EXCLU VIDEO - Les obsessions de Michel Gondry

22/04/2013 - 13h21
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Le réalisateur de L'écume des jours a rempli cette adaptation de ses propres obsessions. La preuve par 9.

 

Propos recueillis par Elodie Bardinet

Montage de Camille Hélié


Etrangement, c'est dans une adaptation de roman que Michel Gondry intègre le plus de ses obsessions personnelles. Dans L'écume des jours, tiré du livre culte de Boris Vian, il multiplie les inventions. Sorte de best-of de ses précédentes réalisations (Eternal Sunshine of a Spotless Mind, Soyez sympas rembobinez, La science des rêves...) et de tous ses clips mémorables (pour Björk, Steriogram, Beck etc), le film est bourré d'idées visuelles.

Rencontré à l'occasion de la sortie du film, le réalisateur a tenté d'expliquer pour quelles raisons il reprenait sans cesse les mêmes thèmes dans ces films. La rencontre est visible ci-dessus. Voici quelques exemples précis obsessions de Michel Gondry :


Les personnages en tissu

L'exemple le plus frappant est sans doute ce clip réalisé en 2004 pour le groupe Steriogram. Dans Walkie Talkie Man, Michel Gondry créé tout un univers en tissu, décors et personnages compris. Ce qui lui permet de découdre l'un d'eux, de couper un autre en deux et de le recoudre... à l'envers. Si cela n'avait pas été fait à l'aide de pelotes de laine, le résultat aurait été plutôt sanglant !

 

C'est pour cette même raison que le metteur en scène a filmé le corps de Chloé (Audrey Tautou) de cette manière dans L'écume des jours. S'amusant avec le terme tissu (qui peut être humain), il avoue que "ça aurait ressemblé à un film d'horreur si on avait mis des matières réalistes (...) Montrer comment les choses sont faites, à la main, c'est toujours quelque chose qui me séduit."

Les membres du corps disproportionnés

Déjà présente dans le clip ci-dessus, cette idée se retrouve aussi dans La science des rêves, lorsque Gael Garcia Bernal rêve que ses mains deviennent gigantesques et qu'il ne peut plus travailler. Dans L'écume des jours, ce sont les jambes qui s'allongent, quand les héros se mettent à danser le "biglemoi". Le résultat est très inspiré et a visiblement amusé l'équipe, qui a accepté de rejouer ces séquences pour Première, lors d'une séance photos complètement décalée :

 

Michel Gondry révèle que cette obsession vient en fait de sa propre enfance : "C'est quelque chose que j'ai vécu quand j'étais enfant. J'avais la sensation que mes mains étaient énormes. Ou ma langue... (...) C'est un sentiment très particulier, lié à l'image qu'on a de soi."

Les murs qui rétrécissent

"Les acteurs ressortent plus dans un univers un peu oppressant, car ils doivent lutter pour exister, ça leur donne une énergie." Pour L'écume des jours, Gondry n'a pas ajouté cette idée de l'appartement de Colin (Romain Duris) qui rétrécit au fur et à mesure qu'il perd de l'argent, elle est dans le roman de Vian. Visuellement, elle est impressionnante. Sur cette photo, ce ne sont pas les murs de chez lui qui l'étouffent. Il est de sortie lorsqu'il apprend que Chloé a fait un malaise et se sent d'un coup écrasé par cette nouvelle.

Les décors en carton

"L'utilisation du carton ou du bois, c'est un peu pareil, comme si on faisait une pièce de théâtre. On n'a pas recours à la caméra pour faire exister les choses, ce sont des effets réels." Cet effet est très présent dans l'univers de Michel Gondry. Dans Eternal Sunshine... un décor se recroquevillait sur lui-même, dans La science des rêves, une maquette était faite uniquement en carton (de sopalin, de papier toilette...), dans le clip Bachelorette de Björk, le décor du train se transforme, une ville tourne sur elle-même pour donner l'impression que le véhicule roule etc.

 

Les personnages minuscules dans un univers trop grand pour eux

Cet élément est également très présent, notamment dans Eternal Sunshine, lorsque le héros, Joel (Jim Carrey) tente de cacher son ex-copine, Clémentine (Kate Winslet), dans ses souvenirs d'enfance, sans quoi elle sera effacée de sa mémoire. Il se retrouve alors réduit à son corps d'enfant, tout petit par rapport à la taille de sa cuisine.

 

"C'est quelque chose qui me fait rêver", avoue le cinéaste. "Il y a une sorte de contorsion visuelle qui me stimule".

Les objets qui prennent vie

C'est sans doute l'élément le plus répandu dans les réalisations de Michel Gondry. On ne peut pas dire qu'il l'ait "inventé" pour L'écume des jours, puisqu'il existe dans le roman, par contre, il a largement expérimenté cette idée au fil de ses clips. Un exemple ici, avec Deadweight de Beck :

 

Sortie en 1997 pour promouvoir le film Une vie moins ordinaire, de Danny Boyle, cette vidéo inversait des éléments du quotidien. Un homme y porte sa voiture ou le chanteur suit son ombre, qui s'anime à sa place. A un moment donné, il se met à pourchasser ses propres chaussures, qui ont pris vie ! L'effet est l'un des premiers expérimentés par Gondry. Il le réutilise dans L'écume..., lorsque Colin sort de chez lui, mais que ses chaussures sont plus pressées que lui.

La lumière fabriquée avec des fils

Déjà visible dans le clip de Walkie Talkie Man, cette manière de montrer la diffusion de la lumière est très présente au début de L'écume des jours."La lumière est décrite de manière très détaillée, matérielle, hyper-réaliste, dans le roman. J'ai utilisé de la corde, de la laine dans le film".

Les yeux de Jean-Sol Partre

"Il y a un dessin de Boris Vian qui le représente ainsi. (...) Avec la technique, il y avait un vrai petit écran qu'on insérait dans les lunettes". Là aussi, ce n'est pas la première fois que Michel Gondry joue avec des yeux. Dans La science des rêves, le spectateur accédait régulièrement à l'esprit du héros et deux fenêtres représentaient ses yeux, qui s'ouvraient parfois sur le monde extérieur.

Les disques

Ce n'est pas un secret, Michel Gondry aime la musique. Le jazz, en particulier, et L'écume des jours était un bon moyen de mélanger ses deux passions. Si la séquence du Pianocktail est très attendue par les lecteurs, une autre est visuellement marquante : une machine transforme un disque en quatre dans l'appartement de Colin. Le réalisateur a une nouvelle fois préféré un effet naturel au numérique. "Il n'y a pas de trucage, c'est juste une coupure de montage. C'est comme dans Ma sorcière bien aimée. Ca m'a fait rêver enfant, et j'aime utiliser ça maintenant dans mes films".

Vous avez envie d'en voir plus ? L'écume des jours sortira mercredi au cinéma.

 
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Prochainement au cinéma
COMMENTAIRES
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Il serait intéressant de comparer cette nouvelle adaptation de L'ÉCUME DES JOURS avec celle de Charles Belmont en 1968, avec les très jeunes acteurs Marie-France Pisier, Jacques Perrin et Sami Frey. Prévert en disait : "Belmont a gardé le coeur du roman, ce film est merveilleusement fait. En plus, c'est drôle !" Renoir : "Ce film a la grâce" En décembre 2011 Jérémie Couston écrit dans Télérama: "Une comédie solaire délicieusement surréaliste. Adapter Vian ? un tabou dont Charles Belmont est joliment venu à bout". Et en juin 2012 Michèle Vian dans Le Monde : « C'est très joli. Charles Belmont avait compris quelque chose. Il était fidèle à l'esprit. Et la distribution est éclatante ». On peut voir photos, extraits et avis critiques sur le blog : L'oeuvre du cinéaste Charles Belmont charlesbelmont.blogspot.fr
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Anonyme | le 23/04/2013 à 16h07 | Signaler un abus
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