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1989 Paramount Pictures

L'influence jamais démentie de ce film à sketchs, réalisé à la toute fin de la Seconde guerre mondiale, tient pour beaucoup à la qualité de ses twists qui annoncent La quatrième dimension. Elle repose surtout sur son dernier segment, Le Mannequin du ventriloque, modèle originel du film de poupée maléfique, tellement indémodable que soixante ans plus tard, James Wan y puisera l'essentiel de son Dead Silence.

Génie conceptuel : imaginer un tueur qui ne zigouille que dans les rêves, c'est s'assurer de priver de sommeil plusieurs générations d'ados. De fait, Les Griffes de la nuit, slasher efficace et intello, se met vraiment à faire peur au moment d'éteindre la télé et de filer au dodo. 33 ans après, les nouvelles victimes de Freddy Krueger se reconnaissent toujours à la valise de cernes qu'elles trainent sous leurs yeux devant les grilles des collèges.

Porté par la griffe d'esthète chic de Bernard Rose, les résonnances (anti) socios et l'ultraviolence du bouquin de Clive Barker dont il est adapté, Candyman mise tout sur son bogeyman stupéfiant, à la fois bourreau sanguinaire et victime éplorée, qui n'apparaît que lorsqu'on répète cinq fois son nom devant un miroir (ce que personne de sain d'esprit ne se risquerait à faire). Une expérience "emo" de la peur, brutale et romantique à la fois.

Une jeune femme s'abandonne corps et âme dans l'inconscient chahuté de son mari peintre et n'en ressortira que dans un très sale état. Même prémices que Persona du même Bergman (un binôme en crise dans un endroit isolé, une Liv Ullman sublime, de la symbolique partout), mais qui bascule cette fois dans l'horreur expressionniste, les focales déformantes et l'exhibition hallucinatoire de nos pulsions les plus enfouies. La source noire et blanche où sont abreuvés tous les cauchemars lynchiens.

Devant cette série B façonnée par un esthète anglais ténébreux, personne ne vous entendra crier. Trop gourmet pour viser les plaisirs chocs du train fantôme, Alien table en effet sur une angoisse raffinée, sourde, qui rend les mains très moites, tord méthodiquement les viscères et laisse - littéralement - sans voix.

Derrière son glacis et son ambition imposante de grand film-cerveau se loge un véritable défilé de moments traumas, immédiats et frissonnants comme du (grand) cinoche de drive-in : l'ascenseur transformé en piscine de sang, les apparitions des jumelles, les grimaces, sourcils et éructations de Jack Nicholson. Un film d'horreur intello qui ne ferait pas peur ? Si c'était le but, c'est loupé.

Deux mômes livides, un grand manoir labyrinthe, une gouvernante rousse, le mal qui rôde à chaque bout de couloir... Deux classiques à quarante ans d'écart ont choisi ces motifs comme points cardinaux de l'angoisse filmée. Préférer Deborah Kerr ou Nicole Kidman ? Le modèle noir et blanc ou la copie ocre et brune ? La claque british ou le frisson espagnol ? Les innocents de Jack Clayton ou Les Autres d'Alejandro Amenabar ? On choisira l'aîné pour son extraordinaire scène de cache-cache/Crise cardiaque et son sous-texte sexuel très dérangeant, sur lequel le petit frère n'a pas osé poser le pied. La peur est aussi une question d'hormones.

Le premier segment invente le giallo (film de tueur de femmes italien) devant les yeux apeurés de Michèle Mercier ; le second invite Boris Karloff dans un maelstrom gothique, bariolé comme une production Hammer tournée en Méditerranée ; mais c'est le troisième qui fait le plus mal, avec son infirmière cupide et sa bague maléfique. A la lisière de l'abstraction pure, une symphonie de poche macabre qui annonce (et dépasse) l'Argento de Suspiria et Inferno.

Incapable d'assumer les visions dégénérées qui rôdaient dans son esprit de gentil golden-boy à casquette, Steven Spielberg a trouvé en Tobe Hooper, auréolé du culte de Massacre à la tronçonneuse, le parfait homme de paille pour signer ce défouloir horrifique où une famille se fait violenter par un esprit aussi frappeur que vicelard. C'est le film miroir d'E.T., réalisé au même moment, son double maléfique et hargneux, traçant le portrait schizo (et pas du tout rassurant) de son véritable auteur.

Sur le papier, un road-movie horrifique, à la limite du direct-to-video, où un frère et une soeur sont poursuivis par un gros monstre visqueux. A l'écran, un déchaînement de scènes de trouille de haute couture (littéralement) et de malaise tordu (la créature renifle les slips des ados qu'elle capture) renvoyant à la personnalité tourmentée de son auteur, condamné à trois ans de prison pour pédophilie. Du cinéma d'exploitation transcendé.

Un objet terminal, une oeuvre "après moi le déluge", le 2001 du film d'horreur, qui pousse dans leurs derniers retranchements tous les sous-genres flippants qu'il se donne la mission d'explorer (psycho-thriller, film d'exorcisme, de vampires, de fantômes, de zombies, etc.) Pour la faire courte, disons que son efficacité est largement à la mesure de son ambition.

En un sens, l'histoire du slasher commence et s'arrête ici. Tout est déjà là, quatre ans avant que le genre ne se fixe pour de bon avec le Halloween, de John Carpenter : le fétichisme cuir, le tueur en caméra subjective, les jolies vierges horrifiées, les coups de fil qui viennent déchirer les nuits paisibles et la brutalité débarrassée de tout sens moral. Bob Clark faisait du slasher sans le savoir, avec la dose d'innocence, d'enthousiasme et de folie que le genre n'a par définition jamais pu retrouver.

Aujourd'hui plus divertissant qu'autre chose, le one-man-show Anthony Hopkins sur fond de foie humain poêlé et de verres de chianti millésimé met surtout en évidence les performances sueurs froides de Jodie Foster et du transformiste Ted Levine, en serial tueur pas là pour faire le malin, lui. Du reste, il s'adjuge toutes les meilleures scènes pétoche de ce thriller inoxydable, notamment ce climax où son personnage éteint la lumière pour mieux traquer l'agent Jodie au casque infrarouge.

Eloge du beau bizarre, ce film hors norme délocalise le mélodrame victorien dans les ruelles tristes à mourir d'une Venise éteinte. On y croise les fantômes du Hitchcock de rebecca (même auteur, Daphné du Maurier), les prémices d'Obsession de De Palma (même deuil, même Venise), les silhouettes hantées de Donald Sutherland et Julie Christie, ainsi que nombre d'instants de terreur pure, aussi foudroyants que délicats. S'essuyer les yeux ou se les cacher, on n'avait jamais vu ça, on ne l'a plus revu depuis, malgré les efforts répétés de tous les auteurs d'horreur "atmosphérique" passés derrière lui.

Une grande demeure perdue au milieu de nulle part, une famille qui vient y passer ses vacances, le papa devenu fou qui s'en prend au fiston, le décor qui se met soudainement à prendre vie... On ne sait si Kubrick a délibérément tout piqué à ce film pour Shining ou s'il avait prévu que personne ne s'en rendrait compte, à moins de quatre ans d'écart. De fait, l'histoire a injustement laissé sur le bord de la route cet objet terrifiant, qui réussit aussi bien dans le registre de la spirale mentale que de l'épouvante, en équilibre sur deux ères du cinéma d'angoisse, incarnées par le duo de femmes alpha Bette Davies/Karen Black.

Le Citizen Kane du film de maison hantée, la 5e symphonie de la porte qui claque, la Joconde du craquement de parquet : c'est lui. Derrirèe son pitch minimaliste (des scientifiques s'enferment à double tour pour ausculter un manoir hanté), La Maison du diable écrit les tables de la loi de la peur filmée. Jamais le souffle d'un démon ne nous aura chatouillé la nuque d'aussi près.

Le Vertigo du film de fillette possédée, le Sgt Pepper's du satanisme, le Guernica du vomi verdâtre... Symbole d'une époque brève et évanouie où un film d'horreur pouvait aussi être conçu comme un grand film à Oscars ambitieux et spirituel, L'Exorciste capture en live, façon reportage de guerre, une certaine idée du mal, à la fois quotidienne et fantasmagorique. Jamais l'haleine du diable ne vous aura frappé le visage aussi fort.

Plus que Rosemary's Baby, qui s'est récemment mis à vieillir, ce film a pour lui l'intemporalité de la fable cauchemar, la poésie universelle du dérèglement psychique, qui conduit l'homme de la rue vers les rives de l'irrationnel. Le Locataire enregistre une plongée dans la paranoïa comme un événement presque anodin, un basculement vers la folie pas si douce qui met en exergue notre fragilité et notre fureur contenue. un fou sommeille en chacun d'entre nous. Et il ressemble à Roman Polanski.

Il y avait ce concept sensationnel de la VHS maudite, il y a eu les suites, les copies, les remakes, les films américains, coréens ou thaïs, les suites, copies et remakes des films américains, coréens et thaïs... Des dizaines de dérivés sont nés de ce film, presque un genre en soi. Mais l'horreur, la seule, la vraie, c'était elle : Sadako, l'adolescente qui sort du puits et de la télé, avec sa tignasse en forme de monolithe suitant, cachant un visage qu'on ne saurait voir. Le meilleur film de peur sur la peur jamais tourné.

1989 : an de grâce pour Mary Lambert. Quelques mois après avoir mis en orbite le style catho-erotico-rococo de Madonna avec le clip de Like a Prayer, et avant de disparaître à jamais dans la décharge de la série Z, elle met en boîte, dans un pur élan d'inspiration, cette adaptation d'un Stephen King lourdement chargée en fureur cocaïnée. Il y est question d'un cimetière indien qui ferait revenir les morts à la vie et d'une petite famille WASP qui vient s'installer à côté. On y voit les aspirations conformistes de la middle class US se disloquer au beau milieu d'un environnement encore habité par l'âme des natifs génocidés, le rêve américain s'y faire défigurer sa face propette à l'acide sulfurique. Boosté par sa verve politique, Simetierre s'envisage uniquement sous l'angle de la transgression et aligne les vignettes hardcore impensables (le cadavre congelé du chat arraché à même le bitume, les hurlements de la soeur difforme planquée à la cave, le môme cartonné par un vingt-cinq tonnes lancé à pleine vitesse, l'avatar maléfique du même môme attaqué à la carotide par son père). Au-delà de ces scènes inouïes et de ses audaces graphiques douloureuses (ouch, le tendon), le film sidère surtout par son nihilisme grand guignol et le chant guerrier qu'il adresse à ceux qui oseraient aspirer au paisible. Pour sonner la fin de ce cauchemar, les Ramones décrochent en bout de course un fleuron power pop irrésistible et lumineux, qui souligne par contraste le noir absolu que le spectateur vient de traverser.

Légion d'horreur pour ces 20 films qui fichent vraiment la trouille.

Premier constat : il fait noir dans une salle de cinéma. Second constat : il y a des tas de gens à qui ça a donné des idées, dans tous les pays, tous les styles et tous les genres filmés. Voici vingt trouilles anthologiques de l'histoire du cinéma. Films d'horreur acceptés.

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