metropolitan filmexport / Jérôme Prébois-Gaumont-LGM-Pour toi public / warner bros.france

Ce qu’il faut voir cette semaine.

L’ÉVENEMENT

TOUT LE MONDE DEBOUT ★★★☆☆
De Franck Dubosc

L’essentiel
Franck Dubosc reprend son personnage de con magnifique et signe son premier film. Une jolie comédie romantique.

C’est le genre d’abruti qu’on rencontre fréquemment. Un con triomphant, un frimeur à tendances néo-beauf. Dans Tout le monde debout, Franck Dubosc est Jocelyn, un homme d’affaires à qui tout réussi. Un égoïste aussi qui n’a qu’un but dans la vie : mater les filles et les séduire à n’importe quel prix. Sa mère vient de mourir et à la suite d’un quiproquo, il se met par exemple à draguer sa voisine en se faisant passer pour un handicapé en fauteuil roulant. Jusqu’au jour où celle-ci lui présente sa sœur, elle aussi handicapée. Fini de rire ?  
Gaël Golhen

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PREMIÈRE A ADORÉ

BATTLESHIP ISLAND ★★★★☆
De Ryoo Weung-wan

Vous connaissez peut-être déjà sans le savoir l'île d'Hashima pour l'avoir aperçue dans Skyfall ou visitée en photos sur un de ces pièges à clics du genre "dix lieux abandonnés qui vous donneront la chair de poule". Sur une superficie d'à peine plus de 6 hectares, l'îlôt est couvert de bâtiments en ruines dont l'extrême concentration témoigne de l'activité qui y régnait. Hashima a été acquise à la fin du XIXème siècle par la compagnie Mitsubishi qui voulait exploiter sa mine de charbon. Au fil du temps, une ville y a été construite pour loger les mineurs et les administrateurs.
Gérard Delorme

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AMERICA ★★★★☆
De Claus Drexel

Après Au bord du monde, où il donnait la parole aux sans-abri qui peuplent le Paris nocturne, Claus Drexel est parti à la rencontre des habitants de Seligman, petite ville d’Arizona traversée par la route 66, au moment où l’Amérique s’apprêtait à élire Donald Trump. En écoutant attentivement ces citoyens ordinaires que la caméra ancre au cœur de paysages mythiques, le cinéaste dresse le fascinant portrait de rednecks cernés par la désertification et la peur du déclassement. À l’aide de grands angles virtuoses, d’authentiques personnages de western prennent ainsi vie sous nos yeux : un jeune chauffeur qui ingurgite des bières plus vite que son ombre, une mamie armée jusqu’aux dents qui a connu plusieurs guerres… Leurs témoignages endurcis mais sincères rendent intelligibles des idées qui semblaient stéréotypées au premier abord ; convaincus que les armes à feu permettent de se protéger les uns les autres plutôt que d’accentuer la violence, ces électeurs ont logiquement été sensibles au retour de la grandeur américaine vantée par Trump. Et si l’on entend régulièrement la voix des deux candidats, Donald Trump et Hillary Clinton, leur visage n’apparaît jamais, habile manière de faire du peuple du Far West le vrai héros du film. America évite donc soigneusement de juger ses personnages et préfère retranscrire la nostalgie d’une époque révolue. Car ces montagnes Rocheuses aux allures éternelles ne pourront plus ignorer longtemps les mutations climatiques et politiques à venir. C’est cette vulnérabilité face aux assauts du temps que saisit magistralement Claus Drexel dans ce bout d’Amérique qui devient le temps de 82 minutes le centre de toutes nos préoccupations.
Damien Leblanc

RAZZIA ★★★★☆
De Nabil Ayouch

On avait laissé Nabil Ayouch sur une image : ses héroïnes assises face à l’Atlantique, leurs poitrines se soulevant d’espoir. C’était le dernier plan de Much Loved. C’est aussi celui de Razzia. Exit les prostituées soudées de Marrakech, place à cinq personnages que tout sépare, à l’exception – fondamentale – de leur propension à désirer, s’insurger et s’affranchir. Si l’un d’eux prend place dans les années 80 (un instituteur victime de l’arabisation forcée), les autres se débattent dans la Casablanca d’aujourd’hui. Entre le jeune homme de la médina qui se rêve en nouveau Freddie Mercury, le restaurateur Juif, l’ado coincée dans son statut de privilégiée et la femme (incarnée par Maryam Touzani, également co-scénariste du film) tiraillée entre émancipation et maternité, circule la même recherche goulue de liberté. Ayouch plante littéralement son film dans un Maroc post-printemps arabe et désormais ultra inflammable. Mais portraitiser le réel d’une société marocaine schizophrène et écartelée, rétive aux différences et soumise à de violentes disparités, n’empêche pas la patte vive et romanesque du cinéaste. Ce qui, chez lui, « fait cinéma », tient à sa croyance profonde que la fiction peut changer le monde à travers des héros à la quête insensée. Il investit ses personnages d’une dignité, d’une ferveur à lutter et d’une audace à rêver telles qu’ils en deviennent absolus. Leur poursuite du bonheur devient la nôtre. Et la volonté d’Ayouch d’inciter son pays à la résistance devient universelle.
Anouk Féral

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PREMIÈRE A AIMÉ

GHOSTLAND ★★★☆☆
De Pascal Laugier

Comme toujours chez Pascal Laugier, moins vous en saurez, « mieux » vous vous porterez. On met ça entre guillemets parce que Ghostland est une expérience éprouvante, dans tous les sens du terme… Tout commence par un chromo rural à la Stephen King. Un enfant qui court dans les champs de maïs, un patelin américain, une maison abandonnée, et trois femmes qui sortent d’une buick et s’y engouffrent. La mère (Mylène Farmer fascinante) et ses deux ados vont y vivre leurs pires cauchemars, mais ça elles ne le savent pas encore.
Gaël Golhen

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HOSTILES ★★★☆☆
De Scott Cooper

Comment être un cinéaste des seventies au XXIème siècle ? C’est la grande question du cinéma de Scott Cooper, qui poursuit dans Hostiles son œuvre de copiste appliqué, après avoir érigé un totem country à l’icône Jeff Bridges (Crazy Heart), remaké en sourdine Voyage au bout de l’enfer (Les Brasiers de la colère) et s’être essayé à la fresque mafieuse (Strictly Criminal, avec Johnny Depp en Willy Wonka du crime organisé).
Frédéric Foubert

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L’AFFAIRE ROMAN J. ★★★☆☆
De Dan Gilroy

Un homme que les circonstances de la vie conduisent à se confronter directement aux limites de sa morale qu’il peut ou non décider de franchir avec, dans l’ombre, la menace du retour du bâton… Les « héros » des deux longs métrages réalisés à ce jour par Dan Gilroy obéissent finalement à la même définition. D’un côté, dans Nightcall, Lou Bloom, ce journaliste qui déplace les cadavres sur les scènes de crime pour obtenir le scoop le plus vendeur sur les chaînes info. Et de l’autre, ce Roman J. Israel, avocat idéaliste et libéral soudain confronté à la réalité de la justice après la mort de son associé. Une sorte de Rain man qui parle cash dans un monde où le silence, l’hypocrisie et le mensonge sont rois. Un travailleur de l’ombre, le MP3 collé aux oreilles, qui en acceptant un autre poste va perdre pied en se confrontant au quotidien des prétoires et des visites en prison des présumés coupables. Jusqu’à être tenté de travestir la réalité pour qu’elle corresponde à ses idéaux. L’affaire Roman J. est donc un film à procès comme les aiment tant les Américains. Mais aussi et surtout le portrait assez bouleversant d’un homme dont l’éthique va se retrouver mise en lambeau par cet impitoyable système judiciaire outre- Atlantique. Un film politique donc souffrant certes de longueurs mais porté par une nouvelle interprétation « bigger than life » de Denzel Washington à l’aise comme un poisson dans l’eau au fil de ce chemin de croix de plus en plus anxiogène.
Thierry Cheze

CHIEN ★★★☆☆
De Samuel Benchetrit

Ça commence comme dans un film absurde de Kervern et Delépine. Jacques Blanchot apprend que sa femme le quitte parce qu’elle est allergique à lui. « Je suis atteinte de blanchoïte aigue », dit-elle en lui montrant le verdict du médecin et en se grattant le cou avec grâce –Vanessa Paradis fait ça merveilleusement bien. Jacques blanchit mais ne réagit pas. Il salue son fils sans cérémonie qui lui confesse avant son départ qu’il voudrait un chien. Direction l’animalerie où Jacques achète un chihuahua qui “ressemble à Hitler” et se fait écraser peu après. Cette première partie pince-sans-rire est hilarante, merveilleusement découpée et incarnée avec une placidité digne d’Harry Langdon par un Vincent Macaigne qui vise à l’effacement. C’est précisément l’objet de cette comédie kafkaïenne inversée où l’humain qu’est le héros, foncièrement soumis et bon, va progressivement accepter l’idée de devenir un chien puisque c’est le seul moyen pour lui d’exister aux yeux des autres. Problème : il tombe sur un dresseur misanthrope (Bouli Lanners, extraordinairement inquiétant) qui va en faire son souffre-douleur. Dans cette deuxième partie sado-maso, Benchetrit pousse les curseurs du malaise au maximum, sous couvert de posture punk un peu infantile (haha on va choquer le bourgeois !) qu’on lui reproche souvent. Pour une fois, néanmoins, son nihilisme forcené n’a pas le dernier mot. Jacques le toutou aurait-il eu raison de sa vision désenchantée de la nature humaine ?
Christophe Narbonne

LA BELLE ET LA BELLE ★★★☆☆
De Sophie Fillières

Margaux (Agathe Bonitzer), 20 ans, rencontre Margaux (Sandrine Kiberlain), sa version quadra d’elle-même, qui passe son temps à lui spoiler les futurs épisodes de sa vie avec un naturel désarmant. Sophie Fillières s'amuse de ce pitch de comédie fantastique à la "Peggy Sue s’est mariée" mâtiné de Hong Sang Soo, dans un premier mouvement plein d’allant : dès lors qu’on adhère à la langue anti-naturaliste de la réalisatrice, on tombe rapidement sous le charme de ce ping pong spatio-temporel à la fois très concret et loufoque, véloce, carburant aux syncopes ludiques et autres contre-temps comiques par le biais d’un montage alterné. Hélas, ce bel élan décalé s’essouffle, pour se lover ensuite dans la dialectique plus conventionnelle de la comédie du remariage et du triangle amoureux. Ça reste plaisant à regarder et intelligemment dialogué, mais plus ronronnant dans la mise en scène : les jeux de correspondances et de symétrie sur les couleurs, qui évoluent à mesure que les deux héroïnes se confondent ou reprennent leur place, peinent à redynamiser visuellement un récit émoussé. Restent de beaux numéros d'acteurs (Poupaud, pimpant en playboy entre deux âges - littéralement, puisqu'il hésite entre les deux "versions" de Margaux) et surtout d’actrices : face à la grâcieuse Bonitzer, Kiberlain nous gratifie de quelques désopilantes saillies burlesques. Il faut la voir « danser » impassiblement dans une soirée de jeunes ou ranger un paquet de petits pois congelés à coups de pioche.
Eric Vernay

AVANT QUE NOUS DISPARAISSIONS ★★★☆☆
De Kiyoshi Kurosawa

Fascinante carrière que celle de Kiyoshi Kurosawa. Faite d’accélérations et de ralentissements, d’amour pour le cinéma de genre et de gestes d’auteur, d’obsessions interconnectées (la dislocation de la cellule familiale, l’influence des morts sur les vivants, le parasite comme métaphore de l’aliénation) et de flottements contagieux, de grands films à petite échelle (Tokyo Sonata, son chef d’œuvre de 2008) et de petits films à grand retentissement (Shokuzai, commande pour la télévision nippone). On le croyait installé dans une maturité poétique (Vers l’autre rive, 2015) ? Il renoue avec sa jeunesse dans un thriller pervers (Creepy, 2017). Présenté au dernier Festival de Cannes, Avant que nous disparaissions bénéficie, une fois encore, de cette capacité de réinvention. L’histoire, complexe, de ces extraterrestres prenant forme humaine pour voler (littéralement) nos concepts dès qu’on les énonce, engage le film sur la voie d’une comédie philosophique à combustion lente. Comme souvent chez Kurosawa, les codes du fantastique procèdent du glissement de nos perceptions, pour opérer une critique féroce (ici moins sombre que farceuse) de la société moderne. Mais à mesure que les enjeux se dévoilent, c’est le mélodrame qui revient à la charge et, avec lui, une émotion vive et simple, d’autant plus surprenante qu’elle éclot dans un environnement particulièrement instable. C’est le meilleur effet spécial du film, celui qui consolide son lien avec la filmographie du Japonais et signe sa singularité, entre fantaisie ébouriffée et romantisme de fin du monde.
Michaël Patin

TAKARA – LA NUIT OU J’AI NAGÉ ★★★☆☆
De Damien Manivel et Kohei Igarashi

Un coin enneigé du Japon, un garçonnet qui ne voit jamais son père (ce dernier, poissonnier, part aux aurores et revient quand son fils dort) décide un jour de faire l'école buissonnière pour lui apporter un dessin. A partir de cette idée toute simple, le tandem Manivel-Igarashi brode un film d’errance à hauteur d’enfant, héritier du Petit Fugitif et des Quatre cent coups. C'est très minimaliste : absence de dialogue, plans fixes, intrigue épurée au maximum. Le temps se dilate, parait parfois un peu long. Mais, pour peu qu’on accepte ce rythme, s’offre alors à nous une micro-odyssée stimulante, sensitive, truffée d’astuces de mise en scène (flashback intégré au récit, ellipses visuelles et sonores pour tenir le pari du zéro mot audible pendant 1h18), à la fois cocasse et mélancolique.
Eric Vernay

MALA JUNTA ★★★☆☆
De Claudia Huaiquimilla

Récit de la rencontre entre deux lycéens (l’un adolescent rebelle envoyé vivre chez son père qu’il n’a pas vu depuis des années, l’autre garçon d’origine mapuche harcelé par ses camarades de classe), ce premier film de la trentenaire Claudia Huaiquimilla prend place dans un Sud du Chili rarement représenté, où terres ancestrales et forêts indigènes sont dévastées par l’industrie de la cellulose. Dressant un parallèle entre la rage d’une jeunesse incomprise et la colère d’une population amérindienne qui lutte pour la défense de son territoire, la réalisatrice livre un regard sans concessions sur la violence sociale exercée par le gouvernement chilien. Et si la mise en scène use parfois de symboliques très appuyées, ce pamphlet filmique sait transmettre une indignation teintée d’espoir.
Damien Leblanc

DROP OF SUN ★★★☆☆
D’Elene Naveriani

C’est l’histoire d’une rencontre entre deux solitudes, deux âmes perdues dans Tbilissi : une prostituée qui sort de prison et un réfugié nigérien qui se retrouve en Géorgie alors qu’il souhaitait aller à Georgia aux Etats-Unis, marginal parmi les marginaux à cause de sa couleur de peau. À travers leur histoire d’amour aux multiples obstacles, Elene Naveriani signe le portrait implacable de son pays natal où violence, indifférence et féminicides règnent en maître. Drop of sun pourrait être glaçant jusqu’à l’insoutenable mais la réalisatrice évite cet écueil par le parti pris réussi à l’image d’un noir et blanc aussi crépusculaire que mélancolique et le refus de tout misérabilisme facile. Quitte parfois cependant à créer une distance dommageable avec le spectateur.
Thierry Cheze

 

PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIMÉ

TOMB RAIDER ★★☆☆☆
De Roar Uthaug

En 2013, le studio Square Enix sortait un reboot de Tomb Raider qui cherchait à réinventer le jeu d’action en s’inspirant des codes du cinéma. En clair : importer le sens du rythme, de l’espace et de la violence des blockbusters pour réincarner une héroïne qui prenait la poussière. Le jeu était beau, brutal, terriblement stylé, et réussissait à greffer l’esprit viscéral des Die Hard dans un ride d’aventure somptueux. Cinq ans plus tard, retour à l’envoyeur : voilà donc le film inspiré du jeux vidéo inspiré des films tirés des jeux vidéos (vous suivez ?).
Gaël Golhen

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PREMIÈRE N’A PAS AIMÉ

UN JUIF POUR L’EXEMPLE ★☆☆☆☆
De Jacob Berger

L’écrivain suisse, Jacques Chessex, se souvient d’un événement douloureux dont il a tiré un livre qui lui vaut des critiques virulentes : en 1942, un groupe de nationalistes helvètes décide de tuer un Juif pour l’exemple et par admiration pour Hitler. Le dispositif du film est étrange. Les flashbacks sont filmés comme si l’action était contemporaine, façon scolaire pour Jacob Berger de dire que le drame en question pourrait se répéter de nos jours -dans la réalité, Chessex a succombé à une crise cardiaque en pleine conférence de presse houleuse. Difficile de s’habituer à ce parti pris qui tient continuellement à distance le spectateur. Le sujet méritait sans doute mieux.
Christophe Narbonne

 

 

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