui s’ensuivit dans le vieux Sud des Etats-Unis. Révéré par la critique pour sa narration et son montage novateurs, le film fut également couronné d’un grand succès populaire à sa sortie. Mais sa réputation a depuis été largement entachée par son discours raciste et son apologie du Ku Klux Klan. Le film aurait d’ailleurs contribué à la renaissance de l’organisation dans la seconde moitié des années 1910. Une scène de BlacKkKlansman montre les membres du Klan en délire lors d’une projection du film, plus de soixante ans après sa sortie, une façon de dénoncer l'impact qu'il peut encore avoir aujourd'hui.

BlacKkKlansman de Spike Lee n'est pas le premier film où un noir infiltre le Ku Klux Klan

Autant en emporte le vent (1939) de Victor Fleming

BlacKkKlansman s’ouvre sur des images d’Autant en emporte le vent (la séquence où Scarlett O’Hara se retrouve, au milieu voies ferrées, parmi des centaines de soldats blessés). Spike Lee n’a pas choisi le chef d’œuvre de Victor Fleming au hasard. Selon lui, comme il l'a déclaré à Première, le film "a entretenu la mentalité raciste en Amérique", donnant une image complètement romanticisée du Sud et de l’esclavage. Autant en emporte le vent est malgré tout considéré par beaucoup comme l’un des plus grands chefs d’œuvre du cinéma américain. L’histoire d’amour de Scarlett O'Hara (Vivien Leigh) et Rhett Butler (Clark Gable) en pleine Guerre de Sécession a battu tous les records : budget (près de 4 millions de dollars), durée (près de 4 heures), box-office (198 millions de dollars à sa sortie ; valeur estimée en 2014 à 3,44 milliards en tenant compte de l’inflation) et récompenses (8 oscars, du jamais vu à l’époque !). Comme Naissance d'une nation, il représente pour le réalisateur l'exemple d'un classique du 7ème art qui a eu un impact néfaste sur la société.

 

Dans la chaleur de la nuit (1967) de Norman Jewison

Un flic noir qui doit lutter pour se faire accepter, ça ne vous dit rien ? Dans la chaleur de la nuit raconte l’histoire d’un policier noir, expert en homicides, qui se retrouve impliqué dans une histoire de meurtre dans une petite ville du Mississippi. Le film, avec Sidney Poitier (La ChaînePorgy & BessUn raisin au soleil) dans le rôle du flic noir et Rob Steiger (Al CaponeSur les quaisLe Jour le plus long) dans celui du flic blanc, a remporté 5 Oscars en 1967, dont celui du meilleur film. Il a également été sélectionné par la Bibliothèque du Congrès pour figurer dans le prestigieux National Film Registry. Pour le coup, il n'est pas explicitement cité par Spike Lee, mais le duo formé par John David Washington et Adam Driver rappelle fortement celui de ce film culte.

BlacKkKlansman : le nouveau film de Spike Lee s'inspire d'une histoire dingue

Shaft ou Les Nuits rouges de Harlem (1971) de Gordon Parks

BlacKkKlansman est un hommage non dissimulé à la blaxploitation, genre cinématographique des années 70 dans lequel les personnages afro-américains tiennent un rôle de premier plan. Il suffit de regarder la séquence d’ouverture avec la musique des Temptations pour s’en convaincre. Les Nuits rouges de Harlem, plus connu sous le titre original de Shaft, est le film le plus emblématique et le plus populaire du genre blaxploitation. L’une des scènes du film de Spike Lee met d’ailleurs en scène Ron Stallworth, le flic noir infiltré, et Patrice Dumas, une militante afro-américaine, en train de discuter des héros emblématiques de la blaxploitation (ShaftSuper FlyHit Man …) aux surnoms souvent évocateurs, tel que Coffy "la panthère noire de Harlem". Cette scène contrebalance ainsi les "mauvais exemples" de Naissance d'une nation et Autant en emporte le vent. Le réalisateur profite aussi de leur discussion pour proposer une réflexion sur la représentation des noirs à Hollywood, sujet qui lui tient à coeur et qui est central dans son film.

 

Mississippi Burning (1988) d’Alan Parker

Huitième film d’Alan Parker, Mississippi Burning est considéré comme l’un des meilleurs films sur la lutte pour les droits civiques. En 1964, deux agents du FBI, incarnés par Gene Hackman et Willem Dafoe, enquêtent sur la disparition de trois défenseurs des droits civiques. Le duo de choc découvre alors une ville rongée par la haine, la violence et le racisme où le Ku Klux Klan fait régner la terreur. Spike Lee met en scène, dix ans plus tard et avec nettement plus de légèreté qu’Alan Parker, la même ambiance de guerre civile entre Blancs et Noirs dans BlacKkKlansman. Si son ton est majoritairement plus fun, sa fin, percutante, rappelle que ce sujet est loin d'être réglé, le KKK ayant toujours une certaine influence aux Etats-Unis.

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