Budapest
Warner Bros France

Le réalisateur se lance pour la première fois dans la comédie, avec l’envie de dynamiter le genre.

Entre deux films de genre, Xavier Gens (Légions, The Divide, Frontière(s)…) vient se dégourdir les jambes dans la comédie avec Budapest, où il dirige le trio infernal Manu Payet, Jonathan Cohen et Monsieur Poulpe. L’histoire de deux potes d’école de commerce qui s’ennuient ferme dans leur boulot. Après un enterrement de vie de garçon minable d’un ami commun, ils décident de mettre à profit ce qu’ils ont appris pour lancer une agence de voyage, Crazy Trips, spécialisée dans les EVG débridés et alcoolisés. Direction Budapest, où ils s’associent à Georgio, un expatrié qui leur fait découvrir les « trésors cachés » de la capitale hongroise. Nous avions rencontré le réalisateur l’année dernière durant les Utopiales, le festival de science-fiction nantais. 


Je ne vous cache pas avoir été surpris en apprenant que vous alliez réaliser une comédie…
Comme quoi tout arrive ! En fait j’ai travaillé sur Cold Skin (NDLR : thriller fantastique qui n'a malheureusement toujours pas de date de sortie) durant à peu près six ans. C’était un processus long et extrêmement épuisant. Je ramenais le film à la maison, il était avec moi en permanence. J'avais même l'impression de le trahir en regardant autre chose, je ne pouvais plus me sortir psychologiquement de sa création. Alors quand on m'a proposé Budapest, ça a été la récréation ! J'avais envie de faire de la comédie, sauf que je ne voulais pas tomber dans le « trois pièces-cuisine » un peu chiant. Je visais un film français, mais à l’anglaise : un truc pêchu, quelque part entre Danny Boyle, Todd Phillips et Edgar Wright. Une comédie stylisée, si vous voulez. J'ai grandi en regardant des films de Danny Boyle, j’étais dingue de ça. Il fallait que je capte cette énergie.

En misant à fond sur l’improvisation ?
On a tourné 40 % de dialogues en plus du script original, que de l’impro. Du grand n’importe quoi ! Manu Payet et Jonathan Cohen, c’est infernal de les avoir sur le plateau (Rires). Du matin au soir, même entre les scènes, c’est à qui va faire la meilleure vanne. Et pour avoir ce naturel à l’écran, il fallait que je les laisse faire. Ils m’ont impressionné. Ça donne un truc très irrévérencieux qui y va à fond, sans se poser de limites. Je fais des trucs extrêmes en cinéma de genre, c’est la même chose appliquée à la comédie. Il y a des moments où on a poussé le bouchon, au point qu'on a dû réduire la voilure par peur de se prendre une interdiction aux moins de 16 ans. On est sur un film qui se veut généreux dans la connerie (Rires). Ça n'a rien à voir avec ce qui s'est fait dernièrement en France. On est loin de Babysitting ou Épouse-moi mon pote (Rires). J’espère que c'est un peu plus ambitieux visuellement.

Dans quel sens ? 
La comédie française est formellement très en retard. Si c’est pour tourner sur un mur blanc dégueulasse avec du champ-contrechamp, pas la peine. Avec tout le respect que j'ai pour les films qui marchent bien en ce moment, quand je les regarde, je me dis que c’est pas possible de faire ça. Y a des moyens pourtant, alors mettez la caméra sur un pied, tentez un truc ! J’ai l'impression qu'on filme des sketches, ce qui est très bien sur YouTube, mais au cinéma... J'ai un tel respect pour la salle et les spectateurs qui payent que je ne peux pas leur proposer ça. Donc j'ai pris le meilleur chef opérateur possible et on a commandé une étude de lumière pour se rapprocher que ce qu'avait fait Benoît Debie sur le film d'Harmonie Korine, Spring Breakers. Dans Budapest, ça bouge tout le temps, il y a des séquences en split-screen dans tous les sens. Il y a eu une vague de films anglais extraordinaires les années 90, pourquoi ne pas s'inspirer de ça pour de la comédie française aujourd'hui ?

Vous avez d’autres projets qui ne sont pas des films de genre ?
Je suis en train de réfléchir à un genre de Kingsman à la française, avec Olga Kurylenko, à qui j'en ai déjà parlé. J’ai envie de refaire des films en France mais d’apporter mon expérience américaine, pour sortir de ce côté un peu figé.

Budapest, en salles le 27 juin.