Thor Ragnarok : "Marvel Studios avait besoin d'une petite secousse après dix ans d'existence"

Taika Waititi Jeff Goldblum

Rencontre avec Taika Waititi et Jeff Goldblum.

Difficile d'en placer une quand Taika Waititi et Jeff Goldblum sont dans la même pièce. D'un côté un réalisateur/acteur néo-zélandais surdoué et rigolard (Boy, Vampires en toute intimité, Hunt For The Wilderpeople), qui fait ses premiers pas dans le monde du blockbuster avec Thor : Ragnarok ; de l'autre une légende vivante qui vient illuminer la nouvelle production Marvel Studios avec sa coolitude de dandy excentrique savamment travaillée. Entre deux anecdotes et une discussion sur Les Enfants du paradis en préambule, on tente d'entamer la discussion avec le duo.

Thor Ragnarok : du fun avant tout (critique)

Travailler pour Marvel, ça signifie avoir d'incroyables jouets à sa disposition mais également être limité à un cadre très précis. Taika, vous qui venez du cinéma indépendant, qu'est-ce qui vous a donné envie d'aller vers un tel blockbuster ?
Taika Waititi : Déjà selon moi, tous les films sont indépendants. Parfois il y a plus d'argent disponible et de personnes qui travaillent sur le plateau, mais ça ne change pas grand-chose à mon fonctionnement. Je cherche toujours l'intimité sur un tournage, les discussions avec trois ou quatre personnes. Avec Thor : Ragnarok, je voulais simplement raconter la meilleure histoire possible, le budget était secondaire. J'ai très vite oublié les centaines de gens autour de moi. Avec Jeff, on faisait des concours de blagues, on déviait beaucoup du script. Tellement que ce qui avait été écrit à l'origine n'était plus qu'un vague souvenir.

Le film a changé de visage avec l'improvisation ?
Jeff Goldblum : Je n'avais jamais vraiment travaillé comme ça. J'ai fait des films totalement improvisés mais Taika, tu étais le plus imaginatif et énergique de tous. Même si c'était une opération à 200 millions de dollars, on plaisantait comme si de rien n'était !
TW : J'avais l'impression qu'on était trois ou quatre gamins en train de jouer, alors que 400 adultes attendaient en se demandant : "Mais qu'est-ce qu'il sont en train de faire ?"
JG : C'est grâce à toi. Ta créativité et ta volonté.
TW : Un artisan n'est jamais aussi bon que les outils qu'ils utilise.
JG : Hum, quel genre d'outil je serais ?
TW : Tu serais un tour à bois. Tu transformes le matériau but en un truc lisse et superbe (rire)
JG : Ah ah, je vois.

Étrangement c'est votre premier Marvel, Jeff. Ça semble pourtant être la logique même.
JG : J'ai l'impression que c'est arrivé pile-poil au bon moment. Toi non plus tu n'en avais jamais fait, Taika.
TW : Non, et c'est tombé juste quand ils avaient besoin d'une petite secousse après dix ans d'existence. Ce film est unique dans l'histoire de Marvel Studios, c'est la première fois que le bateau change de direction si brusquement. J'étais le capitaine mais j'ai eu de la chance que Marvel soit juste derrière moi, à veiller au-dessus de mon épaule. Je faisais tourner le bateau et je disais : 'Oh ça a l'air intéressant ça, allons voir ce que c'est'. Ils me disaient : 'Fais attention Taika, c'est un iceberg, on ne veut pas couler'. Et parfois on s'en approchait beaucoup !
JG : Kevin Feige, Louis D'Esposito et Victoria Alonso de chez Marvel, ils savent ce qu'ils font. Ils arrivent à gérer avec une confiance absolue ces films à 200 millions de dollars, mais ils te laissent quand même faire ce que tu as envie de faire. C'est un processus assez brillant qu'ils ont mis en place.
TW : En fait ils ont une recette, et ils te demandent de préparer un délicieux gâteau au chocolat. Sauf que parfois on a trop d'ingrédients et on tombe sur des légumes : 'Oh, un morceau de brocoli !' Et il faut faire des choix et savoir ce que tu veux garder.

Et ça vous va de devoir concilier en permanence avec la production ?
TW : Totalement. J'ai signé pour un gâteau au chocolat, pas un ragoût de brocoli.

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J'ai remarqué que plusieurs scènes des trailers ne sont pas dans le film, ou du moins différemment. Le montage a été compliqué, il y a eu beaucoup de modifications ?
TW : J'en reviens à mon analogie du gâteau : parfois il y a trop d'oeufs, il faut trouver l'équilibre. On a été en montage et en post-production pendant un an. J'ai vu le film des centaines de fois. Je l'ai aimé, j'ai arrêté de l'aimer, je l'ai détesté, j'ai voulu me séparer, je lui ai demandé de rester avec moi et maintenant… On s'éloigne l'un de l'autre mais on reste très bons amis. On a coupé tellement de bonnes blagues et de scènes géniales qui seront dans le DVD. Il y a eu ce moment dingue avec Jeff et Rachel House où il mimait des trucs et elle devait deviner ce qu'il faisait. Ça n'en finissait pas, ça a duré dix minutes ! J'étais là à me marrer, et puis j'ai tourné la tête et j'ai réalisé qu'il y avait deux cents personnes derrière nous.
JG : On était vraiment libre, c'était chouette.
TW : Tout à l'heure on m'a demandé si j'avais eu peur à l'idée de réaliser un film comme ça. Un peu, au début. Mais je suis devenu réalisateur par erreur, pas comme J.J. Abrams ou Spielberg. Je ne faisais pas de films avec une caméra Super 8 quand j'étais gamin. J'ai commencé à 28 ou 29 ans, je me suis forcé à aimer ça, c'était comme un mariage arrangé. Maintenant j'adore ça. Mais à chaque fois je me dis que ça pourrait être mon dernier film. Je m'en fiche de ma carrière, parce que si ça se termine j'irai faire autre chose. De la peinture ou je ne sais quoi.
JG : Au fait comment tu es tombé dedans ?
TW : J'étais acteur mais j'ai fait des études en arts plastiques, surtout la peinture. J'ai essayé la photo et autant de choses que possible. J'ai trouvé que le cinéma combinait tout ce que j'aimais. Je pouvais être un touche-à-tout dans cette belle industrie.

D'ailleurs vous avez imprimé votre patte sur tous les aspects du film, même la musique.
TW : La BO est de Mark Mothersbaugh, un grand compositeur. Si tu veux quelque chose de différent à Hollywood, c'est lui qu'il faut aller voir. Je lui ait dit que j'avais besoin d'un son genre Jean-Michel Jarre, un truc très space opera. Un peu comme dans le Gallipoli de Peter Weir. Un feeling science-fiction des années 70 avec beaucoup de synthétiseurs. Il était très généreux dans ce qu'il m'a proposé.

Comment s'est passée votre rencontre avec Jeff ?
TW : On s'est rencontré autour d'un thé et je lui ai demandé s'il voulait jouer dans le film. À la fin de ce premier rendez-vous, j'ai senti qu'il se passait quelque chose. Quelque temps avant, Kevin Feige et moi parlions du Grand Maître durant le processus de casting et on nous a donné ces fiches avec des noms d'acteurs par ordre alphabétique. Au même moment, quand on est arrivé sur une des pages, on s'est regardé et on a dit : 'Jeff Goldblum'. Et la décision était prise ! On n'a jamais pensé à quelqu'un d'autre.
JG : C'est vrai ? J'aimerais avoir le nom des autres gens sur la liste ! (rire) J'ai lui ai parlé de choses que j'avais déjà vues de lui, Flight of the Concord et Vampires en toute intimité. On a discuté de sa façon de jouer que j'aime tellement. D'ailleurs il est hilarant dans le film, le personnage de Korg (NDLR : un extraterrestre que Taika Waititi double) est génial. Tu as improvisé pas mal d'ailleurs ?
TW : Chaque ligne de dialogue est improvisée. La plupart sont des blagues que je faisais sur le plateau pour faire rire les autres. J'étais étonné qu'ils me laissent mettre certains trucs dans le film !

Thor : Ragnarok, le 25 octobre au cinéma. 

 

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