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Les Roseaux sauvages
1994 Ima Films / Les Films Alain Sarde
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42. Les Invasions barbares (2004)
Février 2004 : malaise au Théâtre du Châtelet. Les intermittents se paient violemment Aillagon et c'est un film canadien qui triomphe ce soir là. Comme si aucun film français (Bon Voyage ? Les sentiments ?) ne pouvait rivaliser avec cette comédie de mœurs désagréable, vaguement réac et d'une bêtise affligeante, autour d'un type atteint d'un cancer au stade terminal. Le vrai malade ce soir là, c'est l'Académie. Et le cinéma français.

41. Séraphine (2009)
Le film est aussi classique et maladroit que l'art de Séraphine était violent, moderne et fougueux. Le plus étrange c'est surtout les morts que laisse le film de Martin Provost derrière lui : Desplechin (Un Conte de Noël), Mesrine et une Palme d'or (Entre les murs). Incompréhensible.

40. Venus beauté (institut) (2000)
Paresseusement, Tonie Marshall filme des histoires sentimentales qui se croisent dans un institut de beauté. A mi-chemin entre le boulevard bavard et le cinéma post-Demy (c'est coloré, chic, on s'attend même à les entendre chanter), flirte avec la gaudriole 80's. Du cinéma mou, formaté télé, sans véritable intérêt. 

39. La Balance (1983)
1982. Le polar ne ressemble pas encore à un mauvais Navarro, mais ça s'en rapproche. La Balance prétend rivaliser en termes de violence et de sujet avec ce que les Américains font de mieux. C'est une catastrophe. Si le film séduit à l'époque, c'est parce qu'on montre que les affaires de stup se règle dans les chiottes des cafés ou sur les quais de métro ; entre un coup de boule et une fusillade au 357. Aussi subtil qu'un mauvais Winner ou qu'un bon Sitbon. Face à lui ce soir-là un mauvais Demy, un triste Godard et un Wajda ogresque, fascinant, mais pas très sexy (Danton). Résultat : 3 César. 10 ans plus tard, Tavernier et son L627 viennent faire oublier tout ça dans une belle table rase. Sans César du meilleur film, lui. 

38. L’Argent des autres (1979)
Comme un résidu des polars socio de la décennie finissante, Christian de Chalonge filme la descente aux enfers d’un petit banquier dans le milieu des affaires et de l'escroquerie. Univers impitoyable, prédateurs glauques de la finance, réflexion sur le pouvoir et son inhumanité. C’est chic 80’s, opaque comme un Michel Deville et ne laisse aucun souvenir. Après un Losey et un Resnais, le premier vrai fail de la cérémonie.

37. Le Goût des autres (2001)
Aujourd’hui tout cela sonne bien faux, comme pas mal de comédies consensuelles, et comme certains scripts Jaoui/Bacri (Un air de famille par exemple). Lourdeur sentimentale, « trucs » de théâtre vieillots, épaisseur mélancolique qui s'assume – tout le monde est en dépression longue durée et l'enfance est un enfer qui ne s’efface jamais. Même le personnage de Bacri (rayonnant, physique, charnel, Arletty de bistrot) est lassant à la revoyure. C’est quand même un film où Jaoui dit à Lanvin « je vais te faire des pâtes », comme une preuve d'amour ultime. Sérieux ? Sérieux. Bon c’est toujours mieux qu’Une affaire de goût.

36. La Vie rêvée des anges (1999)
Le moins qu'on puisse dire c'est que Zonca ne s'intéresse pas à la psychologie de ses personnages. Sa mise en scène coup de poing fonctionne à l''énergie et a de ce point de vue pris un gros coup de vieux. Le passage en force, la manière d'imposer les sensations finissent par paradoxalement tuer toute émotion. Chéreau une fois de plus sera défait par le petit film sensible (cf Les Roseaux sauvages) alors que dans le genre confusion des sentiments et physicalité de la mise en scène, Ceux qui m'aiment prendront le train avait d'autres atours...

35. Les Garçons et Guillaume, à table ! (2014)
Trois ans après, que reste-t-il de Guillaume ? Une jolie scène (la piscine) ? La starisation d'un comédien surdoué autant qu'étrange ? Et surtout une injustice. La sensation que les votants ont ce soir-là snobé La Vie d'Adèle (et surtout Kechiche) pour un film plus consensuel. Réalisé et joué par un acteur du sérail.  

34. Trop belle pour toi (1990)
Misanthrope, misogyne, vulgaire… Bouquet qui veut devenir un laideron pour récupérer son homme et Depardieu qui préfère Balasko parce qu’elle est fragile ? Blier parvient même à rendre Schubert infernal dans ce film qui, passé le phénomène, ne vaut plus grand chose à part deux trois rares scènes fulgurantes (Balasko qui explique à un inconnu qu’elle a baisé pendant trois heures). 

33. Les Roseaux sauvages (1995)
Sur fond de guerre d'Algérie, l'éveil à l'amour d'une jeunesse marquée par la violence politique et les conflits idéologiques. Un tout petit (petit) film qui à l'origine était une commande pour la série d'Arte Tous les garçons et les filles... Ca ressemble peut-être trop à son ADN de départ finalement, et le revoir aujourd'hui donne l'impression de regarder une petite (petite) fresque agreste et légère. Bizarrement préféré au puissant Reine Margot de Chéreau.

32. Au revoir les enfants (1988)
On saluait quoi ce soir là ? Le film ? Le succès ? Ou le retour de l’enfant prodigue ? Premier film de retour de Louis Malle (après son exil américain au cinéma local) et sujet très digne (la France sous l'occupation nazie, la collaboration, la Résistance). Moins polémique que Lacombe Lucien, moins nerveux aussi, le film est un peu distant, comme dépassé par son sujet, violemment autobiographique, qui reste barricadé derrière une certaine sécheresse académique.

31. De battre mon cœur s’est arrêté (2006)
Un remake flottant d’un bon polar 70’s dans lequel Audiard fait ses gammes. Avec sa gueule d'ange perdu, Duris impressionne toujours autant, mais l’ensemble manque de nerf et on voit déjà le système du cinéaste (caméra lampe-torche, désespoir existentiel, contre-emploi des stars…) tourner en rond. Bon, c'était sa première consécration par l'Académie qui avait loupé Sur mes lèvres.

30. Trois hommes et un couffin (1986)
Triomphe public, cette comédie couche culotte ne vaut plus que pour l’abattage des comédiens. Dussollier en tête. A part ça le film reste le plus gros succès commercial césarisé.

29. Des hommes et des dieux (2011)
2011 fut une drôle de cérémonie. L'Académie ne sait plus où donner de la tête et ne veut pas se faire highjacker comme l'année précédente (les 9 César pour Audiard). Triomphe des jeunes, couronnement de Polanski, un prix pour Sfar, le César de Forestier (avec son discours génial), tout était juste, tout était à sa place. Et 3 César pour Beauvois dont celui de meilleur film. C'était juste. Un peu trop. Sage. Et lisse. Le film est meilleur que Ghost Writer, mais doit beaucoup (trop ?) à la photo sublime de Caroline Champetier et à l'interprétation de Lonsdale et Wilson. Et puis, en vrai, le meilleur film, cette année, c'était la Vénus Noire de Kechiche. Trop vénère sans doute. 

28. Lady Chatterley (2007)
« Je ne sais pas si je dois vous raconter ça, mais à la fin du film, on était tellement ruiné qu'on n'a jamais pu faire une fête de fin de tournage digne de ce nom, alors je voudrais demander à tous les techniciens et les artistes de venir nous rejoindre sur scène parce que la fête c'est maintenant ! » C’était un peu les films du milieu qui gagnaient cette année. Surtout face au gros machin de Canet, Ne le dis à personne. Mais le film de Ferran est plus qu’un prototype économique ; une oeuvre art et essai qui cherche moins à montrer l'érotisme que la puissance débordante de l'amour physique. Joli. Bien incarné. Mais ce César en pleine année présidentielle, le discours de Ferran (« nous n'avons pas eu de fête de fin de tournage ») en ont fait surtout l'étendard d'une lutte corporatiste.

27. Amour (2013)
Une palme. La mort. Deux vieux. Amour vraiment ? Incroyablement filmé (avec ses plans-séquences étendus à la limite du supportable et sa froideur balistique), Amour est un film sur le dépérissement d’un couple, de deux icônes vieillissantes qu’il regarde non pas mourir, mais se faner. Un film beckettien avec comme toujours chez l’Autrichien le désir de mettre le spectateur KO. C’est toujours aussi torturant, sérieux et pompeux, gorgé de misanthropie. C'est aussi follement joué - il faut entendre les modulations infinies de Trintignant qui délivre la nuance ironique, énervée ou triste de ses dialogues avec sa voix grave et nasillarde. Et en retour le timbre de Riva, qui s’éteint progressivement -, mais ça reste une véritable épreuve. L’Académie est-elle maso ? 

26. Timbuktu (2015)
Un film joli. Poétique même. Avec quelques séquences vraiment indélébiles (oui, le match de foot). Mais à force de vouloir mêler plusieurs histoires dans l’Histoire, d’être une réponse artistique à la barbarie, le film se métamorphose en essai pataud et souvent maladroit. Le Saint Laurent de Bonnello ce soir-là était sans doute plus frivole, mais avait un peu plus de classe. 

25. Amélie Poulain (2002)
La musique. Les petites cuillères. Les nains de jardin. Toute l’esthétique brocante de Jeunet compilée en 2h. Le regard régressif et l’obsession art plastique qui tue toutes les émotions. Toutes ? Non. L’histoire d’amour entre Audrey et Kasso reste très jolie et la présentation du personnage instantanément culte. (Mais cette musique.) 

24. Ridicule (1997)
C'est un film de prestige, bien troussé où tout est à sa place. Un film qui fit l'ouverture de Cannes l'année précédente. Normal : soigné, bien joué, bien parlé, Ridicule ne provoque aucune animosité en reproduisant les bonnes saillies d'un Guitry (la mélancolie en moins). Du cinéma propre, amusant, parfaitement exécuté. De là à provoquer un enthousiasme et à rafler les César... mais pourquoi pas ? 

23. Camille Claudel (1989)
C'est le film d'Adjani shootée par son homme de l’époque, Bruno Nuytten (le meilleur chef op de l'époque depuis disparu). Une grande œuvre malade, emportée par ses excès, sauvée par son intégrité, Camille Claudel est le film d'une comédienne qui ne craint rien (ni le trouble, ni l’outrance, ni la maladresse) ; un film à vif, une caisse de résonance qui pousse tous les curseurs dans le rouge (ça crie, ça pleure, jusqu’à la folie). Le César cette année sanctionne un succès populaire, qui reste aussi un film d'auteur, dense et complexe, qui fuit les froufrous romantiques. Bien. 

22. Le Dernier métro (1981)
C'est loin d'être le meilleur Truffaut. Film provincial, académique, Le Dernier métro représente exactement cette « Qualité française » que le cinéaste brocardait dans ses textes critiques. Sa désinvolture historique, son formalisme pontifiant, son caractère méta trop formol en font un objet de cinéma un peu lourdaud. MAIS : Deneuve, la photo d’Almendros et un autoportrait fascinant d’un créateur en crise. Réalisé par une légende sur son déclin, ça méritait bien un César. Non : plusieurs César.

21. Les Nuits fauves (1993)
Parfois, les César récompensent plus qu’un film. Plus qu’un auteur ou une œuvre. Parfois il faut juste savoir être en phase avec son époque. Difficile de juger un truc pareil 23 ans plus tard. Sur le plan du cinéma, Les Nuits fauves hésite entre le naturalisme de Pialat (impro, vérité, recherche de justesse) et le clip (vitesse, naïveté). Mais ce n’est pas pour ça que l’Académie honore ce film testament d’un beau gosse pétri d’orgueil et qui se fera faucher par la maladie. Non, c’est le traité d'énergie dans lequel toute une jeunesse « condamnée amour » s'est reconnue. Avec ça, allez savoir si ce film est bien ou mal. 

20. Tous les matins du monde (1992)
A partir de maintenant, ça se complique un peu. La hiérarchisation n'est plus aussi simple. Le film qui passait quelques semaines avant sa sortie pour une œuvre austère et pointue se transforma subitement en phénomène de société. Tous les gamins de l’époque demandèrent à Noel une viole de gambe ou la dernière K7 Erato de Jordi Savall plutôt qu’un jeu pour leur Amstrad CPC 464. Dans la catégorie patrimoine, le film est un peu empesé. Et une fois posée la beauté lancinante du score, comment construire un récit ? L’interprétation folle des Depardieu père et fils et de Marielle sauvent pourtant l’ensemble de l’encaustique. 

19. Fatima (2016)
Ce fut la surprise totale d’une cérémonie feel-good : le film de Philippe Faucon, portrait d’une femme de ménage ne maîtrisant pas la langue mais élevant les futurs médecins français, toute petite chose repérée à la Quinzaine des réalisateurs, agit comme un pansement sur les plaies de 2015. Du social, du réel poétique et délicat politiquement engagé (comme La Tête haute, Mustang, La loi du marché parmi les autres lauréats de la soirée) qui transcende un peu son sujet dans sa dernière scène. Une œuvre sensible et réconfortante, tout l’inverse de Dheepan, le coup de poing féroce et puissant de Jacques Audiard reparti bredouille.

18. On connaît la chanson (1998)
Le film limite de Resnais. Celui où sa passion de la culture populaire se fond le plus dans sa fièvre intellectuelle. C’est parfois magique (les chansons, l’équilibre parfait entre l’atmosphère fantomatique et l’ambiance karaoké), parfois complètement raté (les méduses de la fin). Mais il se dégage une telle mélancolie, une telle douleur existentielle de ce barnum bariolé qu’on reste scotché devant tant d’audace. 

17. L'Esquive (2005)
Kechiche n’est pas encore tout à fait en possession de son art - trop de théâtre et de naturalisme socio - mais en regardant mieux, on découvre un très grand film qui renverse le cinoche français par la langue et l’incarnation. Mieux que Doillon, pas encore aussi bien que Pialat, Kechiche tente d’exacerber le réalisme pour faire sortir de son cinéma : la révolte, les sens, les sentiments. Au théâtre du Châtelet, les larmes de Forestier, les déclarations du réalisateur marquent plus que la naissance d’un cinéaste : la fracture d’une industrie en train de s’ouvrir. 

16. Le Pianiste (2003)
C’est donc la fresque de Polanski qui ce soir là écrasa les 8 Femmes de Ozon pourtant parti grand favori. Sur le plan du cinéma, il n’y a pas photo ; non pas qu’on n’aime pas le sympathique cluedo de Ozon, mais l’évocation kafkaienne de la Shoah par un Polanski en très grande forme se pose clairement au-dessus. Evitant le pompiérisme et toute grandiloquence, il parvient à trouver le ton juste pour s’attaquer au récit détaillé du nazisme, d’une histoire qu’on croit connue (le ghetto de Varsovie) mais qu’il répète inlassablement. Le plus étonnant ce soir là c’est qu’un film entièrement en anglais triomphe face aux frenchies. 

15. Les Ripoux (1985)
Faites passer à Dany Boon : à un moment donné, les comédies étaient donc récompensées aux César. Précision pour Dany : les bonnes. Les Ripoux est cette flic story qui avance entre magouilles et tiercé. Vraiment mis en scène, vraiment écrit (les dialogues de Kaminka sont toujours hilarants) et vraiment joué, le buddy movie garde ce parfum indémodable de macadam et de jambon-beurre porté par le tandem Lhermitte/Noiret imparable. Hey, Dany : en recevant son prix, Zidi se mit à «  remercier ceux que l'on remercie finalement assez peu, mais qui sont assez étonnants en France, les spectateurs ». Avant de lui « décerner un César parce qu'on a le meilleur public au monde ». Ouais, à un moment donné, César, spectateur, profession pouvaient tous se claquer la bise. Pour se retrouver chez Simone.

14. Tess (1980)
Ca aurait dû être une croute d'un académisme indigeste, d'une lourdeur affligeante, mais Polanski (en prolongeant en France sa période hollywoodienne) signe une œuvre moderne et personnelle qui se nourrit du roman de Hardy pour décrire le parcours d'une jeune fermière victime mais qui cherche à rester toujours pure face à une société oppressante. Récit de souffrances (le viol!) tempérées par des visions de nature et de lumières magnifiées (notamment par la photo dingue de Ghislain Cloquet), le film de Polanski est sa seule aventure en terres romantiques. Et un véritable chef d'œuvre.

13. Thérèse (1987)
Un des grands films que le catholicisme ait produit. Une merveille d'épure (Cavalier disait filmer comme un « pilote de montgolfière qui lâche du lest pour monter plus haut »). Tout tient sur la lumière, le visage de la religieuse et la mise en scène très concrète de Cavalier qui ne fait pas œuvre de biographe mais cherche à suivre la démarche de la Sainte son combat contre le doute. C’est lent, mais d’une beauté à se damner. Comme l’Académie aime bien les films catholiques (nous aussi), ils remettront ça 25 ans plus tard avec Des Hommes et des Dieux. Presque aussi beau, mais un peu moins vibrant. 

12. Providence (1978)
Un écrivain célèbre, Clive Langham sait qu’il va bientôt crever. Providence ? c’est le nom du château couvert de lierre où il habite et la clé, la formule d’accès à son esprit chaotique. Clive oscille entre réalité vécue et fiction qu’il élabore, entre songe et réveil, demi-sommeil et souffrances. Le film aussi. Moment de bascule dans la filmo de Resnais (qui passe ici définitivement de l’Histoire à la Fiction), le César du meilleur film montre que l’Académie veut récompenser des projets audacieux mais ouverts, concepts mais populaires (650 000 entrées, ce n’est pas rien). Après Le Vieux Fusil, Klein, Providence prouve cette année-là que les César n’ont peur de rien et surtout pas du cinéma de qualité. 

11. The Artist (2012)
Encore un César idéal. Une merveille de sophistication, du style pur porté à une hauteur rarement vue en France et un délire ciné-fétichiste 100% rassembleur par le type responsable de la classe américaine. Ajoutez le Duj dans sa plus grande composition, un Oscar. C'était immanquable. Ce fut immanqué. 

10. Le Bal (1984)
Avec ce film concept - 50 ans d’histoire de France sous les pas de danseurs qui s’agitent sur une piste de danse - Scola jette ses derniers feux dans un film pas tout à fait digne de sa grandeur (et de son chef d’œuvre – Nous nous sommes tant aimés), mais où passent quand même son humanité, sa vista sociale et des fulgurances amères derrière la théatralité parfois surjouée. Dans des vignettes sans aucun dialogue et qui rappellent le grand Tati, des gens de différentes époques flirtent, se bagarrent, se réconcilient avant de se séparer. Une étrangeté qui remporta le prix ex-aequo avec A nos amours.

9. Un Prophète (2010)
Audiard révolutionne le film de genre avec ce mélange détonnant d'Euripide et de Bunker, invente une star et croise mythologie et réalisme social dans un film à l'onde de choc encore vibrante. Les années 2010 s'ouvrent avec lui. 

8. A nos amours (1984)
20 ans avant La Graine et le mulet, un autre film amer, énervé, sur l’adolescence. Son blueprint. Avant Kechiche, Pialat alterne tendresse et explosion de violence pour chroniquer les errements de sa teenager. Passés la fraîcheur de la découverte, le charme des amours adolescentes, la naissance d'un visage, celui de Sandrine Bonnaire, et d'un acteur formidable qui lui filait des torgnoles aussi formidables, Maurice Pialat, A Nos Amours a un tout petit peu perdu de sa puissance explosive. Mais reste un des très grands films césarisé et un beau traité sur l’âge ingrat filmé par un cinéaste qui ne l’est pas moins. 

7. La Guerre du feu (1982)
Après deux films socio, Annaud change de registre et s'affirme comme un immense cinéaste qui jongle avec la technique et les imaginaires. La Guerre du feu n’est pas un documentaire sur la préhistoire, c'est une épopée folle, une aventure filmique, technologique et intellectuelle (le langage recrée de toutes pièces par le linguiste et écrivain Anthony Burgess). Un prototype qui rafle haut la main le César du meilleur film ce soir là.

6. La graine et le mulet (2008)
Il aura suffi d’une danse du ventre et d'une poursuite à mobylette. Déjà consacré avec L'Esquive, Kechiche refait sauter la banque avec son film le plus secouant, le plus violent. Pourquoi, ce soir là, il gagne ? D’abord parce qu’il y a toujours la méprise Kechiche qu’on prend encore pour un cinéaste fédérateur, black blanc beur (et que Venus Noire viendra définitivement briser) et puis surtout, sans doute, pour le film. Sa force romanesque et la plus grande éruption féminine vue sur un écran depuis… A nos amours par exemple. 

5. Smoking/no smoking (1994)
Du cinéma expérimental mais grand public. Un grand film tragique et drôle. Ou mélancomique comme on ne disait pas encore. Où sous l'apparence de la légèreté se disent des choses d'une amertume douloureuse. Les deux héros sont prisonniers de l'image (ou du concept) comme d'un tombeau et l'éternel recommencement est loin d'être un possible ouvert. Sans doute l’ultime chef d’œuvre de Resnais.

4. Cyrano de Bergerac (1991)
De l'académisme, mais transcendé par un rythme fou. Des alexandrins, mais portés à un stade d'ébullition incroyable. Du patrimoine, mais boosté par un Depardieu en fusion et une écriture qui malaxe et réadapte sans jamais trahir. Du classique mais popu. Du made in France au sens le plus noble. Le César parfait pour un film parfait. Le cinéma français avait sacrément du panache.

3. La Haine (1996)
Christophe Rossignon et Hubert Koundé montent sur scène pour recevoir le César 96. Koundé : « on va tenter de rester des amateurs de professionnalisme ». Et ce soir-là, clairement, c'était le triomphe de la jeunesse, des cités et des amateurs face à l'Institution (face à Kasso concourraient Sautet, Chabrol et Rappeneau). Le César sanctionne surtout le parcours inouï du film et son succès colossal. Un regret : Mathieu absent ne foutra pas le bordel, mais son film aura été l'appel d'air d'un cinéma pas encore passé dans les 90's. 20 ans plus tard, il tweet sur KohLanta – O tempora O mores.

2. Le vieux fusil (1976)
La musique de François de Roubaix. Le lance-flamme. Les lunettes de Noiret. Le massacre de Romy. Les courses dans les couloirs du château... Le premier César du meilleur film est un Chiens de paille français, un film d’une beauté tragique et d'une violence incroyable (insoutenable même) qui questionne la Loi du Talion. Entre genre, auteur, stars et gravité morale, un bon concentré de ce que le cinéma populaire et intelligent pouvait faire de mieux à l'époque. 40 ans plus tard, un autre vigilante (plus sage) était en lice pour remporter le César. 

1. Monsieur Klein (1977)
Le chef-d’œuvre de la période européenne de Joseph Losey ; le meilleur film du Delon acteur producteur des années 70. Un film-cerveau qui déambule dans l'esprit de ce type à la recherche de son identité. Blafard. Minimaliste. Somptueux. Sorti à quelques mois de Providence (autre grand film concept et autre César), Mr Klein fut un échec public, que l'Académie (comme pour déjuger la sanction) couronnera pour sa deuxième édition. Face à lui, Le Juge et l’Assassin qui était loin d'être un mauvais film… Ca avait de la gueule à l’époque 

41 ans de cinéma français à travers ses films primés par l’Académie.

 

Toutes les émotions des César 2016 avec BNP Paribas

Le Palmarès complet des César 2016

Le 26 février 2016, Fatima était élu meilleur film de l’année 2015 à la 41e cérémonie des César. Où se place le film de Philippe Faucon parmi les 40 autres œuvres françaises récompensées par l’Académie ?

Ce qu'il faut retenir des César 2016