The Thing : du film maudit au film culte

The Thing

Le film culte de John Carpenter revient dans une copie restaurée. L’occasion de réviser un classique, alors que Les Huit Salopards est encore dans les salles.

Tarantino s’en inspire dans les grandes largeurs, jusqu’à en reprendre son acteur principal, pour son dernier western gore. The Thing de John Carpenter, initialement sorti en 1982, est enfin de retour dans les salles, dans une copie restaurée numérique DCP. L’occasion de revenir sur ce film culte impressionnant, injustement passé à la trappe de l’histoire.

Quentin Tarantino : "Les Huit Salopards est mon premier film d'horreur"

Retour à l’été 1982. Steven Spielberg fait un carton plein avec E.T., son histoire d’extra-terrestre qui révèle aux enfants que le monde peut parfois être merveilleux et méchant, capturant totalement l’air du temps, à l’heure du Président Reagan et d’un futur placé sous les auspices de la prospérité annoncée. L’air de rien, avec le succès de son film familial, qui va rafler les entrées à toute la compétition, le barbu souriant fait littéralement dérailler sans le faire exprès les carrières de deux cinéastes prometteurs : Ridley Scott, dont le chef d’œuvre Blade Runner fait un four, et John Carpenter, qui vient de réaliser avec The Thing son premier film de studio. 435 millions au box office américain pour E.T., contre 19 millions pour The Thing. Le choc est rude, et la S.F. d’auteur déraille, devenant tout à coup pestiféré pour les majors et distributeurs, ouvrant la porte aux gros bras musclés de Schwarzenegger et Stallone, qui vont dominer le box-office 80’s.

Le côté obscur du rêve américain

Dans l’Amérique conquérante et cocaïnée des années 80, The Thing devient donc un film maudit, une sorte de bête noire a éviter, à l’image de sa créature, symbole de l’irresponsabilité des studios à produire des œuvres noires et nihilistes. Paradoxalement, comme Blade Runner, c’est aussi un véritable chef d’œuvre qui va devenir culte, parallèlement à son auteur John Carpenter, dans sa seconde vie en VHS (puis Laserdisc, puis DVD), devenant le favori de hordes d’adolescents à la recherche de sensations fortes.

Les Huit Salopards rend bien hommage à The Thing

Tarantino est l’un d’entre eux. Pour lui comme pour les autres, le film est un choc qui va le marquer à vie, et qui ne peut plus le quitter. S’il s’en inspire pour la trame des Huit Salopards, allant jusqu’à caster l’acteur principal Kurt Russell, c’est que The Thing capture, à l’opposé total de E.T., le côté obscur du rêve américain. Nihiliste, avec une conclusion incertaine qui a fait l’objet d’interminables débats entre les fans, The Thing est un suspense ultra-violent (les effets spéciaux de Rob Bottin sont à couper le souffle), qui déchire les corps humains, dissimulant le mal sous un aspect métamorphe, que certains vont interpréter comme une parabole de la peur des maladies sexuellement transmissibles. Se déroulant presque entièrement de nuit, superbement cadré par le chef op Dean Cundey (à qui l’on doit les classiques de Carpenter Halloween, The Fog et New York 1997), ponctué d’une angoissante musique signée Ennio Morricone (en réalité, Carpenter a jeté une partie de ses partitions et les a ré-enregistrées), The Thing est une expérience sensorielle exténuante, qui ne laisse personne intact. Un film comme on en fait quasiment plus, en somme, à moins de s’appeler Tarantino. Signe de la fascination qu’il va susciter, et de son succès en home-vidéo, The Thing va générer une mini-série Comics chez Dark Horse en 1991, un jeu vidéo en 2002, et un film préquel/remake en 2011. De quoi faire passer sans aucun doute à Carpenter le goût amer de l’échec à la sortie initiale.

La copie numérique en DCP sortant actuellement en salles correspond à la version préservée actuellement en Blu-ray. C’est une restauration récente, mettant à jour l’image et les couleurs du film, plus froide et désaturée que l’original, nettoyant aussi le grain 35mm scope au réducteur de bruit, pour un rendu plus moderne, l’alignant sur le look de la prequel sortie en 2011. Du jamais vu au cinéma en somme, même si cette nouvelle version a fait débat, un fan ayant été jusqu’à préserver les couleurs et le grain d’origine dans une copie disponible sous le manteau ! Pas de quoi cependant se priver du plaisir de vivre ou revivre le film sur grand écran en 2K, avec mixage sonore 5.1, retrouver les sensations des rares spectateurs originaux à l’époque, et s’offrir un petit comparatif des 7 erreurs avec la version Tarantino.

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The Thing ressort en salles le 27 janvier 2016

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