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Stéphane Bouquet, auteur de Clint Fucking Eastwood : "Je trouve que ce n’est pas un très bon cinéaste"

30/01/2012 - 14h01
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Stéphane Bouquet, auteur de Clint Fucking Eastwood : "Je trouve que ce n’est pas un très bon cinéaste" © DR

Ex-critique aux Cahiers du Cinéma, Stéphane Bouquet n’a jamais vraiment pu encadrer le cinéma de Clint Eastwood – et encore moins la côte d’amour indéfectible dont jouit en France le réalisateur de  Mystic River et  Gran Torino. A l’occasion de la sortie de J. Edgar (« dernier ratage en date du cinéaste »), il passe le mythe à la sulfateuse théorique dans un petit essai au titre qui tue : « Clint Fucking Eastwood ». Interview – forcément – impitoyable.

Propos recueillis par Frédéric Foubert


Stéphane Bouquet, qu’est-ce que vous avez contre Clint Eastwood ?

Oh, rien, sinon que je trouve que ce n’est pas un très bon cinéaste. J’en ai surtout après l’appréciation qui est faite de son travail, la façon dont on le regarde comme LE grand cinéaste américain. Ça me paraît faux, complètement disproportionné.


Dans votre livre, vous ne vous intéressez qu’aux films tournés après 92, la période post-Impitoyable

Oui, parce que je n’avais pas envie de faire un énième livre sur Clint Eastwood où j’aurais analysé son œuvre selon une logique de politique des auteurs. La figure d’Eastwood – en tant que personnage, qu’acteur, que cinéaste – m’intéresse autant, voire plus, que les films eux-mêmes. Et c’est au début des années 90 qu’il y a une mutation de la figure d’Eastwood. Il reçoit l’Oscar pour Impitoyable, il est Président du Festival de Cannes en 94, il y a une inflation permanente du discours critique autour de son cinéma, et c’est à ce moment-là qu’il acquiert un statut esthétiquement injustifié. J’ai cherché à comprendre ce statut.


Qu’est-ce qui change dans la figure d’Eastwood à ce moment-là ?

Il a soixante ans, et il a le sentiment qu’il est possible de passer à autre chose. La question de l’âge est très importante à Hollywood : comment on survit là-bas quand on est un senior ? L’hypothèse de survie d’Eastwood, c’est la construction d’une figure ultra-classique. Il a envie de construire sa propre légende, et il décide d’inverser pas mal de clichés ou d’idées reçues qu’on avait sur lui. La question du héros devient centrale dans ses films. Jusqu’au dernier, J. Edgar, où Hoover passe son temps à se poser la question : « Qui est la personne la plus célèbre du XXème siècle ? »


La génuflexion critique systématique à chaque sortie d’un film d’Eastwood, même les plus mauvais, vous l’attribuez à quoi alors ? A un aveuglement collectif ?

A deux choses. D’abord, à une tradition cinéphilique française, qui s’est beaucoup construite autour de la défense de cinéastes américains pas très bien perçus dans leur pays, comme Hitchcock ou John Ford. La critique française a l’impression d’avoir « construit » Eastwood. Je pense qu’ils sont assez fiers de cette construction. C’est pas de l’aveuglement mais une espèce de traditionalisme : on l’a construit, donc on va pas le détruire. La deuxième chose, c’est le rapport à l’Amérique. Les Français ont un rapport compliqué à l’Amérique, un mélange de complexes d’infériorité et de supériorité. Eastwood est parfait pour négocier ce rapport, parce qu’il incarne une Amérique qu’on a envie d’aimer, une Amérique vieillissante, qui n’a plus autant de pouvoir qu’elle en avait autrefois.


En tout cas, votre bouquin sort pile au moment où même des eastwoodiens très fidèles sont un peu gênés aux entournures par la médiocrité des derniers films. Invictus , Au-delà

 

Oui, c’est sûr que je ne suis pas le seul à penser que Eastwood, c’est de moins en moins bien. La différence, c’est que moi, je n’ai jamais trouvé ça si bien que ça ! Et je réclame une re-vision des films d’avant pour qu’on s’en aperçoive. En revoyant tous ses films depuis 92, on se rend compte qu’il y en a quand même beaucoup de très mauvais.


Et revoir ses films d’avant 92, ça ne vous aurait pas aidé à constater qu’il y en avait également beaucoup de très bons ?

Oui, mais alors ça aurait été un livre complètement différent. Je reconnais que je préfère sa période d’avant. Les films sont plus forts, ils ont plus de punch. A ce sujet, j’ai une hypothèse, qui mériterait un autre livre : cet affaiblissement ne tient pas qu’à Eastwood lui-même. Je pense que, sur ses derniers films, Eastwood pose plus son estampille qu’il ne les « fait » vraiment. Dans Mémoires de nos pères, un film produit par Spielberg, le découpage et la mise en scène évoque beaucoup plus Band of Brothers que les autres films d’Eastwood. J. Edgar, c’est en grande partie un film du scénariste Dustin Lance Black. La structure du film – que je trouve d’ailleurs très mauvaise – est la même que celle de Harvey Milk. Est-ce que J. Edgar est un film d’Eastwood ? Je n’en suis pas convaincu. Est-ce que Eastwood fait réellement lui-même les découpages de ses films ? Est-ce que quelqu’un les fait pour lui ? ça mériterait une enquête, mais on est en droit de se poser la question, surtout au vu du rythme où il tourne – quasiment un gros film par an.


Etre anti-eastwoodien aux Cahiers du Cinéma, ça va, c’était pas trop dur ?

Je suis arrivé aux Cahiers au moment de la sortie de Sur la Route de Madison. J’étais estomaqué qu’on puisse aimer ce film. Au début, j’étais un peu timide, puis j’ai lutté pour qu’on dise du mal d’Eastwood. Bon, visiblement, j’ai pas gagné…


Dans les années 70, les intellos détestaient Eastwood pour des motifs idéologiques. Tout le monde le prenait pour un gros facho. En lisant votre livre, on comprend que si Eastwood et vous, ça coince, c’est encore à cause de l’idéologie. On n’en sort pas…

J’essaye d’être assez juste idéologiquement. Eastwood propose un idéal de l’Amérique plutôt inclusif et réconciliateur. Il n’est pas raciste. Là-dessus, impossible de lui chercher des poux. En revanche, son modèle d’inclusion et de réconciliation, c’est la famille, et je trouve ça assez répugnant. Cette idée que la cellule de base de la société, c’est la famille, et qu’en reconstituant une famille, on va reconstituer la société… ça m’est pas très sympathique. Je n’aime pas ça chez Spielberg non plus, même si c’est un bien meilleur cinéaste.


Au-delà de la critique, l’énorme attachement sentimental du public français pour Eastwood remonte à l’époque de ses westerns avec Leone et ses films des 70’s. Impossible de ne pas aimer Clint quand on a vu  Le Bon, la Brute et le Truand ou L’Epreuve de Force à l’âge de dix ans.

Peut-être, mais moi je n’ai pas ce rapport à Eastwood, parce qu’à cet âge-là, je ne savais même pas que ça existait, le cinéma. J’y suis venu tard, vers 16-17 ans, avec Garrel, Akerman, des trucs ultra intellos.


Vous avez donc écrit un livre sur un cinéaste que vous trouvez complètement nul. Vous êtes un peu maso, non ?

Hé, hé, oui, sans doute.


Ça vous fait au moins un point commun avec Clint…

Ce qui est intéressant dans le masochisme d’Eastwood, c’est que c’est un masochisme dialectique. Ça lui donne encore plus de pouvoir que s’il était sadique. Sa figure de référence dans le masochisme, c’est le Christ. Soit une figure qui atteint le pouvoir absolu via le masochisme absolu.


Bon. Un film d’Eastwood qui serait un peu meilleur que les autres à vos yeux ?

Un Monde Parfait. Pas pour des raisons théoriques, d’ailleurs, mais intimes. Je le trouve très émouvant.


Et le pire du pire ?

Sans doute Jugé Coupable, où la mise en scène est très lourde, ultra-démonstrative. Invictus aussi, un film à thèse très soporifique, sans aucune subtilité. J. Edgar est vraiment très ennuyeux… Désolé, c’est dur de choisir, il y en a beaucoup des « pires »…


Clint Fucking Eastwood, de Stéphane Bouquet, éditions Capricci, 7,95€.

Bande-annonce de J. Edgar :

 
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COMMENTAIRES
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Bouquet fait ce qu'il veut (même si j'ai le droit de trouver sa démarche douteuse...c'est une démocratie et j'estime que c'est valide si des arguments sont avancés). Mais, Eastwood puritain et conservateur.... WTF!!?? Tu as vu "Breezy" (histoire d'amour entre une hippie et un vieil homme), Gran Torino, Honkytonk Man ou Iwo Jima avant d'avancer de telles choses? Il est républicain! Et alors? Je le trouve bien plus humaniste et nuancé que mout réalisateurs qui se déclarent de la veine démocrate. Tu trouves ça honnête de vouloir démystifier un mec (ce qui est une démarche que je ne critiquerais pas) avec cette méthode? Celle d'occulter tout ses films datant d'avant "Impitoyable"? Je t'invites à avoir un réel point de vue sur ses films et non pas de jouer le jeu de la clique des fils spirituels de Pauline Kael qui n'as vu en Eastwood qu'un fachos imbécile et en "L'inspecteur Harry" qu'un porte étendard de la justice sauvage (alors que c'est un film sur la fin des illusions du flower power et un film qui montre l'hypocrisie d'un système qui se pare des plus nobles intentions et d'une population sois disant tolérante alors que dans son inconscience, elle demande l'aide du personnage joué par Clint Eastwood qui n'est que l'éxécuteur marginal de cette société faux cul....regardes les autres films de Don Siegel: analyse les, prouve moi que c'est facho et reviens me chercher des poux pour me dire que j'ai tort)
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Anonyme | le 05/02/2012 à 14h15 | Signaler un abus
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Vos commentaires sont vraiment pathétiques, chers amis!!! A l'image de ce bon vieux Eastwood....réac, facho et diablement conservateur. Moi perso jsuis pas forcément open avec l'opinion de Stéphane Bouquet mais c'est assez rafraichissant de voir un critique s'attaquer au Yankee, nostalgique de l'age d'or de l'amérique blanche et puritaine (ça transpire a plein nez dans son oeuvre!). Bouquet a un avis qu'il a diablement le droit d'exprimer, non? C'est possible ou quoi? Les éditions Capricci éditent des choses de qualité ou la pensée de l'image gagne a gonfler en vitamines et sentiers battus. Quand au reproche "t'a fais quoi toi dans ta vie, toi? rien...bah alors fermes ta gueule" c'est carrément de la merde. On ne juge pas de la qualité d'une oeuvre au nombre d'entrées. Sinon, la daube raciste et paternaliste "intouchables" serait un chef d'oeuvre!!! Tiens je pense que Omar aurait pu le dire ça...."les critiques de cinéma c'est pas fun....connards d'intellos! ".....vous jugez le juge mes amis....étrange pratique! Lui a moi le mérite d'être cordial et honnête intellectuellement
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fredbayer | le 04/02/2012 à 02h36 | Signaler un abus
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Eastwood et Bouquet : 1 des 2 laissera une trace marquante dans l'histoire du cinéma (que l'on aime ou pas), l'autre aura écrit un livre pour dire qu'il n'aime pas. Et à défaut de créer quelque chose avec un talent, il fera un peu d'argent au mieux. Mégalo, cupide et finalement bien triste.
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Anonyme | le 02/02/2012 à 23h23 | Signaler un abus
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Ce qui est inadmissible, c'est d'ouvrir vos colonnes à un CON pareil. Il y a toujours des gens jaloux qui se targuent d'être critiques mais qui en réalité ne sont que des frustrés par la vie, leur incompétences, et leur manque de QI. Merci de nous épargner ce genre d'abruti ....
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Anonyme | le 01/02/2012 à 12h01 | Signaler un abus
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c'est l'hôpital qui se fout de la charité : je choisis des films que j'aime pas parmi d'autres dont je ne parle pas , je les dit nuls , ou moins biens que les autres dont je ne parle pas . ET tout ça pour vendre un bouquin ? ben ui ça a pu arriver à Monsieur Clint aussi de faire des films commerciaux... et puis, sinon , peut être qu'il faut voir ces "mauvais" films , au contraire de films commerciaux, comme des films qu'il a fait pour montrer qu'il avait changer d'avis - par ex "Jugé coupable" peut tout à fait être interpreté comme un film commercial traditionnel US (le journaleux qui peut changer les choses seul contre tous ... lol) ou comme un changement d'opinion (je suis contre la peine de mort aujourd'hui) , le tout dans un film qui doit être vite fait (parce que je suis vieux par ex) ou bien le + diffusé possible - d'ou le format commercial - pour contrebalancer mes films pro peine de mort multi diffusés depuis des décennies ... Cela dit, il n'a pas tort sur un point : tout comme Monsieur Clint était détesté pour ses films et leurs iéologies , aujourd'hui il est "adulé" pour des raisons pas toujours valables...commerciales et idéologiques , comme il le dit (le rapport de la France aux USA tout ça...) Mais pourquoi et comment un critique peut il se permettre de prendre quelques films de ci , de là , pour juger un cinéaste qui a autant fait, donné ? Probablement juste pour pouvoir dire quelques "vérités" , seul contre tous ... et avoir raison + tard ... d'ailleurs il dit lui même que la personnalité de monsieur Clint l'interesse et c'est peut être là dessus qu'il veut porter ses attaques véritables, sur sa perception du monde, de la famille...Mais alors n'oubliez pas que cet homme est né en 1930, il a 80 ans aujourd'hui, a connu beaucoup d'évenements violents, de la grande depression aux guerres US , on ne peut pas se rendre compte je pense comment cela forge une opinion , des mentalités...
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Anonyme | le 01/02/2012 à 11h42 | Signaler un abus
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La qualité primordiale et la marque d'intelligence d'Eastwood c'est de faire des films avec des personnages qui ne sont pas manichéens. Rien que pour cette raison qu'on additionne avec la fausse simplicité de sa réalisation fait que le point de vue de ce critique qui doit juste chercher à se faire mousser en prenant un angle à contre courant est caduque. Rentre chez toi et laisse les grand cinéastes qui ne font en effet pas que des grand films (à part Kubrick et encore...) travailler pour la postérité, contrairement à toi... salut
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Anonyme | le 01/02/2012 à 11h13 | Signaler un abus
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Pauvre con ! C'est peut-etre pas le meilleur cinéaste mais il a beaucoup de talent,contrairement à toi...
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Anonyme | le 01/02/2012 à 10h18 | Signaler un abus
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C´est assez subjectif son point de vue. Pas de quoi écrire une thèse !!
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Anonyme | le 01/02/2012 à 09h23 | Signaler un abus
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Ne pas aimer Eastwood ?? C´est le bouquet !!
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Anonyme | le 01/02/2012 à 09h13 | Signaler un abus
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quel imbecile! critiquer de grands films comme The bridges of madison county ; mystic river ou Gran torino!!! Qu'a t'il fait de grandiose ce critique à part balancer son venin injustifié!!!!
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Anonyme | le 01/02/2012 à 07h58 | Signaler un abus
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